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Saoudiennes au volant, le come-back

25 Sep
Photo tirée de la page Facebook « Saudi Women to Drive ».

Photo tirée de la page Facebook « Saudi Women to Drive ».

Plus de deux ans après leur dernière tentative, des militantes saoudiennes viennent de lancer une nouvelle campagne sur Internet pour braver l’interdiction faite aux femmes de conduire dans le royaume ultraconservateur. Le mouvement, qui assure n’avoir aucun agenda politique ou « anti-islamique », appelle les Saoudiennes à prendre le volant le 26 octobre prochain.

« L’islam et la loi en Arabie saoudite octroient la liberté de mouvement à tous les citoyens, peu importe leur sexe, peut-on lire sur le site Web de la campagne. Le roi Abdallah a par ailleurs déclaré que l’interdiction de prendre le volant ne trouve de justification que dans la tradition et les coutumes de la société saoudienne ». « Tout comme les femmes des compagnons du prophète (Mohammad) se déplaçaient à dos de cheval et de chameau, il est de notre droit de conduire en utilisant les moyens de transport de notre ère moderne », poursuivent les militantes dans leur communiqué.

Lancé il y a quatre jours, le mouvement a reçu le soutien de plus de 9 700 personnes qui ont signé une pétition en ligne appelant le gouvernement saoudien à lever cette interdiction. La campagne invite également les femmes à apprendre à conduire une voiture et à soutenir le mouvement en publiant des photos et des vidéos d’elles-mêmes derrière le volant.

« Le 26 octobre, je conduirai une voiture », a déclaré à l’AFP Nassima al-Sada, une militante des droits de l’homme. Elle a affirmé qu’une vingtaine d’autres femmes étaient également décidées à se mettre au volant le même jour dans la province orientale où elle réside.

Sur les réseaux sociaux, les réactions en faveur de ce mouvement se sont multipliées. « Ceux qui m’empêchent de conduire une voiture sont obligés de payer les frais de mon chauffeur », écrit @_MahaG sur Twitter. « Selon leur logique, une femme est incapable de conduire une voiture à 30 ans, mais peut très bien se marier et avoir des enfants à 12 ans », lance de son côté @FawazAhmed7. « Un pays ne pourra jamais évoluer si la moitié de sa population est incapable d’évoluer. Renforcez les droits des femmes ! » renchérit @MMasihuddin.

L’Arabie saoudite est le seul pays au monde où les femmes n’ont pas le droit de conduire, mais elles prennent souvent le volant dans les régions désertiques éloignées de la capitale. Un groupe de militantes avait lancé en 2011 une campagne pour braver l’interdiction de conduire dans le royaume. Une quarantaine de femmes avaient répondu à leur appel le 17 juin.
L’icône de cette campagne était Manal al-Charif, une informaticienne de 32 ans libérée le 30 mai après deux semaines de détention pour avoir mis sur YouTube une vidéo la montrant au volant. Plusieurs femmes qui avaient pris le volant par la suite avaient été brièvement interpellées.

La princesse Amira Tawil avait fait état en février 2009 dans un entretien au journal saoudien al-Watan de sa frustration en raison de l’interdiction de conduire en Arabie saoudite, affirmant qu’elle était prête à prendre le volant aussitôt que le gouvernement l’autoriserait. Son époux s’est à plusieurs reprises prononcé en faveur de plus de libertés pour les femmes dans le royaume ultraconservateur.

