Tag Archives: saudi

« Bad Girls », ou si la révolution des Saoudiennes était un clip…

29 Fév

M.I.A. et ses « Bad Girls ».

Des images de femmes voilées, kalachnikovs à la main, effectuant des cascades spectaculaires en voiture, en plein désert… on n’en voit pas tous les jours. Dans la culture populaire occidentale, lorsqu’il s’agit de représenter des Arabes, c’est souvent le même genre de stéréotypes qui revient : les hommes sont des terroristes bien barbus ou bien des milliardaires bien barbares, alors que les femmes, elles, ne sont que des objets sexuels, des créatures soumises, effacées et opprimées. Des victimes, quoi !

Tout le contraire des Bad Girls de M.I.A., la chanteuse britannique d’origine sri lankaise qui, dans le clip de son nouveau single, apparaît entourée de femmes « rebelles » (« fatayat moutamarridat », comme précisé dans le générique écrit en arabe en forme de graffiti)… Des femmes portant un voile aux motifs félins, lunettes d’aviateur et ornements en or, qui dansent de manière suggestive, mitrailleuse à la main, autour d’une BMW dorée, sous le regard curieux d’un groupe d’hommes en habit traditionnel saoudien.

Hommes et femmes effectuent ensuite une série de cascades en voiture, identiques à celles qu’on voit sur YouTube de jeunes Saoudiens qui driftent, roulent sur uniquement deux roues latérales, ou font du « sandal skating » (de véritables « hit » sur le Net !)… Le tout est filmé au milieu d’un désert, entouré de collines, de maisons délabrées et des puits de pétrole en feu.

Bien que les paroles de Bad Girls ne font référence à aucun moment à la culture arabe (Live fast, die young, bad girls do it well/My chain hits my chest when I’m banging on the dashboard), beaucoup ont vu dans ce clip un hommage aux Saoudiennes qui n’ont pas le droit de conduire dans leur pays. « C’est un gros doigt d’honneur qu’envoie M.I.A. aux autorités saoudiennes qui imposent des lois inhumaines contre les femmes », estime la critique musicale du Télégraph, Lucy Jones.

En décembre 2011, des érudits musulmans avaient rédigé un rapport « scientifique » dans lequel ils affirment que permettre aux femmes de conduire entraînerait « une vague de prostitution, de pornographie, d’homosexualité et de divorce dans le pays »… Cela n’a pourtant pas empêché plusieurs Saoudiennes de défier les autorités et braver l’interdiction de conduire. Début février, les militantes Samar Badaoui et Manal el-Chérif – qui avait été arrêtée en mai 2011 après avoir diffusé sur YouTube une vidéo dans laquelle on la voyait derrière le volant d’une voiture – ont déposé des plaintes devant la justice saoudienne contre le refus des autorités de leur délivrer un permis de conduire. Aucune loi, selon elles, ne stipule que les femmes n’ont pas le droit de conduire une voiture.

Il faut dire que M.I.A., de son vrai nom Mathangi « Maya » Arulpragasam, est habituée à la controverse. Dans son tout premier album, la chanteuse de 36 ans avait fait l’apologie des Tamouls sri lankais (dont elle est issue), ainsi que de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP). Plus récemment, le 10 février, elle avait suscité l’indignation aux États-Unis pour avoir fait un doigt d’honneur en direct à la télévision, en pleine performance (aux côtés de Madonna) lors de la mi-temps de la finale du championnat de football américain (Super Bowl).
Le réalisateur du clip de Bad Girls n’est nul autre que le Français d’origine grecque Romain Gavras, le fils de Costa Gavras, connu pour ses vidéoclips controversés et extrêmement violents.

Le clip en question, qui a été visionné plus de 6 millions de fois en moins d’une semaine, n’a évidemment pas laissé les Saoudiens indifférents. Les commentaires étaient très divisés, certains y voyant une insulte aux lois de leur pays, alors que d’autres y ont vu une reconnaissance de la culture « underground » saoudienne.
« Qui l’aurait dit ? Notre culture influence maintenant les Occidentaux. Tout le monde sait que le drift est la spécialité des Saoudiens », écrit un internaute sous la vidéo sur YouTube. « Il faut interdire cette vidéo avant que les filles chez nous ne se mettent à les imiter. On a déjà assez de difficultés à les empêcher de conduire », plaisante un autre. « Ils essaient de nous imiter, mais les images ne sont pas crédibles, réagit un troisième. On ne s’habille pas de cette manière et on ne conduit pas ce type de voitures. Ils pensent encore qu’on vit dans le désert ou quoi ? » « Et puis, il est où son gardien légal ? : -D »

