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Morsi, la charia et le savon

24 Avr

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Depuis plusieurs jours, la twittosphère égyptienne est plongée dans un débat bouillonnant concernant le président Mohammad Morsi. Non, ce n’est pas de son bilan politique, économique ou diplomatique qu’il s’agit, mais d’un sujet bien plus épineux : l’hygiène du raïs.
Tout a commencé lorsque Nawara Negm, blogueuse et activiste égyptienne de 39 ans, est tombée sur un article paru dans le journal libanais ad-Diyar affirmant que des responsables allemands se sont plaints auprès d’un diplomate égyptien des mauvaises odeurs corporelles de M. Morsi. Nawara, une fervente critique des Frères musulmans, profite de cet incident diplomatique présumé pour s’en prendre aux islamistes au pouvoir depuis la chute de l’ancien président Hosni Moubarak :

« Ah non, tout sauf notre réputation en matière d’hygiène, a réagi la fille du poète engagé, Ahmad Fouad Negm, dans un tweet. Tu nous avais déjà fait passer pour des mendiants et nous t’avons laissé faire, maintenant on se fait taxer de crasseux ? C’est inadmissible… » dit-elle en s’adressant à Morsi sous le hashtag « #حموا_الرئيس » (Le président a besoin d’un bain).
Aux islamistes elle déclare sans ménagement : « Il ne vous a pas suffi de faire fuir les fidèles des mosquées avec l’odeur de vos chaussettes, il vous a fallu en plus nous choisir un président qui pue? Vous auriez pu au moins lui donner un bain »…
« (Le président) est peut-être avare, mais il aurait pu s’acheter une eau de Cologne bon marché pour nous épargner ce scandale international », écrit-elle encore avec un brin d’humour. « Mais ce qui m’attriste vraiment, c’est que nous sommes devenus la risée des Libanais, eux qui sont toujours tirés à quatre épingles », ajoute-t-elle dans un autre tweet.

Les commentaires de Nawara ont été rapidement partagés sur le Web, irritant les uns et amusant les autres. « Il ne peut pas sentir mauvais parce qu’il se lave cinq fois par jour pour la prière », écrit @amr_elnady1. « Je me sens fatigué au réveil, je n’ai pas envie de prendre une douche. Je dois avoir les mêmes syndromes que Morsi », plaisante pour sa part @mazzahi. « N’avez-vous pas remarqué que depuis que ce hashtag existe, Morsi a disparu de Twitter ? » remarque de son côté @yoyoajoor. « Vendredi prochain, nous allons manifester sous le slogan “La charia et le savon” », twitte @loliozy. « Ce type est la personne qui a été la plus ridiculisée en sept mois… le pauvre », remarque enfin @inspiration_k.

« Femen Égypte »

9 Jan
Aliaa el-Mahdy manifestant avec des militantes de Femen devant l'ambassade d'Egypte à Stockholm, le 20 décembre 2012.

Aliaa el-Mahdy manifestant avec des militantes de Femen devant l’ambassade d’Egypte à Stockholm, le 20 décembre 2012.

Une combinaison de mots inconcevable, voire grotesque, et pourtant… Le groupe de féministes réputé pour ses manifestations nudistes vient d’annoncer l’ouverture d’une branche dans l’un des pays les plus conservateurs du monde arabe.

« Femen Égypte ouvre ses portes pour commencer 2013 avec une nouvelle armée ! (…) On vous aura prévenus… », annonce fièrement le mouvement féministe sur sa page Facebook.
Les Femen sont connues depuis 2010 pour leurs actions « topless » en Russie, en Ukraine ou encore à Londres. En septembre dernier, elles ont installé à Paris « le premier centre d’entraînement » au « nouveau féminisme ». Ces féministes d’un nouveau genre militent également pour la démocratie et contre la corruption.

L'affiche de Femen Egypte.

L’affiche de Femen Egypte.

À la tête de cette nouvelle branche égyptienne, nulle autre que la blogueuse féministe Aliaa Magda el-Mahdy. En octobre 2011, elle avait fait les gros titres de l’actualité après avoir posé nue et publié sa photo sur son blog « Le journal d’une femme rebelle ». Par son geste « révolutionnaire », elle dit s’être inspirée des modèles nus qui posaient à la faculté des beaux-arts du Caire dans les années 1970 pour dénoncer la censure et l’intolérance dans son pays.

Un an plus tard, la jeune blogueuse, qui vit aujourd’hui en Suède, continue de frapper fort. Le 20 décembre dernier, Aliaa a manifesté en tenue d’Ève avec d’autres militantes de Femen devant l’ambassade d’Égypte à Stockholm contre le régime de Mohammad Morsi et la nouvelle Constitution défendue par les islamistes.

Sur une vidéo de cette manifestation, Aliaa apparaît d’abord portant une couronne de fleurs sur la tête, des mi-bas dentelés et ses fameuses chaussures rouges. Elle est debout, devant l’ambassade, entourée de deux autres femmes visiblement occidentales. Dans une main, elle porte le drapeau égyptien. Dans l’autre, elle tient un bout de carton portant l’inscription « Coran » qu’elle utilise pour cacher ses parties intimes.
Sur son buste et son ventre, une expression en rouge sang qui frappe aux yeux : « La charia n’est pas une Constitution ». Sur le corps des autres militantes, deux autres slogans : « Non à l’islamisme, oui à la laïcité » ; « L’Apocalypse selon Morsi ».

