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Un bijoutier libanais enflamme la Toile française

18 Sep
 Une image de Stephan Turk tirée d’une vidéo diffusée sur Nicematin.com

Une image de Stephan Turk tirée d’une vidéo diffusée sur Nicematin.com

La Toile française est en ébullition depuis plusieurs jours. À l’origine de ce phénomène qualifié d’« exceptionnel » par les médias, un bijoutier niçois d’origine libanaise qui a abattu mercredi dernier un jeune multirécidiviste de 18 ans qui venait de braquer son magasin après l’avoir menacé d’une arme. Stephan Turk lui a tiré plusieurs balles dans le dos alors qu’il s’échappait sur une moto pilotée par un complice.
Âgé de 67 ans, M. Turk « est un honnête homme, connu et apprécié », selon le maire de Nice Christian Estrosi. Il gardait une arme dans sa boutique – qu’il tient depuis 10 ans – parce qu’il avait déjà été dévalisé une fois, l’an dernier.

Inculpé pour homicide volontaire, il a été assigné à résidence avec bracelet électronique. Sa vie « n’était pas directement menacée » et « il n’avait pas à se saisir de cette arme, qu’il détenait illégalement », a estimé le procureur.

L’histoire, qui ressort du fait divers, aurait pu passer inaperçue si ce n’était la spectaculaire mobilisation de soutien qu’a reçue le bijoutier franco-libanais au cours du week-end dernier, aussi bien sur les réseaux sociaux que dans la rue. Sur Facebook, une page intitulée « Soutien au bijoutier de Nice » a attiré plus de 1,6 million de « likes » en l’espace de quelques heures. Un record qui a toutefois suscité des doutes sur l’authenticité de ces « fans ».
Le site Social Bakers, qui a analysé les milliers de fans Facebook de cette page, affirme que 80 % d’entre eux sont « étrangers » et non pas français. Mais quelques heures après cette déclaration, le site s’est rétracté et a reconnu s’être « trompé » dans les chiffres. D’autres spécialistes interrogés par les médias français indiquent également qu’il n’y a pas eu de bidonnage.
« Pour faire taire les rumeurs », l’administrateur anonyme de la page a diffusé dimanche une capture d’écran indiquant qu’entre le 11 et le 13 septembre, près de 98 % des « likes » provenaient de France.

Une photo tirée de la page Facebook "Soutien au bijoutier de Nice".

Une photo tirée de la page Facebook « Soutien au bijoutier de Nice ».

Sur la page, les soutiens plaident souvent en faveur de la légitime défense voire de l’autodéfense. « Malheureusement, nous vivons dans un pays où si l’on veut que justice soit faite, c’est à nous de la faire… », réagit un internaute écrivant sous le nom de Ruis Martin. « Que l’on soit bijoutier, plombier, éboueur ou n’importe qui, chacun a droit à la sécurité, à la paix. La justice doit être là, présente et non dans un laxisme permanent et souvent favorable aux délinquants », indique de son côté Philippe Declermont.

Plus inquiétant, la page de soutien au bijoutier s’est rapidement transformée en un véritable défouloir, étalant les idées les plus radicales de l’extrême droite : « Respect au bijoutier, moi j’aurais visé la tête ! » écrit l’un. « Fallait buter le deuxième aussi », réagit un autre. « Soyez humains. Quand un chien est enragé, on l’euthanasie. C’est pareil pour un “taulard” non réintégrable. Chassez le naturel, il revient au galop », justifie un troisième. « L’histoire de ce bijoutier est la goutte d’eau (qui fait déborder le vase, NDLR). Ce mouvement est lancé il ne faudrait plus arrêter ! Faut se faire entendre ! » lance un quatrième…

Vue de la manifestation de lundi à Nice. Eric Gaillard/Reuters

Vue de la manifestation de lundi à Nice. Eric Gaillard/Reuters

Lundi, ce ras-le-bol « virtuel » s’est traduit dans les rues de Nice par une manifestation qui a rassemblé près d’un millier de personnes. Une banderole blanche avec le message, « Non à la prison, oui à la légitime défense », donnait le ton de ce rassemblement auquel ont participé des commerçants, des particuliers, souvent retraités, des élus de droite et d’extrême droite, sur fond de début de campagne municipale.

