Tag Archives: Syria

Ces voix qui disent « non » à la guerre en Syrie

28 Août

830045_1549806851

Pétitions, appels à manifester, rouspétage en ligne… Alors que se dessinent les prémices d’une intervention militaire occidentale contre la Syrie, plusieurs internautes américains, britanniques et français se mobilisent pour exprimer leur refus de la guerre. « Dangereuse », « illégitime », « coûteuse », les « pacifistes » occidentaux ont multiplié les raisons pour expliquer leur rejet de cette intervention, qui, selon les médias américains, pourrait commencer « dès jeudi » et durera trois jours.

Aux États-Unis, une pétition contre la guerre s’adressant au président Barack Obama et aux membres du Congrès a recueilli près de 8 000 signatures en moins d’un mois. « Vous ne pouvez pas éteindre un feu en versant de l’essence à côté, écrivent les activistes dans leur lettre. Il n’existe pas de solutions militaires en Syrie (…), plus de civils seront tués. » « Il est plus facile d’envoyer des avions, des bombes et des missiles que de les retirer, surtout si un avion est abattu ou si un pilote est capturé », poursuivent-ils, tout en appelant à la tenue de la conférence internationale sur la Syrie à Genève.

Selon un sondage Reuters/Ipsos, quelque 60 % des Américains se disent hostiles à une intervention des États-Unis en Syrie même si les allégations d’attaque chimique par le régime de Damas étaient avérées. Neuf pour cent seulement des personnes interrogées dans cette étude, réalisée entre le 19 et le 23 août – soit après le raid présumé du faubourg damascène de la Ghouta survenu le 21 août au matin –, pensent que le président Obama se doit d’agir.

Les activistes hostiles à la guerre en Syrie appellent par ailleurs à une manifestation « massive » aujourd’hui à Washington, au moment où Barack Obama doit prononcer un discours à l’occasion du 50e anniversaire du célèbre « rêve » de Martin Luther King.

Même ton de l’autre côté de l’Atlantique, où des pacifistes britanniques appellent à une « manifestation d’urgence », aujourd’hui, devant le bureau du Premier ministre David Cameron à Londres. « La plupart des Britanniques ont tiré les leçons des guerres en Afghanistan, en Irak et en Libye », écrivent les activistes. « Nous devons intensifier les mouvements de protestation afin d’empêcher (notre gouvernement) de nous impliquer dans une nouvelle guerre catastrophique », ajoutent-ils.
Selon un sondage réalisé par le journal The Telegraph, 74 % des Anglais se disent contre toute intervention militaire en Syrie. « D’autres manifestations sont prévues au cours du week-end », assurent-ils encore.

En France, plusieurs internautes ont pris d’assaut Twitter pour critiquer le discours du président François Hollande qui s’est dit « prêt à punir ceux qui ont pris la décision infâme de gazer des innocents » en Syrie.

Publicités

Syrie : les « mariées de la paix »

5 Déc
Une image tirée d'une vidéo montrant les "mariées de la paix" lors de leur manifestation le 21 novembre 2012 à Damas.

Une image tirée d’une vidéo montrant les « mariées de la paix » lors de leur manifestation le 21 novembre 2012 à Damas.

Il aura fallu beaucoup de courage à Rima Dali, Roua Jaafar, Kinda Zaour et Loubna Zaour pour porter une longue robe blanche de mariée et marcher le long du souk Medhat Bacha, au cœur de Damas. Il leur a certainement fallu une sacrée dose de sang-froid en plus pour s’arrêter au milieu du souk populaire et brandir trois banderoles couleur rouge sang, appelant à la fin des tueries en Syrie.

Les quatre jeunes Syriennes, surnommées désormais les « mariées de la paix », ont été arrêtées par les forces de sécurité de Damas quelques minutes après leur acte pacifique. C’était le 21 novembre dernier.
Sur les pancartes qu’elles ont brandies, trois messages distincts : « La Syrie pour tous » ;
« La société civile appelle à la fin de toutes les opérations militaires en Syrie » ; « Nous sommes tous fatigués, nous voulons une autre solution… »
Et sous ces messages, une même signature : « 100 % syrien ».

Sur l’une des vidéos de l’incident, diffusée sur YouTube, nous apercevons les quatre femmes marcher dans le souk Medhat Bacha, brandissant leurs banderoles sous les youyous et les applaudissements des passants.

 

Une autre vidéo, également diffusée sur YouTube, les montre au moment de leur arrestation. Un homme en uniforme militaire s’approche des « mariées » et confisque leurs banderoles, avant de les emmener vers un lieu inconnu.

