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Je danserai malgré tout… dans les rues de Tunis

13 Déc

Je danserai malgré tout... dansl les rues de Tunis

La Tunisie est, historiquement, le pays le plus avancé dans le monde arabe en matière de laïcité. Mais depuis la chute de Ben Ali et la victoire des islamistes aux premières élections libres du pays, l’influence des salafistes ne cesse de grandir. Ces tenants d’un islam rigoriste étaient impliqués ces derniers mois dans plusieurs incidents violents, affirmant vouloir « défendre » la religion et la morale. En septembre dernier, par exemple, après la diffusion sur Internet d’un film antimusulman réalisé en Californie, ils ont attaqué l’ambassade des États-Unis à Tunis. Les violences avaient fait quatre morts.
Sur le front culturel, les salafistes mènent une bataille sans répit, attaquant tout ce qu’ils jugent « offensant » pour la foi, dont salles de cinéma, bars, théâtre…

Face à cette situation, de plus en plus de Tunisiens se mobilisent pour exprimer leur exaspération à l’encontre de ces islamistes radicaux. Parmi eux, un collectif de jeunes artistes, baptisé « Art Solution », qui vient de lancer une nouvelle forme de résistance, à quelques jours du second anniversaire du début de la « révolution du jamsin ». Une résistance… par la danse !

À la tête de ce collectif, Bahri Ben Yahmed, 35 ans, danseur, chorégraphe et cinéaste. Le 8 novembre, il diffuse sur YouTube une vidéo le montrant lui et un autre danseur (Chouaib Cheu) enchaînant des pas de hip-hop dans des espaces publics à Tunis. Le clip, intitulé « Je danserai malgré tout », remporte un grand succès sur la Toile, attirant plus de 15 000 internautes en quelques jours.

Un mois plus tard, il diffuse une seconde vidéo le montrant cette fois-ci avec quatre autres danseurs (Chouaib Cheu, Sandra, Adnen et Nahed Dou Di) investissant les rues de la capitale à la manière d’un flashmob, sous le regard amusé des passants. On y voit une femme exécuter un ballet au milieu d’un marché de légumes populaire, un homme effectuer des pas de breakdance sur le quai d’une station de métro à Tunis, ou encore un couple danser du classique au milieu d’une place publique de la capitale…
Très vite, cette seconde vidéo devient encore plus virale que la première, avec près de 48 000 clics en deux jours seulement.

Dans un entretien qu’il m’accorde, Bahri Ben Yahmed explique que l’idée de ces vidéos lui est venue après l’incident du 25 mars, lorsque des manifestants salafistes ont attaqué des artistes qui offraient un spectacle de rue sur l’avenue Habib Bourguiba à l’occasion de la Journée mondiale du théâtre. « C’est une date qui marque encore les esprits des artistes tunisiens, affirme Bahri Ben Yahmed. “Entrez à l’intérieur de vos théâtres, nous criaient les salafistes. La rue ne vous appartient plus !” »
Le 28 mars, suite à ce violent incident, le ministère de l’Intérieur décide d’interdire toutes les manifestations sur l’avenue Bourguiba.

« Nous avons eu peur qu’ils nous enferment entre quatre murs, qu’ils nous coupent du monde, qu’ils interdisent aux gens de fréquenter le théâtre, confie le jeune danseur tunisien. Notre initiative vient justement pour dire non à ces pratiques. La rue nous appartient encore ! » « Ces vidéos sont l’expression d’un acte de résistance contre l’obscurantisme, poursuit l’artiste. Nous sommes en confrontation directe (avec les salafistes), et notre seule arme est l’art. »

Sur Twitter, l’initiative du groupe fait sensation. « Je suis un Tunisien sans vie, qui danse malgré la déception qui m’envahit et malgré la douleur », écrit @arabicca1. « Je suis officiellement sous le charme … Que du respect ! Que du respect ! Que du respect ! » twitte pour sa part @Mahransky. « Une magnifique vidéo qui montre qu’il y a encore de l’espoir en Tunisie », affirme de son côté @AhmedTritar.

« J’ai beaucoup apprécié les réactions (à cette initiative), raconte Bahri Ben Yahmed à L’Orient-Le Jour. Les gens sont émus ! Ça me donne de l’espoir de constater que les Tunisiens sont bons viveurs. Les personnes que nous avons croisées dans la rue nous ont acceptés, et certains ont même dansé avec nous. » » Nous continuerons à faire des vidéos et à envahir les espaces publics, promet le jeune homme. Nous allons déplacer nos spectacles dans d’autres régions du pays pour recruter le plus grand nombre de jeunes possible… »

C’est, comme le dit si bien « V », le personnage principal du film V pour vendetta (2006) : « Une révolution sans danse, c’est une révolution inutile. »

Visitez les pyramides avant qu’il ne soit trop tard…

14 Nov

Une photo modifiée du Sphinx qui a été massivement partagée sur Facebook en réponse aux salafistes qui appellent à la destruction des monuments historiques en Egypte.