« Le climat est effrayant dans cette affaire. L’opinion publique a pris le pouvoir. La justice, c’est pas Facebook et Twitter », a déclaré Philippe Soussi, avocat de la famille de la jeune victime. « On vit un moment de folie sur les réseaux sociaux. On parle d’autodéfense et de vengeance. C’est le défouloir de passions totalement invraisemblables. Ces événements dépassent tout le monde et en particulier la justice », a-t-il ajouté en évoquant un possible dépaysement du dossier.
Yann Turk, le fils du bijoutier, était présent dans la foule. Il a reçu de nombreux témoignages de soutien. « Je n’aurais pas imaginé qu’il y aurait autant de monde. Ça me touche profondément », a-t-il dit à Reuters.

Selon Le Journal du Dimanche, cette mobilisation s’expliquerait par l’émotion suscitée par la mort d’un retraité de 61 ans abattu le 22 août dernier à Marignane (Bouches-du-Rhône) pour avoir tenté d’arrêter les auteurs du braquage d’un bureau de tabac… « Une mobilisation extraordinaire qui en dit long sur le sentiment d’injustice vécu par les Français », selon Christian Estrosi, qui affirme lui-même avoir « liké » la page de soutien à Stephan Turk… « à plusieurs reprises »!

 

 

À vendre : voiture piégée, très bon état…

21 Août

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Au Liban, c’est par vagues successives que les catastrophes arrivent. Après les assassinats politiques et les attentats, les produits avariés et les médicaments périmés, les effondrements d’immeubles, les enlèvements et contre-enlèvements… voici venu le tour des voitures piégées (encore !).
Depuis les attentats qui ont visé la banlieue sud de Beyrouth, les 9 juillet et 15 août, et la découverte dimanche d’une voiture contenant plus de 250 kilos d’explosifs à Naamé, dans le Chouf, la phobie s’est installée chez les Libanais, comme aux temps des « événements ». Et pour alimenter encore plus la hantise générale, des rumeurs évoquant la découverte, ici et là, de véhicules « suspects » se sont propagées à la vitesse de la lumière par la voie des médias et des réseaux sociaux.

Un climat de psychose qui s’est d’ailleurs reflété dans le communiqué des Forces de sécurité intérieure appelant les Libanais à la « vigilance » et les exhortant à composer sans attendre le numéro d’urgence 112 pour notifier les responsables de tout renseignement sécuritaire pertinent ou cas suspect.

Fidèles à leur tradition de tourner en dérision toutes les situations, aussi dramatiques soient-elles, les Libanais ont multiplié ces derniers jours les plaisanteries « piégées », rappelant le proverbe « Mieux vaut en rire qu’en pleurer ». En voici sept des plus sarcastiques, repérées sur Twitter :

 

Une voiture suspecte découverte à Saadiyate. Ah non ! C’est la mienne qui a juste besoin d’un lavage en urgence ! (@ghazayel)

clicGhazayel

 

Repérez une voiture piégée près de chez vous et vous aurez peut-être la chance de gagner un voyage tout inclus aux Maldives. (@MhdDankar)

clicDankar

 

Sur une photo prise dans un lieu non identifié et twittée par @SaraAssaf : « Prière de ne pas faire exploser de voitures près du magasin parce que la moitié de la marchandise a été achetée à crédit. »

voiture-piegee-liban

 

À vendre : voiture piégée, 6 cylindres, toutes options, vitres fumées, très bon état. Pour plus d’infos, contactez les services de renseignements. (@NourOusama)

clicNourOusama

 

Il ne manquait plus que ça au Liban ! Une voiture piégée découverte tous les jours ! Pourtant, il ne suffit que d’un missile pour détruire ce pays tellement il est petit ! Pas besoin de tout cet arsenal les gars ! (@ElissarNd)

clicElissar

 

Offre spéciale : repérez une voiture piégée et gagnez-en deux (@MinJami3o)

clicminjami3o

 

Je cherchais le terme désignant la phobie des voitures piégées, mais je n’en ai pas trouvé. Il faut en inventer un… (@ZakiaDimassi)

clicZakia

La « libanisation », selon Twitter

31 Juil
 Photo via @El_7oss sur Twitter.

Photo via @El_7oss sur Twitter.