 

Publicités

Arabie saoudite : critiquer le roi…avec le sourire

30 Août

En Arabie saoudite, critiquer le roi Abdallah est considéré comme un crime passible de sept à dix ans en prison, selon la nouvelle loi « antiterroriste », entrée en vigueur depuis deux mois. Dénoncée par les organisations pour la défense des droits de l’homme comme visant principalement les dissidents politiques, cette nouvelle loi n’a toutefois pas empêché des dizaines d’internautes saoudiens de défier le souverain en prenant part à une campagne sarcastique lancée de manière spontanée sur Twitter, et baptisée « Tal3mrak ». Cette expression, très liée à la culture saoudienne et qui veut littéralement dire « Que Dieu vous donne une longue vie », est souvent employée à l’adresse des plus âgés, en signe de respect.

En un jour seulement, plus de 40 200 tweets ont été adressés au roi en utilisant le hashtag #Tal3mrak.

Au début, les critiques étaient globales, dirigées contre des personnalités saoudiennes hautes placées, notamment dans les domaines politique, militaire et financier. Mais très rapidement, les attaques se sont concentrées uniquement contre la personne du roi, attirant ainsi l’attention de centaines d’internautes arabes, qui ont, à leur tour, épinglé le souverain, accusé, selon eux, d’étouffer le « printemps arabe ».

« Le hashtag #Tal3mrak me fait sentir vieille. Je n’aurais jamais pensé qu’il y avait autant de Saoudiens qui n’ont pas peur (de s’exprimer) », écrit la défenseuse des droits de la femme Eman AlNafjan (@Saudiwomen). « Si vous êtes Saoudiens, vous devez savoir que #Tal3mrak est…incroyable », note pour sa part le blogueur saoudien Ahmed al-Omran (@Ahmed). Dans sa propre
contribution à cette campagne, il écrit: « Quand êtes dans un rendez-vous amoureux, n’avez-vous pas peur de vous faire arrêter par la police religieuse? #Tal3mrak ». Son message a été retweeté plus de 100 fois.

« #Tal3mrak, est-ce que vous savez que 80% de  la population ne possède pas une maison? », demande, de son côté, Nayef al-Hamid (@drnaifalhumaid), étudiant en médecine dentaire à Djeddah. « Jusqu’à quand les prisonniers doivent-ils rester en tôle sans jugement? », s’interroge Ibtissam al-Ali (@bsoomali), du Kousseim. Nawwarah Ashad (@nawwarah82), quant à elle, critique les promesses de réformes qui n’ont toujours pas été appliquées : « Vous nous avez promis le progrès, nous avons trouvé du retard. Vous nous avez promis une vie décente, et la vie est devenue encore plus chère. Vous nous avez promis la politique de la « porte ouverte », et vous nous avez offert la nouvelle loi anti-terroriste ! ».

Manal al-Sharif (@manal_alsharif), la Saoudienne qui a été arrêtée pour avoir osé prendre le volant à Riyad il y a quelques mois, est tout aussi sarcastique : « Puisque vous avez 20 millions d’enfants (en référence à la population saoudienne, ndlr) et que nous exportons 9 millions de barils de pétrole par jour, dans quel baril pensez-vous que nous devons conserver notre patience ? ».

Le premier internaute à avoir tweeté sous ce hashtag, est @Omar__Saleh, un jeune saoudien originaire de la ville de Dammam. Dans un de ses messages, il se dit choqué par le succès de #Tal3mrak. « Je n’aurais jamais imaginé qu’il puisse attirer autant de monde… Je ne voulais que faire du sarcasme sans m’attaquer à quelqu’un de particulier », assure-t-il sur son compte Twitter.

Mais d’autres internautes y ont déjà vu les prémices d’une « révolution » qui risque de se déplacer du monde virtuel à la rue. « C’est la nouvelle révolution saoudienne. Maintenant elle est sur Twitter, mais qui sait jusqu’où elle ira ! », écrit @alihashem, journaliste travaillant pour la chaîne al-Jazira. « Tout le monde sait que la première phase de la contestation commence par le sarcasme et l’ironie. J’espère que le message du peuple est parvenue à qui de droit », note pour sa part Nasser al-Rabdi (@_Nasser_) de la ville de Khoubar. « Aujourd’hui, la liberté n’est plus limitée comme auparavant, tweet le Koweïtien @Hamad_AlRagheeb. Les pays arabes doivent accepter cette réalité et donner à leur peuple le droit de vivre dans une démocratie ».

%d blogueurs aiment cette page :