 

Aujourd’hui, deux semaines après leur arrestation, l’incertitude entoure encore leur sort.
L’une des « mariées », Rima Dali, une alaouite de 32 ans originaire de Lattaquié, s’est déjà fait connaître le 8 avril dernier. Elle avait été arrêtée par les forces de sécurité à Damas pour avoir brandi devant le Parlement une pancarte rouge sur laquelle est écrit : « Arrêtez les tueries. Nous voulons construire une Syrie pour tous les Syriens. » Elle a été relâchée 48 heures plus tard.
Sur la vidéo de l’incident, Rima apparaît habillée en rouge, le visage peint en blanc, debout, au milieu du trafic. Elle a été longuement applaudie par plusieurs passants, notamment des femmes, qui se sont arrêtés pour l’encourager ou la photographier. Son acte courageux lui a valu d’être citée parmi le top 20 des plus grands penseurs mondiaux de l’hebdomadaire américain Foreign Policy.

Une autre « mariée » au sort incertain est Roua Jaafar, jeune artiste diplômée de l’Ecole des beaux-arts à Damas. Née le 6 janvier 1989, Roua, originaire de la ville de Salmiyeh (centre), enseignait le dessin aux enfants aux besoins spécifiques, selon la page Facebook du groupe « Femmes syriennes en faveur de la révolution ».
Les autres « mariées », Kinda et Loubna Zaour, sont deux sœurs originaires de la région druze de Soueida. Sur une page qui leur est dédiée sur Facebook, elles sont présentées comme étant des « activistes pacifistes de la société civile syrienne ».

Rima Dali, Roua Jaafar, Kinda Zaour et Loubna Zaour.

Rima Dali, Roua Jaafar, Kinda Zaour et Loubna Zaour.

L’histoire des quatre jeunes femmes a suscité une vague d’indignation sur les réseaux sociaux, où nombre d’internautes femmes ont publié des photos d’elles-mêmes habillées en robe de mariée et brandissant des pancartes rouges, appelant à la libération des activistes.

29581_131433290344167_196317240_n

À Boston, une flashmob a même été organisée en soutien aux « mariées de la paix ».

Selon le groupe « Freedom Days », qui prône la non-violence en Syrie, « la résistance pacifique est devenue un concept controversé » dans ce pays. « En raison du nombre croissant de civils massacrés par les forces du régime depuis mars 2011, plusieurs Syriens pensent que la résistance armée est nécessaire pour l’autodéfense, écrivent les activistes sur Facebook. Avec l’exemple des “mariées de la paix”, nous pensons qu’il existe une autre forme de résistance plus éthique et plus pacifiste pour renverser le régime. » « Mais pour y arriver, précisent-ils, cette résistance doit être répandue, organisée et persistante… »

Les symphonies de la révolution syrienne

2 Mar

Après le « rap » syrien, voilà les symphonies en hommage à la révolution anti-Assad.

Inspiré par la chanson « Yalla Erhal ya Bachar » d’Ibrahim Qachouch, symbole de la contestation populaire en Syrie qui a été retrouvé égorgé en juillet 2011, le pianiste américano-syrien Malek Jandali a écrit une symphonie en hommage à tous les martyrs syriens.

 

Même initiative du côté du musicien irakien Naseer Shamma qui dédie sa dernière symphonie aux habitants de Baba Amr (et de toute la Syrie).

Lettre d’un homme libre de Hama

3 Août

Un récit touchant publié par Yassine al-Hajj Saleh sur Facebook. Des mots accablants pour décrire à quoi ressemble la vie sous la menace de mort, de viol et de torture. Des pensées désormais présentes dans tous les esprits à Hama.

Voici la lettre traduite en français (suivie de la version originale, en arabe).

« Nous attendons la mort… Nous entendons le bruit d’un missile et regardons le plafond de la chambre en se demandant si c’est ce missile-là qui va nous tomber dessus ou bien le suivant… Ma fille, qui a sept ans, s’accroche à moi, la tête enfouie dans ma poitrine, espérant pouvoir s’y cacher pour se sentir en sécurité… Je regarde ma femme et imagine ce qui pourrait lui arriver s’ils parvenaient à entrer chez nous… Est-ce qu’ils me fusilleraient devant ma fille et mon fils avant de tuer tous ceux qui les protègent?… Je réfléchis beaucoup en ces temps: devrais-je me procurer une arme pour les empêcher de faire irruption dans ma maison? Devrais-je préparer une bonbonne de gaz pour la faire exploser avant qu’ils ne s’approchent de ma femme? Ce qu’il y a de plus dur dans la vie, c’est de ressentir toute cette peur, alors qu’on est sûr de notre innocence. Ce qu’il y a de plus dur dans la vie, c’est de se sentir impuissant devant toutes ces probabilités… Je m’adresse à tous les être humains sur terre: qu’auriez-vous fait à ma place? Imaginez que c’est votre fille, ou votre femme… Y a-t-il quelqu’un sur la face de cette terre qui écoute cet appel d’un homme de Hama. L’appel de tout Hama…