 

Selon le Larousse, dictionnaire de référence, la libanisation est un « processus de fragmentation d’un État, résultant de l’affrontement entre diverses communautés de confessions, par allusion aux affrontements que connut le Liban dans les années 1980 ».
Trente ans après la fin de la guerre civile, le terme semble avoir acquis une série de sens nouveaux (tout aussi péjoratifs). En voici les plus récurrents… selon Twitter :

 

Assassinat politique
En huit ans, le Liban a connu au moins dix assassinats politiques, dont quatre pour la seule année 2005. En Tunisie, il en a fallu deux en cinq mois pour parler de « libanisation ». Le 25 juillet, le député de l’opposition Mohammad Brahmi est assassiné. Sa famille impute l’assassinat à Ennahda, qui rejette ces accusations. Les autorités désignent les auteurs comme des salafistes jihadistes. Le 6 février, l’opposant anti-islamiste Chokri Belaïd est tué à Tunis. L’assassinat, attribué par les autorités à un groupuscule radical salafiste, provoque une crise politique qui conduit à la démission du gouvernement et un nouveau cabinet dirigé par Ali Larayedh.

« Un mot n’a cessé de résonner dans ma tête en cette nuit horrible : libanisation #brahmi », écrit @HatemNafti. « Le projet de libanisation tant rêvé et essayé de part et d’autre ne réussira jamais en Tunisie », réagit de son côté @AHa767.
« Dans la foulée de la libanisation », @El_7oss propose de son côté de changer le drapeau de son pays en s’inspirant de celui du Liban, remplaçant le cèdre par l’olivier, emblème de la Tunisie (voir l’image ci-dessus).

Discours politique haineux
Les exemples ne manquent pas au Liban… Il suffit de regarder le journal télévisé, lire le journal ou écouter les infos à la radio pour être bardé de propos enflammés, incitant à la haine ou offensifs.
En France, avec la montée de l’extrême droite, les discours se radicalisent aussi, notamment à l’approche des municipales de mars 2014. Un phénomène qui semble irriter nombre d’internautes, dont @Odegioanni qui exprime sa « fatigue » d’écouter les politiciens parler « avec haine et ignorance », « même les dimanches ! ». « Oui, c’est bien triste, ou comment des incompétents au pouvoir sont en train de mettre la France sur la voie de la libanisation », lui réplique @GALITE1.

 

Chard

Autre phénomène « libanais » en France : le déploiement de banderoles à caractère politique sur les autoroutes. La semaine dernière, à l’occasion du week-end de départ en vacances, le Front national a déployé une banderole sur l’autoroute A9, dans le sud de la France, comportant un message de Marine Le Pen, souhaitant de « bonnes vacances » aux automobilistes. Une opération de com’ qualifiée de « dangereuse » par les gestionnaires de l’autoroute, qui avancent le risque de distraction, mais aussi celui d’accident en cas de chute de la banderole. « Encore un élément qui prouve le processus de libanisation de la France », selon @AbouDiable, un Libanais étudiant en droit à La Sorbonne.

Profondes divisions
Depuis la destitution du président Mohammad Morsi, le 3 juillet, la rue égyptienne est en ébullition. En moins d’un mois, plus de 200 personnes ont été tuées dans des violences survenues lors de manifestations massives rivales entre partisans et adversaires du président déchu.
Une situation qui, pour de nombreux internautes égyptiens, rappelle le Liban, profondément divisé entre pro et antirégime syrien.

« Il paraît que l’Égypte est en voie de libanisation, commente @Aaborashid. Chaque groupe s’est retranché dans son coin et assure sa propre protection. » « Toutes les tentatives d’afghanisation ou de syrianisation de l’Égypte vont échouer tout comme ont échoué les tentatives précédentes de libanisation ou de somalisation du pays. L’Égypte invente son propre modèle… » écrit de son côté @AhmedZaky.
« L’impunité encouragera le terrorisme en Égypte. Non à la libanisation de l’Égypte ! » lance pour sa part @DiAyDi.

