Tag Archives: Syrie

Maman en syrien

21 Mar

Le Programme alimentaire mondial de l’ONU a publié vendredi, à l’occasion de la fête des mères, une vidéo très émouvante dans laquelle des enfants réfugiés syriens expliquent ce que représente pour eux le mot « maman ». « Être une mère est en soi une tâche ardue, écrit le PAM sur son site. Mais être une mère aujourd’hui en Syrie est devenu particulièrement difficile ».

Syrie : retour à l’âge de pierre

2 Oct
Photo tirée de la page facebook.com/kafar.nobol

Photo tirée de la page facebook.com/kafar.nobol

Depuis le début de la crise syrienne, il y a près de 3 ans, les habitants de Kafrnabel, dans le nord de la Syrie, se sont fait connaître par leur ingéniosité et leur sens de l’humour. Pas un seul développement touchant leur pays ne passe sans que les habitants de ce petit village rebelle n’aient leur mot à dire. Pour faire passer leur message au reste du monde, plusieurs moyens sont privilégiés : les banderoles d’abord puis les caricatures, mais aussi les films courts qu’ils diffusent sur Facebook et YouTube.

Dernière ingéniosité en date, une vidéo tragi-comique dénonçant le silence international face aux massacres commis par le régime de Bachar el-Assad contre le peuple syrien. Le clip imagine le conflit syrien dans un décor préhistorique, mettant en scène des opposants manifestant pacifiquement face aux soldats du régime et à leurs acolytes iraniens, russes et hezbollahis.
Assis sur un rocher surplombant le champ de bataille, quelques personnages – représentant la communauté internationale – assistent indifférents à la scène. Ils ne réagissent que lorsque les attaquants utilisent une bouteille de gaz toxique pour tuer les manifestants, réclamant la confiscation de la bouteille, sans toutefois interrompre les tueries.
La vidéo se termine avec un message pressant en anglais et en arabe : « La mort, c’est la mort, peu importe le moyen utilisé. Assad a tué plus de 150 000 personnes. Arrêtez-le. »

 

Sur un site dédié à Kafrnabel, Raëd Farès, un activiste originaire du village rebelle, explique que les habitants utilisent l’anglais dans la rédaction de leurs messages en raison du caractère universel de cette langue. « Il est très important de faire entendre notre voix dans le monde entier », écrit-il.

Sur Facebook, les photos de manifestants posant avec des banderoles aux divers slogans sarcastiques se multiplient à l’adresse des Occidentaux :

 

« Si votre problème avec Assad est l’usage des armes chimiques, laissez-le, parce que mourir gazés est de loin meilleur que périr sous les bombes. »

« Si votre problème avec Assad est l’usage des armes chimiques, laissez-le, parce que mourir gazés est de loin meilleur que périr sous les bombes. »

 

Ou encore :

« Kafrnabel exprime son inquiétude face à la position de la communauté internationale en faveur de l’assassin en lui permettant d’utiliser toutes les armes, sauf le chimique. »

« Kafrnabel exprime son inquiétude face à la position de la communauté internationale en faveur de l’assassin en lui permettant d’utiliser toutes les armes, sauf le chimique. »

 

Et aussi :

« Votre insouciance a engendré des extrémistes comme Assad. Maintenant, nous avons besoin d’autres extrémistes pour nous débarrasser de votre produit. »

« Votre insouciance a engendré des extrémistes comme Assad. Maintenant, nous avons besoin d’autres extrémistes pour nous débarrasser de votre produit. »

 

Le 20 septembre, au lendemain d’une entrevue accordée par Bachar el-Assad à la chaîne américaine Fox News, les habitants de Kafrnabel diffusent le message suivant :

« Chers Américains, ne laissez pas Assad vous tromper ; nous avons écouté ses mensonges dans toutes ses entrevues durant des années! »

« Chers Américains, ne laissez pas Assad vous tromper ; nous avons écouté ses mensonges dans toutes ses entrevues durant des années! »