Ceci ne vient pas de l’imaginaire d’un écrivain ou des émotions d’un poète… Ceci est la vérité. »

رسالة من حر في داخل مدينة حماه

نحن بانتظار الموت… نسمع صوت قذيفة فننظر إلى سقف الغرفة ونقول: هل ستسقط القذيفة على سقف هذه الغرفة أو التي تليها… ابنتي ذات السبع سنوات تمسك بي وتدخل رأسها في صدري تتمنى أن تدخل فيه لتكون آمنة… أنظر إلى زوجتي وأتخيل أنهم لو دخلوا بيتي ماذا سيفعلون بها… …ترى هل سيطلقون النار علي أمام ابنتي وابني ويسقط أمامهم من كان يحميهم… أفكر كثيراً الآن: هل أشتري سلاحاً لأمنعهم من اقتحام بيتي. هل أهيئ جرة الغاز لأفجرها قبل أن يصلوا إلى زوجتي… أصعب شيء في الحياة: أن تكون بريئاً وأنت تعلم أنك برئ. وتخاف كل هذا الخوف… أصعب شيء في الحياة: أن لا تستطيع أن تفعل شيئاً أمام هذه الاحتمالات… أيها الإنسان في أي مكان في العالم: ماذا لو كنت أنت. ماذا لو كانت ابنتي ابنتك. ماذا لو كانت زوجتي مكان زوجتك… هل بقي إنسان على وجه الأرض يسمع هذا النداء من رجل في حماة شأنه شأن كل أهل حماة… هذه ليست تخيلات كاتب أو عواطف شاعر … هذه الحقيقة

"Tuez-moi"

Autres liens utiles:

– Un témoignage publié par Amnesty International (en anglais).

– Une vidéo montrant un immeuble sous le feu des forces syriennes, à Hama. Une mère et ses trois enfants seraient bloqués à l’intérieur…

Rapper la résistance

3 Juil

Un groupe se faisant appeler « Strong Heroes of Moscow » ont diffusé sur YouTube une chanson satirique contre la répression en Syrie. Les paroles (en arabe) – qui reprennent des slogans pro-Bashar – ont été traduits vers l’anglais par Al-Jazira.

Le clip se termine avec une scène violente de soldats syriens frappant à coups de bottes un détenu agenouillé.

Le voila:

Avis aux Syriens : conseils et astuces de la place Tahrir

22 Juin

S’il est un phénomène que l’on peut retenir aujourd’hui des révoltes populaires dans le monde arabe, c’est bien la solidarité née entre les jeunes des mouvements proliberté. En Égypte, lorsque les manifestants subissaient la répression des forces de sécurité de Hosni Moubarak, les blogueurs tunisiens, fiers de leur rôle de détonateur, leur ont prodigué une série de conseils. Un flot ininterrompu d’astuces s’est déversé sur la Toile sur les moyens de se protéger contre la brutalité policière, de déjouer la censure gouvernementale, de contrer le discours officiel à travers un réseau parallèle d’informations… C’est ainsi que les Égyptiens ont, par exemple, appris à se protéger contre la toxicité des gaz lacrymogènes en appliquant du vinaigre et des oignons sous leurs mouchoirs.
Aujourd’hui, c’est au tour des activistes égyptiens, forts de leur expérience, de se mobiliser en guise de solidarité avec leurs homologues syriens, victimes de la répression du régime baassiste. Sur la page Facebook du groupe SNN (Syrian News Network), un militant égyptien qui dit « adorer la Syrie » partage les tactiques de résistance civile appliquées dans son pays et en Tunisie. Extraits.