Une réflexion à laquelle répond avec humour @jadelrab : « Que Dieu “libanise” nos femmes, mais pas nos politiciens ! »

Repérer tous les « Ali » du Liban

27 Fév
Ali Abdallah.

Ali Abdallah.

Presqu’un mois est passé depuis la mort de Ali Abdallah. Vieux, seul, abandonné dans un froid glacial, son corps avait été retrouvé dans une petite ruelle sombre de Hamra. Il est mort de « cause naturelle », selon le constat de décès.
Sans domicile fixe (SDF), Ali parlait peu. Barbu, au visage marqué par des années de misère, il était pourtant fort connu des promeneurs dans la rue Bliss, où il « vivait ».

Etudiant à l’Université américain de Beyrouth, Karim Badra, 21 ans, connaissait bien Ali et, comme beaucoup de Libanais, il a été très ému à l’annonce de sa mort tragique. « Ce soir-là, j’étais chez moi et je me rappelle qu’il faisait très froid, affirme Karim dans une entrevue avec L’Orient-Le Jour. Le lendemain, j’apprenais la mort de Ali. J’ai senti que nous étions tous, d’une manière ou d’une autre responsables de son décès », ajoute-t-il.

Révolté, Karim décide alors de prendre action : « Avec des amis, nous avons réussi à collecter plusieurs draps et couvertures dans le but de les offrir aux ONG et associations caritatives travaillant avec des SDF, raconte-t-il. Mais à notre grande surprise, nous avons découvert que la plupart d’entre eux n’avaient pas une base de données sur les lieux où se trouvent ces sans-abris ».
Loin de désespérer, Karim décide alors de trouver une solution à ce problème. « Il nous fallait un système qui serait accessible à tous les Libanais, du Nord au Sud », explique le jeune étudiant. Il tombe alors sur le programme Crowdmap, un service d’Ushahidi qui permet de collecter des données en provenance d’un large public utilisant des applications iPhone ou Android, ou tout simplement via e-mail. Karim crée alors le site « Find Ali » (« Repérez Ali »), invitant ses concitoyens à signaler sur une carte interactive la localisation des SDF et des mendiants à travers le Liban. « Les utilisateurs de ce service peuvent, en plus d’indiquer l’adresse où ils ont aperçu un SDF, télécharger une photo ou une vidéo, précise Karim. Plus les données sont précises et élaborées, plus elles seront utiles ».

Le jeune Libanais est déjà en contact avec plusieurs ONG qui, selon lui, ont montré un grand intérêt pour son projet. « Ces ONG devront d’abord vérifier l’authenticité des données soumises avant d’offrir leur assistance aux démunis localisés », souligne-t-il.
Lancé il y a dix jours, à l’occasion du quarantième de Ali, le site recense déjà plus de 24 entrées. Anonymes pour la plupart, les messages parlent de vieilles personnes ou jeunes enfants démunis croisés à Gemmayzé, à Hamra, ou sous le pont de Cola.
« C’est un homme de 76 ans qui dort dans la rue et dans l’entrée des immeubles depuis 25 ans à Gemmayzé, lit-on dans un de ces messages. J’ai commencé à discuter avec lui depuis deux semaines. Il refuse de prendre l’argent et n’a pas de place pour ranger les vêtements ou la nourriture qui lui sont offerts. Si quelqu’un connaît un refuge dans la région, laissez-moi un message. »
« Il y a un vieil homme qui dort près d’une banque dans la rue parallèle à la celle de Fakahani, entre les quartiers de Zarif et de Verdun, indique un autre message. Il a une main paralysée. Il dit que c’est la raison qui l’empêche de travailler. Lorsque je lui ai proposé de lui offrir une couverture, il a répondu que les couvertures sont trop lourdes à porter et qu’il n’a pas de place pour les ranger durant la journée ».
« Des personnes comme Ali, il y en a encore beaucoup au Liban, affirme Karim. Je n’essaie pas de changer le monde, mais je sens qu’il est de mon devoir d’aider les personnes en besoin. C’est la moindre des choses… »