 

Le 11 septembre, ils écrivent :

« Aujourd’hui, l’Amérique et la Syrie sont deux nations qui vivent deux tragédies : les attaques du 11-Septembre et l’anniversaire de Bachar el-Assad. »

« Aujourd’hui, l’Amérique et la Syrie sont deux nations qui vivent deux tragédies : les attaques du 11-Septembre et l’anniversaire de Bachar el-Assad. »

 

Mais s’ils critiquent les Occidentaux (pour leur silence) et le régime syrien (pour sa tyrannie), les habitants de Kafrnabel ne se montrent pas plus cléments envers l’opposition, de plus en plus déchirée et affaiblie :

« Nouveauté ! La Coalition nationale est en pleine rénovation... Bientôt, des branches pour hommes, femmes et indécis. Nous cherchons des représentants dans toutes les provinces ! »

« Nouveauté ! La Coalition nationale est en pleine rénovation… Bientôt, des branches pour hommes, femmes et indécis. Nous cherchons des représentants dans toutes les provinces ! »

 

« Les héros sont des gens qui préfèrent mourir en essayant de changer les choses, plutôt que de vivre une vie sans dignité », écrit sur son site l’activiste Raëd Farès. Selon lui, « l’humour est la arme capable de détruire Assad et son régime assassin ».

Ce n’est pas pour rien que ce petit village rebelle est surnommé la « conscience de la révolution syrienne »…

Poisson(s) d’avril anti-Assad

3 Avr

logo syrio

Distinguer le vrai du faux en Syrie est de plus en plus compliqué. Avec les restrictions imposées à la presse internationale par les autorités syriennes depuis le début du conflit, il y a deux ans, propagande et désinformation sont devenues des « armes » abondamment utilisées aussi bien par l’opposition que par le régime. Un phénomène désormais massif grâce, notamment, aux réseaux sociaux.
Un groupe d’opposants syriens baptisé « Syrian Revolution Intelligent Operations », ou « Syrio », s’est récemment montré particulièrement actif en la matière. Sa mission : « Débusquer les mensonges des médias officiels du régime syrien (…) afin de dénoncer l’ampleur de la propagande pro-Assad et de convaincre les Syriens “indécis” de rejoindre la rébellion. »

Pour atteindre son objectif, le groupe s’appuie sur une arme redoutable : l’imagination. Depuis août 2012, « Syrio » a diffusé près d’une dizaine de fausses informations, photos fabriquées à l’appui, pour alimenter la machine à propagande syrienne avant de la démasquer sur leur page Facebook.

Pour avoir une meilleure idée de leur mode de fonctionnement, voici deux de leurs canulars les plus élaborés :

Assad, un robot-humanoïde télécommandé

En février dernier, « Syrio » a envoyé aux principaux organes médiatiques du régime (médias traditionnels et pages Facebook) un article fictif affirmant qu’un riche homme d’affaires arabe non identifié a passé commande d’un robot-humanoïde ayant l’apparence du président syrien Bachar el-Assad. Contrôlé depuis un ordinateur, le robot recouvert de silicone est capable d’imiter tous les mouvements humains, selon l’article rédigé en arabe et accompagné de plusieurs photos.
« C’est une tentative de défigurer la réalité », dénonce un député koweïtien fictif cité dans le texte, tout en disant s’attendre à ce que des pays arabes utilisent ce robot pour le présenter comme étant le vrai président syrien. L’article précise enfin que « le Qatar a nié tout lien avec ce projet ».
C’est le 1er avril que « Syrio » a révélé le canular, en diffusant une vidéo dans laquelle les opposants dénoncent les médias prorégime qui ont repris sans la vérifier leur information inventée de toutes pièces. Selon le groupe d’opposants, des milliers de journaux, chaînes de télévision, sites Internet et pages Facebook sont tombés dans le piège.