1. « Les manifestations doivent englober le plus de villes possible, même si le nombre de protestataires est faible. Si la révolte s’étend géographiquement, le régime aura du mal à la réprimer. »
2. « Le soulèvement doit également s’étendre temporellement, c’est-à-dire qu’il faut manifester tous les jours. Ne faites pas l’erreur commise par les Bahreïnis qui se sont tout de suite rassemblés dans un même site – la place de la Perle. Attendez que votre mouvement prenne plus d’ampleur et que le régime soit affaibli avant de passer à cette étape. Nous, on ne s’est rassemblés sur la place Tahrir qu’après avoir coupé le bras sécuritaire de Moubarak. »
3. « Essayez d’épuiser les forces de l’ordre en prolongeant les manifestations tout au long de la journée, et surtout la nuit. C’est ce que nous avons fait les 25, 26 et 27 janvier. Le 28, vendredi de la colère, ils n’ont tenu que trois heures tellement ils étaient fatigués. »
4. « Ne manifestez dans les grands espaces qu’en très grand nombre. Sinon, rassemblez-vous dans les petites ruelles et essayez d’attirer les sympathisants. »
5. « Soyez courageux. Votre détermination les affaiblira psychologiquement. Lors de notre marche sur le pont Kasr al-Nil, nous avons réussi à tenir tête à la police en remplaçant les blessés et les affaiblis du premier rang par rotations régulières. »
6. « N’attaquez jamais les forces de l’ordre. Votre mouvement doit rester pacifique coûte que coûte. Refusez de porter des armes, même si vous êtes attaqués. »
7. « Le conseil suivant est très, très important : restez unis. Scandez les mêmes slogans. Ne donnez aucune excuse au pouvoir qui tente de vous diviser sur des bases confessionnelles ou idéologiques. Pendant les manifs, le chrétien doit marcher aux côtés du musulman, l’islamiste aux côtés du laïc, le pauvre aux côtés du millionnaire… »

Libérez Amina!

8 Juin

L’information a fait le tour de la planète en quelques secondes. Que ce soit sur Twitter, Facebook, ou bien sur les blogs, des internautes du monde entier se mobilisent pour dénoncer l’arrestation d’Amina Abdallah Arraf. La « Gay Girl in Damascus »  vivait depuis quelques semaines dans la clandestinité la plus totale. Elle changeait régulièrement de maisons afin d’éviter d’être repérée par les Moukhabarte qui l’avaient déjà menacée de l’arrêter et même de la violer.

Dimanche, Amina avait écrit sur son blog: « Aujourd’hui ou demain ce sera peut-être ma fin; demain pourrait également être le premier jour de l’histoire d’une Syrie libre. Ben Ali est parti, Moubarak est parti, Saleh, dit-on, est également parti. Assad n’en a pas encore pour longtemps et j’ai bien l’intention de le voir partir. »

La première à avoir réagi sur l’arrestation d’Amina a été sa partenaire qui vit à Montréal. Elle a bombardé journalistes et militants de droits de l’homme de messages et d’alertes sur Twitter. Sur Facebook, la page « Free Amina Arraf » a attiré près de 5500 personnes en quelques heures. « Je n’avais jamais entendu parler d’Amina avant son arrestation. Il (le régime syrien) vient de se tirer une balle dans le pied avec ce coup. Libérez Amina! », écrit un internaute sur la page. « Le plus ironique c’est qu’en essayant de la faire taire, ils encouragent de plus en plus de gens à lire ses écrits. J’espère qu’ils se rendront compte de cela et qu’ils la libèreront bientôt », réagit un autre.

Une pétition en ce sens a été diffusée sur la Toile. Un appel à contacter les ambassades syriennes à travers le monde a également été lancé. Sur son blog, l’Américain Benjamin Rosenbaum publie la lettre qu’il a envoyé à Imad Moustapha, l’ambassadeur syrien aux Etats-Unis: « Racontez-moi, s’il vous plaît, ce que vous êtes en train de faire pour localiser et libérer Mlle Arraf. (…) Comme vous l’écrivez sur le site Internet de l’ambassade, « il faut faire la différence entre les citoyens qui réclament des droits légitimes et les militants qui empruntent le chemin de la destruction et de l’insécurité ». Mlle Arraf fait clairement partie de la première catégorie. Sa libération immédiate démontrera que la Syrie est sérieusement engagée à régler la crise avec dignité et dans le respect des droits internationaux. »

« Est-ce que l’arrestation de la blogueuse américano-syrienne va pousser les Etats-Unis à intervenir » en Syrie?, se demandent plusieurs internautes sur Twitter (#FreeAmina). « Il suffit de voir les photos du jeune Hamzeh el-Khatib ou d’écouter les
témoignages d’anciens détenus syriens pour savoir jusqu’où le régime est prêt à aller pour briser toute dissidence, écrit l’activiste pour les droits des homosexuels, Leil-Zahra Mortada. Il ne faut pas oublier qu’Amina est non seulement homosexuelle, mais qu’elle est également une opposante syrienne. Amina ne sera libre que lorsque la Syrie sera libérée et la Syrie ne pourra être libre tant qu’Amina ne l’est pas. »

%d blogueurs aiment cette page :