Pour plus d’informations visitez le site ou la page Facebook de « Find Ali »

 

Seuls les catholiques sont autorisés à lire cet article

20 Fév
non orthodoxe

Une illustration condamnant la loi orthodoxe, tirée de la page Facebook « Take Back Parliament »

Sarcasme, ironie, déception… À peine approuvé par les commissions parlementaires conjointes, le projet de loi électorale du Rassemblement orthodoxe a déclenché une vague d’indignation sur les réseaux sociaux. La plupart des internautes y ont vu un « grand pas en arrière » pour le Liban.
Ce projet de loi controversé prévoit notamment l’élection par chaque communauté de ses députés. Pour être officiellement adopté, il doit encore être soumis au vote au Parlement libanais.
« Nous venons d’inventer la machine à explorer le temps », ironise Dona-Maria Souhaid sur Twitter. « Imaginez si, aux États-Unis, les Noirs ne pouvaient voter que pour les Noirs et les Blancs ne pouvaient élire que des Blancs ! » s’insurge pour sa part Abdallah Fawzy. « Comment se fait-il qu’à Beyrouth, où est née la première école de droit dans l’histoire, ils n’ont pu trouver une meilleure loi que la loi dite orthodoxe ? », demande de son côté le blogueur Imad Bazzi. « Ils vont devoir effectuer des tests d’ADN maintenant pour vérifier les confessions, plaisante quant à lui Karl Sharro. J’espère qu’ils ne trouveront pas de traces de cheval chez certains de nos candidats. »

D’autres internautes ont déploré la « schizophrénie rampante » au Liban, une semaine à peine après la reconnaissance par la haute instance consultative du ministère de la Justice de la légalité du premier mariage civil contracté dans le pays. Pour sceller leur union civile, Khouloud et Nidal Darwiche ont dû rayer la mention de leur confession de leur état civil, une initiative désormais encouragée par plusieurs jeunes Libanais (sur le Web, du moins…). « Si tous les Libanais décident de rayer la mention de leur communauté, il ne restera plus personne pour voter », remarque Carol Malouf sur Twitter. « Cette loi me donne envie de devenir athée », lance pour sa part Ramzi Komati.

Illustration tirée de la page Facebook de Said Francis.

Illustration tirée de la page Facebook de Said Francis.

Certains internautes ont également appelé leurs compatriotes à se convertir au judaïsme, étant donné que selon la loi orthodoxe, les juifs sont les seuls autorisés à voter pour le candidat de leur choix – qu’il soit chrétien ou musulman – faute de sièges juifs au Parlement libanais…

Utilisant le hashtag (ou mot-dièse) #AgainstOrthodoxLaw (« Contre la loi orthodoxe »), beaucoup de Libanais en ont profité pour rappeler le fameux serment du journaliste assassiné Gebran Tuéni en faveur de l’unité des Libanais : « Nous jurons par Dieu tout-puissant de rester unifiés, chrétiens et musulmans, pour la défense du Liban. » « Tous nos martyrs qui se sont sacrifiés pour l’unité dans ce pays sont morts pour rien », se désole Hasan Shami sur son compte Twitter. « Gebran Tuéni doit se retourner dans sa tombe », écrit de son côté le blogueur Mustapha Hamoui.

Approuvé par la plupart des partis chrétiens, dont le Courant patriotique libre, les Kataëb et les Forces libanaises, ainsi que par le Hezbollah, le projet de loi controversé n’avait pas que des détracteurs sur les réseaux sociaux. « La loi orthodoxe est la seule loi qui respecte les droits des chrétiens », affirme Anthony Bou Abboud. Cette loi « empêche Saad Hariri et Walid Joumblatt de nommer les députés de leur choix, peu représentatifs du peuple, et c’est ce qui explique leur opposition », analyse pour sa part Jean Assy.