« La chute fracassante »

En juillet, « Syrio » a diffusé un autre article fictif dans lequel les opposants affirment que « les services de renseignements chinois ont dévoilé un plan saoudo-qatari visant à reproduire plusieurs villes et places publiques syriennes dans un studio de cinéma gigantesque à Hollywood où sera filmée la chute fracassante de Bachar el-Assad ». Un plan dont le coût est estimé à « 36 milliards de dollars américains seulement », peut-on lire dans la fausse information, qui s’est très rapidement répandue sur les réseaux sociaux et a même été reprise par la télévision officielle syrienne.
Les opposants eux-mêmes ont avoué avoir été surpris par le succès de ce canular, étant donné qu’ils avaient laissé plusieurs indices qui auraient dû mettre la puce à l’oreille des lecteurs, comme le nom de la personne en charge de ce plan, prononcé « Assad is Duck Really » (Assad est réellement un canard, NDLR).

La guerre syrienne… sur la terre comme au Web

27 Mar

twitter-war-syria-clic

Dans les rues comme dans le cyberspace, les combats font rage entre pro et anti-Assad. L’un des acteurs principaux de ce conflit est l’Armée syrienne électronique (ASE) qui a été mise en place par le régime de Bachar el-Assad dès l’éclatement de la révolte en 2011. Qualifiée de bras cyberarmé du régime, ce bataillon de pirates informatiques avait au départ pour mission d’infiltrer et d’espionner les comptes Facebook des opposants. Aujourd’hui, deux ans après sa création, l’ASE est devenue une composante essentielle de la guerre médiatique menée par Damas.

Ces dernières semaines, cette armée électronique a concentré ses attaques sur plusieurs organisations et médias internationaux, piratant leurs comptes sur les réseaux sociaux. Dernière victime en date : trois comptes Twitter de la chaîne de télévision britannique BBC (@BBCWeather, @BBCArabicOnline et @BBCRadioUlster).
À part des déclarations de soutien au président Bachar el-Assad, les pirates ont diffusé des messages saugrenus sur le compte de @BBCWeather, s’en prenant à plusieurs pays, dont le Liban : « Alerte sismique au Qatar : (le prince) Hamad ben Khalifa est sur le point de sortir de son véhicule » ; « La station météorologique saoudienne est en panne après une collision frontale avec un chameau » ; « Prévisions météorologiques chaotiques au Liban, alors que le gouvernement a annoncé sa décision de se distancier de la Voie lactée » ; « Alerte au tsunami à Haïfa : on conseille aux résidents de retourner en Pologne »…

bbc

Une semaine plus tôt, l’ASE attaquait le site Web et le compte Twitter de l’organisation internationale pour la défense des droits de l’homme, Human Rights Watch (HRW). « Tous vos rapports sont FAUX ! ! Cessez vos mensonges ! ! ! » ont écrit les pirates sur le site, critiquant le dernier rapport de l’organisation qui accuse le régime syrien d’utiliser des bombes à sous-munitions dans sa guerre contre l’opposition.

Début mars, c’était la page Facebook de la Qatar Foundation qui avait été la cible des pirates pro-Assad. « À Qatar Foundation, nous soutenons le terrorisme », lisait-on dans l’un des nombreux messages pirates publiés sur la page. Des photos insultantes du prince Hamad ben Khalifa al-Thani et de son épouse ont également été diffusées. Traité de « Grand Satan » ou encore de « mulet », le prince est notamment attaqué sur les prises de position du Qatar sur la crise syrienne.

Depuis le début de l’année, l’ASE a piraté les comptes de plus de cinq médias internationaux, dont ceux de l’AFP, Reuters, France 24, al-Jazeera, Sky News et Deutsche Welle.

Une image diffusée sur le compte piraté de l'AFP sur Twitter : "Les rebelles syriens soutenus par Obama prête allégeance à el-Qaëda".

Une image diffusée sur le compte piraté de l’AFP sur Twitter : « Les rebelles syriens soutenus par Obama prête allégeance à el-Qaëda ».