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Quand un Saoudien se met dans la peau d’une Saoudienne…

12 Oct

Rien n’obligeait Rayan al-Duwaisi de mener un défi aussi inhabituel : se priver de voiture pendant toute une semaine… Rien, d’ailleurs, n’oblige aucun homme en Arabie saoudite de faire de même, sauf handicap physique ou mental majeur… et encore !
Pourtant, Rayan, ce jeune Saoudien de 24 ans, affirme avoir passé la semaine du 1er au 7 octobre sans prendre le volant, non pas par solidarité avec les femmes de son pays – le seul au monde à interdire aux femmes de conduire – mais « pour mieux comprendre ce qu’elles endurent au quotidien ». « J’ai tout simplement voulu traiter la question de manière pratique », affirme Rayan sur un blog qu’il crée spécifiquement pour relater son “expérience”. Cette décision, dit-il, vient surtout après avoir entendu plus d’une femme lui dire : « Si seulement vous, les hommes, pouvez essayer de vivre ce que nous vivons tous les jours. »

Rayan, qui se présente comme un « simple employé dans une société privée », a ainsi passé toute la semaine dernière à coordonner son emploi du temps avec celui de sa mère et de ses cinq sœurs avant tout déplacement. Fils unique, il est obligé de compter sur le chauffeur de la famille pour le déposer au travail et le ramener ensuite à la maison. « Ce n’est pas très agréable de se sentir dépendant des autres, surtout que tout retard peut causer embarras et instabilité », raconte Rayan sur son blog. Le premier jour, il était arrivé une demi-heure en retard à son bureau parce qu’il a dû partager le chauffeur avec une de ses sœurs qui devait se rendre à l’université le matin. Le soir même, il a dû annuler une visite chez des amis parce que sa mère avait déjà réservé le chauffeur pour un engagement familial.

Rayan, au premier jour de son expérience.

Le lendemain, afin de vivre l’expérience de manière plus authentique, il décide de prendre le taxi. « C’est une expérience effroyable, écrit-il. Surtout pour les femmes. » Un chauffeur de taxi lui aurait avoué qu’il évite de transporter des femmes parce que, souvent, des hommes arrêtent sa voiture pour harceler les passagères. « Maintenant, je comprends mieux pourquoi les femmes me disent que c’est difficile pour elles de se déplacer en taxi, raconte-t-il. J’ai essayé de me mettre dans leur situation, mais il est vrai que mon expérience ne peut jamais être similaire, étant donné que je suis un homme… »
Rayan note également qu’il n’a pas eu le temps d’essayer de se déplacer en bus, un moyen de transport que beaucoup de femmes résidant dans les banlieues utilisent pour se rendre en ville, selon lui. Ces femmes « sont souvent obligées de traverser des centaines de kilomètres sur des routes dangereuses en compagnie de gens qu’elles ne connaissent pas », écrit-il.

Sur son blog, Rayan relate aussi la situation misérable de nombreux chauffeurs privés en Arabie saoudite. « Beaucoup d’entre eux travaillent pour des familles nombreuses mais modestes, qui n’ont pas les moyens d’employer plus d’un chauffeur, explique-t-il. Je sais qu’ils doivent beaucoup souffrir par le fait de devoir conduire pendant plusieurs heures sous la chaleur. En plus, ils sont souvent maltraités, comme s’ils n’avaient aucune dignité ou valeur humaine… »

Dans un entretien qu’il m’accorde, Rayan affirme avoir été « surpris » par l’engouement qu’a suscité son expérience personnelle. « Ma mère et mes sœurs m’ont beaucoup encouragé. Elles étaient très heureuses de mon initiative, raconte-t-il. Mes amis aussi m’ont soutenu, bien que certains d’entre eux m’aient traité de fille pour me taquiner… » « J’avoue que je suis content que je n’ai décidé de consacrer qu’une seule semaine pour ce défi, dit encore Rayan. Je crois que je n’aurais pas pu supporter de vivre encore plus longtemps (sans voiture). »

Quel message lance-t-il aux Saoudiennes qui, depuis mai, mènent une campagne active sur Facebook et Twitter (@Women2Drive) pour obtenir le droit de conduire ? « Je suis certain que votre souffrance va bientôt prendre fin. Le roi Abdallah fait de son mieux pour garantir une vie pleine de dignité aux Saoudiennes. Tenez bon ! »
Et à ceux qui s’opposent au droit des femmes de conduire un véhicule, il dit : « Je leur conseille de tenter mon expérience afin qu’ils réalisent à quel point il est difficile d’être constamment dépendant des autres. Je leur garantis qu’ils changeront d’avis dès le premier jour. »