Un dessin de Maya Zankoul : "Le Liban, année 2113 : Nous avons décidé que vous ne pouvez voter que pour les candidats qui portent le même nom de famille que vous et qui aiment la couleur rouge. Sinon, vous ne pouvez pas voter."

Un dessin de Maya Zankoul : « Le Liban, année 2113 : Nous avons décidé que vous ne pouvez voter que pour les candidats qui portent le même nom de famille que vous et qui aiment la couleur rouge. Sinon, vous ne pouvez pas voter. »

Dans un billet publié mardi sur le blog « Beirut Spring », Mustapha Hamoui affirme que, contrairement à l’opinion généralement répandue, « les chrétiens ne représentent pas la seule minorité qui soit persécutée dans la région ». Selon lui, l’adoption de la loi « orthodoxe » met sous les feux des projecteurs une autre minorité tout aussi persécutée et privée de ses droits civils : « Je parle ici des laïcs, des athées, des agnostiques, et des personnes qui n’aiment pas être réduits à leur croyance religieuse, mais qui sont souvent forcés de s’enfermer dans un moule religieux qui ne les représente pas. » « Imposer le confessionnalisme aux laïcs et aux athées serait comme imposer la loi islamique aux chrétiens », souligne encore le blogueur libanais. L’opposition à la loi « orthodoxe » n’a rien à voir avec la politique (…). Il est grand temps que cette minorité persécutée s’émancipe pour faire entendre sa voix au Liban…

Et dire qu’il y a quelques jours les Libanais se délectaient d’un billet de l’ambassadeur britannique Tom Fletcher, dans lequel il rêve un Liban « nouveau », exempt de partis confessionnels, vivant en harmonie avec ses voisins et redevenu l’épicentre de la renaissance culturelle arabe. Ce Liban moderne et prospère serait dirigé par une femme et compterait une majorité de députés de moins de 40 ans, dont la plupart seraient d’anciens émigrés rentrés au pays pour remettre le Liban sur pied… Ce Liban-là, l’ambassadeur l’avait imaginé pour 2020.

Tom Fletcher (et les Libanais) peuvent encore rêver…

Le top 5 des questions typiquement libanaises

7 Nov

C’est un nouveau « jeu » qui a été lancé le week-end dernier sur Twitter : recenser les questions entendues quasi quotidiennement de la bouche des Libanais. Un drôle d’exercice qui a attiré la participation d’une centaine d’internautes originaires du pays du Cèdre. Résultat : un flot d’expressions assez révélatrices de la situation socio-économique et morale des Libanais. À part les traditionnelles « Hi, Kifak ? Ça va ? » et « Chou fi ma fi ? », voici les cinq questions les plus courantes :

« Chou esmak ? »
Une question banale dans tous les pays au monde, sauf au Liban, où elle est généralement perçue comme une question-piège. Au pays du Cèdre, où cohabitent 19 confessions, nombreuses sont les personnes curieuses de connaître la religion de l’autre. Pour ce faire, il leur suffit en général de poser cette simple question : « Comment tu t’appelles ? » Si le nom est trop flou ou pas assez révélateur, le Libanais aura alors recours à une deuxième question-piège : « De quelle région viens-tu ? »

Une fois la religion déterminée, il s’agit ensuite de savoir de quel bord politique vous vous situez : « Ah, tu es chiite ? Tu es avec le mouvement Amal ou le Hezbollah ? » « Ah, tu es chrétien ? Tu es avec (Michel) Aoun ou (Samir) Geagea ? »…

« Kahraba aw moteur ? »
Depuis plusieurs années déjà, le rationnement en électricité est le sujet phare de toutes les conversations au Liban. Certaines régions ont plus de 20 heures d’électricité par jour, quand d’autres ont plus de 20 heures de coupures quotidiennes… Gérer cette situation au quotidien entraîne une série de questions auxquelles se sont habitués les Libanais. Exemples :
« L’électricité est coupée… Tu as éteint l’air conditionné et le réfrigérateur ? »
« Tu paies combien l’abonnement au générateur ? »
« Tu reçois 5 ou 10 ampères ? »
« Le disjoncteur a sauté… qui descend le remonter ? »