Onze ans après avoir « aidé » les talibans à détruire les statues de Bouddha dans la vallée de Bamiyan, en Afghanistan, un cheikh jihadiste égyptien appelle aujourd’hui les musulmans à dégommer le sphinx et les pyramides de Gizeh. « Tous les musulmans doivent appliquer les enseignements de l’islam et détruire ces idoles, comme nous l’avions fait en Afghanistan », a dit cheikh Mourgane Salem al-Gohary dans une entrevue télévisée samedi dernier sur la chaîne égyptienne Dream TV. « Dieu a donné l’ordre au prophète Mohammad de détruire les statues, a-t-il ajouté. Quand j’étais avec les talibans, nous avons détruit les bouddhas, ce que le gouvernement (afghan) n’avait pas fait », a-t-il ajouté avant de demander au présentateur : « Pourquoi avez-vous peur de détruire ces idoles? Les adoreriez-vous par hasard ? »

Et de conclure : « Toute statue qui a été adorée par le passé ou qui risque d’être adorée dans le futur doit être démolie. C’est notre devoir. »

Connu pour ses discours extrémistes, cheikh Gohary, 50 ans, avait été emprisonné à deux reprises sous le régime de l’ancien raïs égyptien Hosni Moubarak, rappelle le journal Egypt Independent. Après les attaques du 11 septembre 2001 à New York, il se rend en Afghanistan pour rejoindre les rangs des talibans. En 2007, il voyage en Syrie où il sera arrêté et extradé vers Le Caire. Un tribunal égyptien le condamne à la prison à vie, mais cheikh Gohary finit par retrouver la liberté quatre ans plus tard, après la chute de Moubarak en février 2011.

 

Pour de nombreux Égyptiens, Gohary, qui ne représente selon eux qu’une tranche minime de la société, tente avec ses propos controversés de renforcer sa popularité. Ses déclarations de samedi dernier ont toutefois eu un effet boomerang, suscitant une vague de condamnations sur la Toile.

Sous la vidéo de son entrevue sur Dream TV, visionnée plus de 100 000 fois en trois jours, Raef Ahmad dénonce l’appel du cheikh, estimant que « ceux qui souhaitent détruire les pyramides veulent en réalité détruire le peuple égyptien ». « Nous ne permettrons à personne d’effacer notre patrimoine historique, poursuit-il. L’Égypte était une civilisation pharaonique et nous poursuivrons la lutte de nos ancêtres contre l’oppression et l’ignorance qu’incarnent les salafistes. »

Ahmad, un autre internaute égyptien, critique quant à lui la logique du cheikh Gohary par ces mots : « Si le cheikh veut détruire les pyramides de peur qu’elles ne soient adorées par les gens, il faudrait à ce moment-là interdire aussi l’usage du feu pour les mêmes raisons. Il faudra également tuer toutes les vaches parce qu’elles représentent un grand danger pour la paix nationale. (…) Il ne faut pas oublier aussi qu’il y a des gens qui adorent les organes génitaux féminins et masculins, ce qui veut dire qu’il est de notre devoir de couper nos organes par précaution. »

La blogueuse égyptienne « Zeinobia » se demande quant à elle s’il ne faut pas appeler la communauté internationale à intervenir pour protéger ces sites. « Je crois qu’il faut visiter le plateau de Gizeh ainsi que d’autres régions d’Égypte qui regorgent de monuments historiques, comme Louxor et Assouan, avant qu’il ne soit trop tard », lâche-t-elle.

Les commentaires hostiles au cheikh Gohary ont également inondé Twitter, de nombreux internautes égyptiens critiquant avec sarcasme l’intervention du jihadiste sur Dream TV. « L’extrémiste est quelqu’un qui souffre de frustration sexuelle… mais comme le révéler publiquement l’embarrasse, il préfère le faire avec des actes de violence, comme par exemple la destruction des pyramides », twitte @Ibrahim_Elgarhi. « Pour protéger ces monuments, je propose qu’on fasse porter une barbe au Sphinx et qu’on recouvre les Pyramides d’une burka noire… », écrit de son côté @Enmoz. « Moi je propose de les offrir à un pays européen pour les sauver… », renchérit @fatimaalhawaj.
D’autres encore ont critiqué le silence du président Mohammad Morsi et des Frères musulmans face aux propos de cheikh Gohary. La blogueuse Zeinobia souligne toutefois que les Ikhwan ont réagi à cette affaire via leur compte anglophone sur Twitter. « Soyez sûrs que nous serons les premiers à défendre et à protéger nos monuments s’ils sont menacés, a twitté le parti islamiste. C’est une affaire de sécurité nationale. »

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