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Un musée virtuel pour la censure libanaise

5 Sep

Un nouveau musée unique en son genre vient de s’ajouter à la (petite) liste de musées libanais. Pour le visiter, nul besoin de vous déplacer. Il vous suffit d’une connexion Internet et d’un ordinateur ou d’un appareil mobile.

« The Virtual Museum of Censorship » (ou « Le musée virtuel de la censure ») est un site qui répertorie tout ce qui a jamais été censuré par les autorités libanaises depuis la création du Liban en 1943 jusqu’à ce jour. Films, pièces de théâtre, livres, journaux, albums de musique, etc. En tout, le site compte environ 400 entrées, selon l’organisation non gouvernementale « March », à l’origine de cette initiative.
On y retrouve, par exemple, le film de Charlie Chaplin The Great Dictator, sorti en 1940. Il a été interdit au Liban pour son contenu à caractère « juif » et « antinazi », indique le site. Trente-six œuvres auront été censurées par la Sûreté générale pour la même raison, dont les films Ben Hur (1959), Something’s Got to Give (1962), Les Aventures de Rabbi Jacob (1973), Schindler’s List (1993), Pianist (2002). La Sûreté générale aurait également interdit tous les livres de l’auteur américain Philip Roth pour « l’image favorable » qu’il donne du « peuple juif », ainsi que tous les albums du chanteur franco-algérien Enrico Macias – à part son disque Best Of – en raison de ses positions pro-israéliennes. « Son père aurait uriné dans une mosquée », précise le site, mis en ligne dimanche dernier.

La catégorie « Israël » recense quant à elle plus de 40 entrées. On y retrouve des livres et des films produits pas des Israéliens, mais aussi des artistes américains accusés de soutenir l’État hébreu (comme le chanteur Franck Sinatra ou l’actrice Jane Fonda).

Le musée comprend également une large collection d’albums de musique rock bannis dans les années 90 pour leur caractère « satanique ». Parmi eux figurent les groupes « Iron Maiden », « Kiss », « White Zombie », « Def Leppard », « Megadeth » et « Nirvana ».

Une trentaine d’œuvres ont également été censurées pour « érotisme », dont, croyez-le ou pas, la comédie musicale mythique Hair (1979). Y figure aussi le film du Libanais Marc Abi Rached Help (2009) et la pièce de théâtre de Lina Khoury Haki niswène, inspirée des Vagina Monologues d’Eve Ensler.

« Il n’existe aucune référence officielle indiquant ce qui est passible de censure au Liban, explique Christy Massabni, responsable dans l’ONG March. La loi est très floue à ce sujet, tout dépend de l’humeur des agents de la Sûreté générale qui refusent toujours de nous fournir la liste complète des œuvres censurées au Liban. »

Pour créer le musée virtuel, March s’est donc basée sur les archives des journaux. « Nous avons voulu créer une sorte de référence pour les Libanais perdus, comme nous, dans ces histoires de censure », ajoute Mme Massabni.
Selon elle, le gros de la censure est d’ordre avant tout politique. « Des pièces de théâtre ont, par exemple, été interdites car le président à l’époque ne voulait pas entendre parler de tel ou tel autre sujet », souligne Christy Massabni.

À part les œuvres artistiques, le site offre également une liste de journalistes libanais qui ont été emprisonnés (Youssef Hoayek), kidnappés (Mohammad Jalloul), torturés (Pierre Atallah) ou assassinés (Kamel Mroueh, Salim al-Lawzi, Samir Kassir, Gebran Tuéni…). Des journalistes de L’Orient-Le Jour y figurent également. En 2000, Michel Hajji Georgiou avait été interpellé pour avoir pris des photos d’une manifestation antisyrienne au Liban. L’agent des forces de l’ordre a confisqué sa caméra et a tenté de l’arrêter.

Mais depuis quelques années, la censure ne relève pas uniquement du domaine des autorités libanaises officielles. Depuis 2006, le Hezbollah a exercé des pressions sur de nombreux médias libanais, dont la LBCI (avec le show politique satirique Bass mat watan). Le musée virtuel de la censure rappelle également comment, en 2009, le Journal d’Anne Frank avait été mis au ban dans certains établissements scolaires sous l’impulsion du parti chiite qui avait créé une grande polémique sur cette affaire.

