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« Femen Égypte »

9 Jan
Aliaa el-Mahdy manifestant avec des militantes de Femen devant l'ambassade d'Egypte à Stockholm, le 20 décembre 2012.

Aliaa el-Mahdy manifestant avec des militantes de Femen devant l’ambassade d’Egypte à Stockholm, le 20 décembre 2012.

Une combinaison de mots inconcevable, voire grotesque, et pourtant… Le groupe de féministes réputé pour ses manifestations nudistes vient d’annoncer l’ouverture d’une branche dans l’un des pays les plus conservateurs du monde arabe.

« Femen Égypte ouvre ses portes pour commencer 2013 avec une nouvelle armée ! (…) On vous aura prévenus… », annonce fièrement le mouvement féministe sur sa page Facebook.
Les Femen sont connues depuis 2010 pour leurs actions « topless » en Russie, en Ukraine ou encore à Londres. En septembre dernier, elles ont installé à Paris « le premier centre d’entraînement » au « nouveau féminisme ». Ces féministes d’un nouveau genre militent également pour la démocratie et contre la corruption.

L'affiche de Femen Egypte.

L’affiche de Femen Egypte.

À la tête de cette nouvelle branche égyptienne, nulle autre que la blogueuse féministe Aliaa Magda el-Mahdy. En octobre 2011, elle avait fait les gros titres de l’actualité après avoir posé nue et publié sa photo sur son blog « Le journal d’une femme rebelle ». Par son geste « révolutionnaire », elle dit s’être inspirée des modèles nus qui posaient à la faculté des beaux-arts du Caire dans les années 1970 pour dénoncer la censure et l’intolérance dans son pays.

Un an plus tard, la jeune blogueuse, qui vit aujourd’hui en Suède, continue de frapper fort. Le 20 décembre dernier, Aliaa a manifesté en tenue d’Ève avec d’autres militantes de Femen devant l’ambassade d’Égypte à Stockholm contre le régime de Mohammad Morsi et la nouvelle Constitution défendue par les islamistes.

Sur une vidéo de cette manifestation, Aliaa apparaît d’abord portant une couronne de fleurs sur la tête, des mi-bas dentelés et ses fameuses chaussures rouges. Elle est debout, devant l’ambassade, entourée de deux autres femmes visiblement occidentales. Dans une main, elle porte le drapeau égyptien. Dans l’autre, elle tient un bout de carton portant l’inscription « Coran » qu’elle utilise pour cacher ses parties intimes.
Sur son buste et son ventre, une expression en rouge sang qui frappe aux yeux : « La charia n’est pas une Constitution ». Sur le corps des autres militantes, deux autres slogans : « Non à l’islamisme, oui à la laïcité » ; « L’Apocalypse selon Morsi ».

Quelques secondes plus tard, Aliaa soulève le drapeau de son pays bien haut au-dessus de sa tête, révélant ainsi l’intégralité de son corps nu aux photographes présents sur place. Elle paraît légèrement intimidée, mais garde un sang-froid imperturbable.

Décriée tant par les conservateurs que les libéraux, la blogueuse est aujourd’hui menacée de perdre sa nationalité égyptienne, selon la chaîne panarabe al-Arabiya. Elle est accusée d’avoir « terni l’image de l’Égypte » et d’avoir « insulté la religion ».

Aliaa, de son côté, affirme avoir reçu des menaces de mort depuis la publication de ses photos nues sur son blog. « Si je retourne en Égypte, je serai arrêtée et tuée peut-être si le régime actuel reste au pouvoir », confie-t-elle au quotidien égyptien al-Watan.

Ces menaces, bien que sérieuses, semblent loin d’ébranler la détermination de la blogueuse. Sur la page Facebook de « Femen Égypte », elle invite ses compatriotes à rejoindre son mouvement. « Égyptiennes, prenez des photos de vous-mêmes “topless” et envoyez-les-moi accompagnées du slogan de votre choix », écrit Aliaa. Aux hommes, elle leur confie une autre mission : taguer les rues d’Égypte avec des graffitis représentant le logo de « Femen Égypte ».

Près d’un mois après son lancement, la page Facebook de Aliaa compte plus de 900 « admirateurs ». Mais rien ne semble encore indiquer que son appel ait été entendu… Pas en Égypte du moins !

Aliaa el-Mahdy, la blogueuse qui fait sa révolution nue

16 Nov

Si Aliaa Magda el-Mahdy n’était pas égyptienne – ou arabe –, son blog serait très probablement passé inaperçu. Créé fin octobre, le blog en question ne contient que quelques photos de nus, un petit texte… et c’est tout. Rien de révolutionnaire, quoi !