Quelques secondes plus tard, Aliaa soulève le drapeau de son pays bien haut au-dessus de sa tête, révélant ainsi l’intégralité de son corps nu aux photographes présents sur place. Elle paraît légèrement intimidée, mais garde un sang-froid imperturbable.

Décriée tant par les conservateurs que les libéraux, la blogueuse est aujourd’hui menacée de perdre sa nationalité égyptienne, selon la chaîne panarabe al-Arabiya. Elle est accusée d’avoir « terni l’image de l’Égypte » et d’avoir « insulté la religion ».

Aliaa, de son côté, affirme avoir reçu des menaces de mort depuis la publication de ses photos nues sur son blog. « Si je retourne en Égypte, je serai arrêtée et tuée peut-être si le régime actuel reste au pouvoir », confie-t-elle au quotidien égyptien al-Watan.

Ces menaces, bien que sérieuses, semblent loin d’ébranler la détermination de la blogueuse. Sur la page Facebook de « Femen Égypte », elle invite ses compatriotes à rejoindre son mouvement. « Égyptiennes, prenez des photos de vous-mêmes “topless” et envoyez-les-moi accompagnées du slogan de votre choix », écrit Aliaa. Aux hommes, elle leur confie une autre mission : taguer les rues d’Égypte avec des graffitis représentant le logo de « Femen Égypte ».

Près d’un mois après son lancement, la page Facebook de Aliaa compte plus de 900 « admirateurs ». Mais rien ne semble encore indiquer que son appel ait été entendu… Pas en Égypte du moins !

Egypte : Morsi sous cybersurveillance

27 Juin

À peine a-t-il été élu que le nouveau président égyptien Mohammad Morsi se retrouve déjà sous la loupe des cyberactivistes. Lancé au lendemain de l’annonce des résultats officiels de la présidentielle, le site Morsimeter.com invite les Égyptiens à garder l’œil sur les exploits du premier président civil (et islamiste), élu après la « révolution du Nil ». « Il s’agit de surveiller les cent premiers jours au pouvoir du président Morsi pour veiller à l’application – ou non – de ses promesses de campagne », lit-on sur le site.

En tout, Mohammad Morsi aurait fait 64 promesses liées à la sécurité, au transport, au carburant, à l’hygiène et à la pénurie du pain. Il avait promis en outre de : rétablir la confiance entre les citoyens et la police ; l’installation de caméras de surveillance pour sécuriser les lieux vitaux de la ville ; mener une campagne nationale pour sensibiliser les citoyens sur l’hygiène et la propreté des rues ; lutter contre le trafic de carburants en imposant des sanctions sévères sur les trafiquants et leurs complices…

Le site qui connaît actuellement un grand succès sur les réseaux sociaux est une initiative lancée par le groupe Zabatak formé de cinq jeunes activistes égyptiens qui se déclarent « non politisés » et « non affiliés » à aucun parti politique. À la base, Zabatak (qui veut dire « Je t’ai eu » en arabe) est une application invitant toute personne en Égypte à rapporter tout incident sécuritaire dont il est témoin en précisant le lieu et la date de l’incident en question sur une carte participative. « Si vous voyez un fonctionnaire acceptant un pot-de-vin, une voiture roulant à contresens, des personnes vendant des produits illégaux près de chez vous… ne les laissez pas passer inaperçues, peut-on lire sur le site du groupe. Notre but est de rétablir la sécurité dans les rues d’Égypte (…) afin de permettre à notre pays d’aller vers l’avant. ».
La presse égyptienne avait salué le succès de Morsi comme une victoire du peuple, mais de nombreux Égyptiens à la fibre libérale s’inquiètent de voir le président conservateur progressivement rogner sur les libertés civiles. « (Avec ce nouveau site), l’Égypte ne connaîtra plus jamais de dictateurs », réagit le blogueur égyptien @TheBigPharaoh sur Twitter.

L’initiative a même eu des échos au Liban, où des internautes se sont demandés s’il n’était pas possible de l’appliquer au pays du Cèdre. « Imaginez si on avait ce baromètre au Liban (pour surveiller les exploits) des politiciens, écrit Abir Ghattas (@AbirG). (…) Il exploserait en 5 secondes. » « Il resterait vide jusqu’à son expiration », réplique pour sa part Jessy Abou Habib (@jessyabouhabib).

L’idée n’est pourtant pas nouvelle. En 2008, le journal américain Tampa Bay Times avait lancé l’application baptisée Obameter dédiée au suivi des promesses de campagne du président Barack Obama. Quatre ans après son lancement, le quotidien américain affirme que 35 % des 510 promesses formulées par le président américain ont été réalisées, alors que 13 % ont été « officiellement brisées ».

Plus récemment, en France, trois étudiants de l’École supérieure de journalisme de Lille ont lancé un site dans le même esprit visant le président François Hollande. Lors de la campagne présidentielle de 2012, owni.fr et itele.fr avaient déjà lancé le « Véritomètre », « une application Web permettant à tous de vérifier, au quotidien, la parole politique des candidats à la présidentielle ».

L’idée a même été appliquée au Nigeria, où une association médicale a mis en place un blog dédié à veiller sur l’application – ou non – des 105 initiatives promises par le président Goodluck Jonathan dans le cadre de la lutte contre le VIH/sida…

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