Les « Rosa Parks » d’Arabie

14 Juin

Le 17 juin 2011 entrera-t-il dans les annales saoudiennes ? C’est probablement ce qu’espèrent les militantes saoudiennes qui ont appelé leurs congénères à prendre le volant, vendredi, et défier l’interdiction de conduire faite aux femmes dans ce royaume ultraconservateur. Un appel déjà entendu, selon un sondage, par 638 Saoudiennes. Des Saoudiennes qui comptent parmi les milliers de supporters de Manal ash-Sharif, surnommée la « Rosa Parks d’Arabie Saoudite ». Depuis son arrestation le 22 mai pour avoir conduit sa voiture à Khobar, cette mère de 32 ans est devenue une icône pour les militants des droits de l’homme dans le royaume. Une vidéo la montrant en train de conduire a été visionnée plus de 500 000 fois sur YouTube (la vidéo a d’abord été retirée avant de réapparaître).

Depuis, plusieurs femmes ont imité son geste au risque de se faire arrêter. Des femmes qui, sur Internet, donnent de la voix. Heba al-Boutairi, une Saoudienne utilisant Twitter (@H_eba), écrit au sujet de Manal : « On passe de l’oppression à la folie ! L’arracher de sa maison au milieu de la nuit ? Pourquoi la traitent-ils comme une terroriste ? » « Ils veulent nous faire peur et intimider nos parents, mais ils sont en train de créer un million d’autres Manal », s’insurge Khouloud al-Fahad (@khulouds), une autre cyberactiviste saoudienne. « Je rentre à Riyad le 17 juin. Est-ce que l’une de vous pourra-t-elle passer me prendre de l’aéroport ? » plaisante @KhaledKhalifa, un humoriste saoudien.

Les habitants du royaume wahhabite ne sont toutefois pas tous solidaires de cette cause. Depuis que le débat a été lancé, il y a un mois, des menaces fleurissent sur la Toile. Quelques 6 000 personnes ont rejoint sur Facebook la « campagne du iqal », incitant les hommes à « fouetter » les Saoudiennes qui oseront braver l’interdiction de conduire. Le « iqal » est le cordon dur qui retient le couvre-chef de l’habit traditionnel masculin dans la région du Golfe. Certains proposent même d’offrir des caisses entières de « iqals » aux jeunes, de les poster sur le parcours des femmes qui vont participer à la manifestation et de les encourager à les frapper à l’aide de leur cordon. D’autres s’amusent à noter que le prix du « iqal » a bondi depuis que les hommes se sont rués pour en acheter avant la manifestation du 17 juin.

Loin d’être intimidés, les supporters de Manal ash-Sharif accentuent leur activisme en ligne à l’approche du jour J. La campagne « Women2Drive », qui a attiré près de 27 500 fans sur Facebook vient de publier une sorte de manuel d’instructions destiné aux femmes qui comptent prendre le volant « à partir du 17 juin ». Les organisateurs recommandent à ces femmes de « porter le voile islamique en voiture » et de ne conduire « qu’à l’intérieur des grandes villes ». Ils rappellent aussi qu’il n’y aura « aucun rassemblement ». « Prenez la voiture pour effectuer des tâches nécessaires, comme faire les courses ou déposer votre enfant à l’école. » Les Saoudiennes sont également appelées à « coller le portrait du roi Abdallah » sur leur voiture afin de montrer leur allégeance au souverain. « Conduire une voiture est plus qu’un droit, c’est une nécessité…, peut-on lire sur la page Facebook de « Women2Drive ». Comment expliquez-vous le fait que notre pays soit le seul pays au monde où les femmes sont interdites de prendre le volant ? Le 17 juin, on va briser le mur de la peur et réclamer nos droits les plus basiques. Allumez vos moteurs, les filles ! »

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