Et pourtant, le blog de Aliaa – « Le journal d’une rebelle » – enflamme la Toile. La femme nue sur la première photo du blog, c’est bien elle. La deuxième est celle d’un de ses amis qu’elle n’identifie pas. Entre les deux, elle écrit ces mots : « Condamnez les modèles qui posaient nus à la faculté des beaux-arts du Caire au début des années 1970, censurez les livres artistiques, détruisez les statues archéologiques… Déshabillez-vous ensuite et regardez-vous dans un miroir; brûlez ces corps que vous détestez tant et débarrassez-vous de vos complexes sexuels avant de m’insulter et m’empêcher de m’exprimer librement. »
Des mots qui, dans un pays comme l’Égypte, ne peuvent que faire l’effet d’une bombe.

À l’approche des premières élections législatives post-Moubarak, la tension entre libéraux et islamistes égyptiens ne fait que monter. Ainsi, des partis radicaux, comme celui d’al-Nour (salafiste), multiplient les coups d’éclat pour affirmer leur présence et imposer leur loi. Ils ont déjà recouvert d’une burqa les sirènes qui ornent la fontaine de Jupiter au centre d’Alexandrie, et remplacent, à présent, les photos de leurs candidates sur les affiches électorales par des images de fleurs, ou bien par le portrait de leur… époux. À leurs yeux, l’expression de la nudité dans toutes ses formes, y compris artistique, est intolérable.

Le portrait d'une candidate d'al-Nour, remplacé par celui de son mari.

C’est précisément cette mentalité « régressive » que Aliaa, étudiante en sciences politiques à l’Université américaine du Caire, veut dénoncer à travers son blog-choc. Sur Facebook, elle se considère comme « l’écho des cris contre une société de violence, de racisme, de sexisme, de harcèlement sexuel et d’hypocrisie ». Sur Twitter, elle se présente comme une femme « athée, libérale, végétarienne et individualiste ». Des révolutions à tous les niveaux !
« J’ai le droit de vivre en toute liberté où je veux, écrit-elle. Je me sens heureuse et accomplie quand je sens que je suis totalement libre. »

Une des photos publiées sur le blog de Aliaa.

Il est aussi apparu que la jeune femme est également à l’origine de la page Facebook appelant les hommes à se voiler en guise de solidarité avec les femmes (voir le clic du 9 novembre).

Mais dix mois après avoir réussi à surmonter le tabou politique que représentait Hosni Moubarak, la société égyptienne est-elle prête à briser le reste de ses tabous ? Cette affaire divise les internautes :
« Je pense qu’elle est vraiment courageuse, écrit @abraralshammari. La nudité est naturelle et elle envoie un message : oubliez ces vieilles notions que la nudité est honteuse. »
« C’est un manque de pudeur et un manque de compréhension de ce qu’est la liberté, rétorque @Elna7as_Pasha. Si elle sortait comme ça dans la rue, je considérerais qu’elle empiète sur mes propres libertés. »
« Je ne le ferais pas et je pense qu’il y a d’autres moyens d’exprimer sa liberté, relativise @SandraYacoub. Cela dit, c’est son corps. Qui sommes-nous pour juger ? »

« C’est sûr que beaucoup de gens, à commencer par les islamistes, vont chercher à décrédibiliser tous les libéraux qui soutiennent Aliaa el-Mahdy en les présentant comme des débauchés et des prostituées », déplore de son côté Shahinaz Abdel Salam, blogueuse alexandrine, présentée par Le Figaro comme une militante très engagée pour les droits des femmes et auteur de Égypte, les débuts de la liberté. « À titre personnel, je respecte totalement sa démarche et je ne vois pas ça comme une provocation, mais il faut reconnaître que c’est très choquant pour l’immense majorité des Égyptiens. »

Aliaa et Karim, son petit ami.

Interrogé par le site CyberDissidents.org, Karim Amer, le petit ami de Aliaa, affirme que la jeune féministe de 20 ans « a déjà reçu des menaces ». « On ne sait toujours pas quelles seront les répercussions de cette affaire (…), dit-il, mais je ferai tout mon possible pour résoudre tous les problèmes de manière pacifique. » « Je resterai aux côtés de Aliaa quoi qu’il arrive. Je suis très fier d’elle, je suis très fier de son courage… Je crois que je ne pourrais jamais être aussi courageux », ajoute-t-il. Karim, qui est lui aussi blogueur, avait été condamné à quatre ans de prison, en 2007, pour avoir « porté atteinte à l’islam ».

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