Qui se cache derrière cette « armée » ? Impossible de le dire. Mais l’adresse de son site Web a été enregistrée au nom de la « Syrian Computer Society », un organisme officiel chargé des nouvelles technologies dans le pays. De 1995 à 2000, cet organisme était dirigé par Bachar el-Assad en personne.

Dans le camp opposé, l’on trouve plusieurs groupes de pirates dissidents éparpillés un peu partout dans le monde. Dans une entrevue accordée au site Web de NPR, l’un d’eux – baptisé « Harvester » – affirme faire face à une « vraie armée organisée possédant des équipements technologiques américains très sophistiqués ». Installé en Turquie, près de la frontière syrienne, Harvester passe une grande partie de son temps à pirater les comptes d’opposants arrêtés afin d’effacer tout contenu compromettant. « Nous remplaçons les photos du drapeau de la révolution syrienne par une image pornographique, par exemple, explique Harvester. Ça nous permet d’occuper les enquêteurs un moment. »

Tout comme les loyalistes, les anti-Assad organisent eux aussi des attaques informatiques contre des médias ou des organisations adverses. En deux ans, ils ont réussi par exemple à fermer la page Facebook de l’Armée syrienne électronique plus de 200 fois, selon l’aveu même des administrateurs de cette page.
En janvier dernier, des opposants ont affirmé avoir piraté la chaîne de télévision syrienne pro-Assad ad-Dounia en remplaçant la programmation régulière par des images ridiculisant l’armée syrienne.

Dimanche dernier, des pirates dissidents ont fait le buzz sur Internet en diffusant un message annonçant la mort de Bachar el-Assad sur la page Facebook de la chaîne syrienne. « Monsieur le président a été transféré à l’hôpital al-Chami après avoir été abattu par un de ses gardes du corps », disait le message qui a surpris les centaines de milliers d’internautes abonnés au compte d’ad-Dounia.

dounia

Reprise par plusieurs médias occidentaux et arabes, l’information a été rapidement démentie par Damas qui a accusé « l’ennemi israélien » d’être à l’origine de la rumeur.

La guerre 2.0 est loin d’être terminée…

 

Le peuple syrien, prochain Prix Nobel de la paix ?

22 Août

Depuis sa création il y a 111 ans, le prestigieux prix Nobel de la paix a été décerné à 121 lauréats, dont 101 individus et 20 organisations, mais jamais encore à un « peuple ».
Cette année, un groupe d’une dizaine de personnalités de plusieurs pays – dont les écrivains libanais Ziad Majed et Élias Khoury – espèrent changer la donne en lançant une pétition en ligne pour l’attribution du prochain prix Nobel de la paix au « peuple syrien qui s’est soulevé pour substituer dans son pays une culture de la paix à une culture du conflit ».

« Des jours difficiles attendent le peuple syrien, lit-on dans le manifeste, traduit en cinq langues et mis en ligne le 18 août. Lui attribuer le prix Nobel de la paix en témoignage d’admiration pour sa vaillance et sa détermination en faveur de la liberté serait aussi l’inciter à réaffirmer le choix de la non-violence au jour de sa reconstruction. »

Une initiative symbolique, certes, mais également très controversée. Parler du « peuple syrien » comme d’une entité unie contre Bachar el-Assad, n’est-ce pas ignorer une partie de la population qui soutient encore le régime par conviction ou par peur de voir la Syrie tomber entre les mains d’islamistes (radicaux ou pas) ?

Interrogé par L’Orient-Le Jour, le comité fondateur de la pétition affirme qu’il espère avant tout pousser la communauté internationale à « prendre conscience qu’elle a un rôle à jouer sur le plan non seulement politique, mais également humanitaire et moral ».
Il s’agit aussi de « saluer le peuple syrien dans son ensemble, toutes confessions et ethnies confondues, ajoute le groupe. Le grand slogan de cette révolution était le rappel de l’unité du peuple (wahed ! wahed ! wahed !) contre les clivages confessionnels que le pouvoir a toujours cherché à exploiter. Il s’agit ensuite de dire à ce peuple, martyrisé et qui a le sentiment, légitime, d’être abandonné de tous, que la société civile internationale – des gens comme vous et moi, de bonne volonté – soutiennent son aspiration à la liberté ».