Mais le rationnement en électricité n’est pas le seul problème que les Libanais ont à gérer au quotidien. Il y a aussi les coupures d’eau (« Vous avez de l’eau en ce moment chez vous ? » ; « Tu as vérifié s’il y a assez d’eau dans le réservoir avant de prendre ta douche ? »), la mauvaise qualité des réseaux téléphoniques (« Tu as du réseau toi ? » ; « Allô ? Tu m’entends ? Allô ? »), ou encore la très faible et lente connexion Internet (« Fi Internet ? »)…

« La route de l’aéroport est coupée ? »
Autres coupures très courantes au Liban, celles des routes. La plus populaire est celle de l’aéroport, souvent bloquée avec des pneus enflammés par des manifestants en colère pour quelque sujet que ce soit… Une situation qui entraîne presque immanquablement des questions du genre : « Tu crois qu’ils vont la rouvrir bientôt ? », « Tu crois que nous devrions reporter notre voyage ? »…


« Coups de feu ou feux d’artifice ? »
Au pays du Cèdre, les accrochages armés, qu’ils soient de nature personnelle ou politique, peuvent éclater à tout moment et sans préavis : dispute autour du stationnement d’une voiture, heurts entre miliciens sunnites et chiites, accrochages entre deux familles rivales…
Mais les coups qui résonnent peuvent aussi être des tirs de joie ou de feux d’artifice pour célébrer le retour des pèlerins de La Mecque, par exemple, ou la réussite d’un enfant au brevet, le début d’un discours télévisé d’un dirigeant politique très populaire, ou encore pour marquer la clôture de la saison estivale d’une boîte de nuit superbranchée…
Inutile de décrire la confusion que ce cocktail de sons peut créer chez les Libanais…

« Ta Sri Lankaise, elle vient de quel pays ? »
Il y a plus de 200 000 travailleuses domestiques migrantes au Liban. La plupart d’entre elles viennent de pays asiatiques, dont le Sri Lanka, les Philippines et le Népal. Pour éviter le casse-tête « géographique » (pour ne pas dire racial), beaucoup de Libanais emploient donc l’adjectif « sri lankaise » pour désigner l’ensemble des travailleuses domestiques.
Cette irrégularité lexicale est toutefois loin d’être le dernier souci de ces femmes qui sont exclues du droit du travail et soumises à des règles d’immigration restrictives qui les exposent au risque d’exploitation et rendent difficile pour elles de quitter un employeur abusif. Le taux élevé de mauvais traitements a amené plusieurs pays – mais pas encore le Sri Lanka – à interdire à leurs ressortissantes d’aller travailler au Liban.

Sur les réseaux sociaux, un élan de solidarité avec les victimes d’Achrafieh

24 Oct

L’équipe de #Ashrafieh4all en plein travail

Ils sont jeunes, ils sont branchés, et regorgent de belles idées…
Quelques minutes à peine après l’attentat de vendredi dernier, place Sassine à Achrafieh, des centaines d’internautes libanais ont pris d’assaut les réseaux sociaux pour offrir leur aide aux victimes.

« Besoin urgent de sang de tous types dans les divers hôpitaux d’Achrafieh. S’il vous plaît, si vous êtes dans la région, aidez les victimes en donnant du sang et des plaquettes ! » exhortait sur Facebook et Twitter l’association « Donner Sang Compter » (@DSCLebanon). Un appel qui sera entendu par plusieurs dizaines de Libanais qui se sont rendus sans attendre à l’Hôtel-Dieu, l’hôpital le plus proche du lieu de l’attentat. Les volontaires étaient si nombreux à répondre à l’appel de « Donner Sang Compter » que l’ONG s’est vue obligée d’envoyer un nouveau message invitant les internautes à rester « mobilisés » chez eux, en cas de besoin.
Une heure plus tard, à 17h26, l’ONG envoie un troisième message, encore plus rassurant : « Tous les hôpitaux ont collecté assez d’unités de sang à présent ! Nous vous garderons informés de la situation en cas de nouveaux développements ! »