Plus récemment, comme le précise Christy Massabni, certaines composantes de la société civile commencent également à jouer le rôle des censeurs en appelant au boycott d’artistes internationaux, accusés d’être pro-israéliens. Elle cite le cas de la chanteuse belge Lara Fabian et du comédien français Gad el-Maleh qui ont annulé leur voyage au Liban à la suite de ces pressions.

Dernier épisode en date, la décision du groupe libanais « Mashrou’ Leila » de renoncer à jouer à l’ouverture du concert du groupe de rock américain « Red Hot Chili Peppers », prévu à Beyrouth le 6 septembre. Cette décision, annoncée via leur page Facebook, a été prise suite aux pressions exercées par des militants libanais. Après Beyrouth, les Chili Peppers sont supposés se rendre en Israël où un concert est prévu le 10 septembre à Tel-Aviv.

Egypte : Morsi sous cybersurveillance

27 Juin

À peine a-t-il été élu que le nouveau président égyptien Mohammad Morsi se retrouve déjà sous la loupe des cyberactivistes. Lancé au lendemain de l’annonce des résultats officiels de la présidentielle, le site Morsimeter.com invite les Égyptiens à garder l’œil sur les exploits du premier président civil (et islamiste), élu après la « révolution du Nil ». « Il s’agit de surveiller les cent premiers jours au pouvoir du président Morsi pour veiller à l’application – ou non – de ses promesses de campagne », lit-on sur le site.

En tout, Mohammad Morsi aurait fait 64 promesses liées à la sécurité, au transport, au carburant, à l’hygiène et à la pénurie du pain. Il avait promis en outre de : rétablir la confiance entre les citoyens et la police ; l’installation de caméras de surveillance pour sécuriser les lieux vitaux de la ville ; mener une campagne nationale pour sensibiliser les citoyens sur l’hygiène et la propreté des rues ; lutter contre le trafic de carburants en imposant des sanctions sévères sur les trafiquants et leurs complices…

Le site qui connaît actuellement un grand succès sur les réseaux sociaux est une initiative lancée par le groupe Zabatak formé de cinq jeunes activistes égyptiens qui se déclarent « non politisés » et « non affiliés » à aucun parti politique. À la base, Zabatak (qui veut dire « Je t’ai eu » en arabe) est une application invitant toute personne en Égypte à rapporter tout incident sécuritaire dont il est témoin en précisant le lieu et la date de l’incident en question sur une carte participative. « Si vous voyez un fonctionnaire acceptant un pot-de-vin, une voiture roulant à contresens, des personnes vendant des produits illégaux près de chez vous… ne les laissez pas passer inaperçues, peut-on lire sur le site du groupe. Notre but est de rétablir la sécurité dans les rues d’Égypte (…) afin de permettre à notre pays d’aller vers l’avant. ».
La presse égyptienne avait salué le succès de Morsi comme une victoire du peuple, mais de nombreux Égyptiens à la fibre libérale s’inquiètent de voir le président conservateur progressivement rogner sur les libertés civiles. « (Avec ce nouveau site), l’Égypte ne connaîtra plus jamais de dictateurs », réagit le blogueur égyptien @TheBigPharaoh sur Twitter.

L’initiative a même eu des échos au Liban, où des internautes se sont demandés s’il n’était pas possible de l’appliquer au pays du Cèdre. « Imaginez si on avait ce baromètre au Liban (pour surveiller les exploits) des politiciens, écrit Abir Ghattas (@AbirG). (…) Il exploserait en 5 secondes. » « Il resterait vide jusqu’à son expiration », réplique pour sa part Jessy Abou Habib (@jessyabouhabib).

L’idée n’est pourtant pas nouvelle. En 2008, le journal américain Tampa Bay Times avait lancé l’application baptisée Obameter dédiée au suivi des promesses de campagne du président Barack Obama. Quatre ans après son lancement, le quotidien américain affirme que 35 % des 510 promesses formulées par le président américain ont été réalisées, alors que 13 % ont été « officiellement brisées ».

Plus récemment, en France, trois étudiants de l’École supérieure de journalisme de Lille ont lancé un site dans le même esprit visant le président François Hollande. Lors de la campagne présidentielle de 2012, owni.fr et itele.fr avaient déjà lancé le « Véritomètre », « une application Web permettant à tous de vérifier, au quotidien, la parole politique des candidats à la présidentielle ».

L’idée a même été appliquée au Nigeria, où une association médicale a mis en place un blog dédié à veiller sur l’application – ou non – des 105 initiatives promises par le président Goodluck Jonathan dans le cadre de la lutte contre le VIH/sida…

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