Une affiche brandie par un opposant syrien : « Liberté, on n’aime que toi »

 

« La pétition ne représente pas un groupe ou une tendance politique, assure encore le comité. Elle est destinée à souligner la force de la majorité du peuple syrien qui reste pacifique dans toutes les formes de ses engagements politique, social et humanitaire. »
« Il y a, certes, une partie du peuple qui n’est pas contre le régime, poursuivent les initiateurs de la pétition. Toutefois, serait-il vrai de dire qu’elle est pour le régime (sans parler de ses caciques, bien entendu) ? Vous ne souhaitez sans doute pas rentrer dans l’histoire des communautés syriennes et les manipulations dont elles ont été l’objet depuis des décennies, mais tout pourrait démontrer que cet édifice autour du régime n’est que papier. » Selon eux, « il serait faux de répartir et opposer le peuple syrien en pro et antirégime. Cette façon manichéenne ne nous paraît pas pouvoir répondre à la réalité syrienne après des décennies du système actuel et encore moins à la réalité du mouvement révolutionnaire en cours ».

Mais qu’en est-il des violences imputées aux groupes armés anti-Assad, accusés par de nombreuses organisations internationales, dont l’ONU, d’avoir commis des « crimes de guerre, incluant des meurtres, des assassinats extrajudiciaires et des tortures » ? Ne font-ils pas eux aussi partie du « peuple syrien » dont la candidature au prix Nobel de la paix est souhaitée par les 1 550 signataires de la pétition ?
Pour le comité fondateur, « le peuple syrien n’avait d’autre alternative que de prendre les armes, faute de soutien international, politique et matériel », un an après le début de la révolution. « Mais la plus grande partie de la population a poursuivi son opposition pacifique au régime et c’est cet état d’esprit, qui correspond à la nature profonde de ce peuple, que nous souhaiterions voir reconnu par l’attribution du prix Nobel de la paix. Cependant, nous ne nous cachons pas que notre initiative est osée et qu’elle déconcerte tous ceux qui ne voient que les violences en cours en Syrie… »

Pour lire le manifeste en entier et/ou signer la pétition, cliquez ici

Le blog d’un diplomate syrien à Washington… euh pardon, à Pékin

7 Mar

Ambassadeur, blogueur, grand amateur de l’art…parmi tous ces titres, Imad Moustapha préfère celui de blogueur. C’est ce qu’il a souvent répété aux médias américains, pendant les neuf dernières années durant lesquelles il a servi comme ambassadeur syrien à Washington. Ironique comme déclaration pour le représentant de l’un des pays les plus redoutables en matière de censure sur le Net. Depuis le début des révoltes en Tunisie et en Égypte, des dizaines de blogueurs syriens ont été jetés en prison pour avoir appelé à plus de démocratie dans leur pays. Certains, comme Tal al-Malouhi, la plus jeune blogueuse détenue à ce jour dans le monde, y sont toujours. Cette étudiante de 20 ans a été condamnée à 5 ans de prison pour « divulgation d’information à un État étranger », en l’occurrence les États-Unis.

Mais Imad Moustapha n’a rien à craindre. Son blog, il l’anime en postant des billets, personnels certes, mais loin d’être compromettants. Dans un anglais irréprochable, il y relate ses impressions sur l’art et la littérature. Il y décrit ses voyages familiaux, ses rencontres officielles ou encore les fêtes d’anniversaire de ses enfants (photos à l’appui).

Imad Moustapha et son épouse avec les Obama.

 Blogueur régulier, publiant en moyenne un billet tous les huit à dix jours, Imad Moustapha aurait bien pu se passer de la crise qui secoue son pays depuis près d’un an. Cette crise qui l’a visiblement contraint à délaisser l’écriture au profit d’autres activités (pas très diplomatiques à en croire le département d’État américain). En juillet 2011, il avait été convoqué par un haut responsable de l’administration américaine qui lui a fait part de « l’inquiétude » des États-Unis après avoir « appris que des membres de l’ambassade syrienne avaient filmé et photographié des personnes dans des manifestations pacifiques aux États-Unis ».

Imad Moustapha disparaîtra donc de la blogosphère pendant onze long mois, de mars 2011 à février 2012. Le 31 août, il laisse une simple note (rédigée en anglais et en arabe) à l’intention de ses « amis », leur précisant qu’il ne possède aucun compte sur Facebook et qu’il ne compte pas en créer un de sitôt.

Son dernier billet avant le « black-out » de onze mois date du 25 mars 2011, c’est-à-dire 10 jours après le début de la révolte en Syrie. Ce billet, Imad Moustapha le dédie aux familles des « martyrs de Deraa »… Pour alléger leur « peine », il leur conseille de lire Dostoïevski ou bien d’écouter Mahler et Chostakovitch. C’est ce que lui-même fait depuis l’âge de 20 ans, lorsqu’il se sent « humilié » ou « insulté », écrit-il. Il cite al-Kindi, le philosophe arabe du IXe siècle, qui aurait dit que « la stabilité n’existe que dans le monde intellectuel ». « Il n’y a que les faibles d’esprit qui ne parviennent pas à surmonter leur peine », insiste Imad Moustapha.

 

Capture d'écran du blog du diplomate syrien.

Son come-back virtuel, il le fait le 8 février, pour annoncer qu’il a déménagé en Chine. Deux jours plus tôt, les États-Unis avaient annoncé avoir fermé leur ambassade à Damas et évacué leurs derniers fonctionnaires présents en Syrie.
À Pékin, Imad Moustapha redevient le blogueur régulier qu’il était au bon vieux temps prérévolutionnaire. Le 16 février, alors qu’à Damas, les forces gouvernementales arrêtaient le journaliste Mazen Darwich et la blogueuse Razan Ghazzawi, le diplomatie décrit sur son blog une semaine « surréelle » : « Mes rencontres avec les responsables chinois sont amicaux et encourageants ! ! Quel soulagement après avoir passé neuf ans à échanger des “coups” avec les responsables américains, écrit-il. Contrairement aux villes américaines, Pékin n’est pas une ville sans âme. »

Huit jours plus tard, le 24 février, il raconte qu’il s’est lancé dans l’apprentissage de la langue et la calligraphie chinoises. « La Chine, superpuissance émergente et fidèle alliée de la Syrie, était un mystère pour moi. Je suis convaincu que l’on ne peut réellement apprécier ce pays si on ne connaît pas sa langue, écrit Imad Moustapha. C’est pour cela que j’ai décidé d’apprendre le mandarin, en dépit des défis qui s’imposent. »
Pendant ce temps, à Homs, les habitants de Baba Amr affrontaient un défi de tout autre nature. Le quartier était soumis à un pilonnage systématique de l’artillerie pour le 21e jour consécutif. Plus de 70 personnes sont mortes en Syrie ce jour-là.

Le nom d'Imad Moustapha en mandarin...

Les symphonies de la révolution syrienne

2 Mar

Après le « rap » syrien, voilà les symphonies en hommage à la révolution anti-Assad.

Inspiré par la chanson « Yalla Erhal ya Bachar » d’Ibrahim Qachouch, symbole de la contestation populaire en Syrie qui a été retrouvé égorgé en juillet 2011, le pianiste américano-syrien Malek Jandali a écrit une symphonie en hommage à tous les martyrs syriens.

 

Même initiative du côté du musicien irakien Naseer Shamma qui dédie sa dernière symphonie aux habitants de Baba Amr (et de toute la Syrie).

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