La file d’attente des donneurs de sang à l’Hôtel Dieu. Photo @DSCLebanon

Les hommages à « Donner Sang Compter » pleuvent sur Twitter : « Vous faites un travail merveilleux, écrit @brunatella. En plus du sang, vous nous donnez de l’espoir dans ce qui reste de l’humanité. Merci. »
Un travail qui sera également remarqué par l’ambassadeur britannique au Liban, Tom Fletcher : « Bravo à @DSCLebanon qui a sauvé des vies en organisant les dons de sang de manière rapide. Le pouvoir des réseaux sociaux est bouleversant quand il est en bonnes mains. »

Autre initiative remarquée sur la Toile, celle de Tinia Nassif (@Tinia9) et Mario Goraieb (@MGo8), deux jeunes activistes libanais à l’origine du groupe « Ashrafieh for all » (Achrafieh pour tous), qui a déclenché un formidable élan de solidarité en faveur des personnes affectées par l’attentat de Sassine.
« Écœurés par ce crime, nous avons décidé de lancer un groupe sur Facebook et un hashtag sur Twitter invitant les Libanais à aider les victimes par tous les moyens possibles, me raconte Tinia. Nous ne sommes affiliés à aucun parti politique, tout le monde a marre de la politique. Nous voulons simplement faire une différence dans la vie de ces gens… »

Une affiche conçue par @itsRomyy pour « Ashrafieh for all ».

À peine l’initiative lancée, Tinia et Mario ont été submergés de messages d’internautes souhaitant collaborer avec eux. Pour coordonner les efforts, les deux activistes s’associent avec l’ONG Nasawiya pour la récolte de donations de toutes sortes : « Nous avons reçu de tout le Liban des vêtements, des aliments en conserves, des bouteilles d’eau, ainsi que des affaires de toilette, indique Tinia. Nous avons reçu des appels de Saïda, Tripoli, Broummana, Byblos… Des charpentiers se sont dit prêts à aider dans la reconstruction des maisons endommagées, des psychologues se sont portés volontaires pour soutenir les victimes, des Libanais vivant à Dubaï et à Paris ont déjà commencé à récolter de l’argent pour les familles dans le besoin… »
Sur Twitter, @Tinia9 diffuse des photos de sacs remplis de donations, stockés dans les locaux de Nasawiya. « Le tout sera réparti dans des boîtes qui seront ensuite distribuées aux familles affectées par l’attentat, explique la jeune femme de 26 ans. Nous avons déjà empaqueté plus d’une cinquantaine de boîtes. »

Des photos des donations sont quotidiennement publiées sur Facebook.

Parallèlement, toujours sur Twitter, de nombreux jeunes Libanais proposaient un logement aux personnes ayant perdu leur maison dans l’explosion. « Ma maison à Sassine est ouverte à tous ceux qui ont besoin d’un endroit pour dormir », écrit Ralph Choueiri (@ralfchoueiri), accompagnant son tweet de son numéro de téléphone portable. Un message qui sera partagé plus de 450 fois ! « J’habite en face de la ruelle qui a été visée par l’attentat, m’explique Ralph. Je me suis donc senti très concerné par ce qui s’est passé. » « Le tweet est sorti tout seul, de manière spontanée, assure le jeune homme de 27 ans. Je n’ai même pas demandé l’avis de mes parents parce que je sais bien qu’ils auraient réagi de la même manière. »

Même réaction du côté de Saïd Abou Kharroub (@SaidAbouKharoub), 24 ans, qui n’a pas hésité à ouvrir sa maison familiale aux personnes dans le besoin, bien qu’il habite à 20 km du lieu de l’attentat, dans la région de Naameh. « Je suis allé donner du sang à l’Hôtel-Dieu, mais il y avait trop de monde, je suis allé ensuite chez Nasawiya, mais j’ai vu qu’il y avait déjà beaucoup de donations, explique Saïd. J’ai donc pensé à ceux qui avaient perdu leur maison à Sassine ou qui étaient coincés sur l’autoroute du Sud à cause des troubles sécuritaires. » « C’est la moindre des choses, assure encore ce jeune homme. J’ai vécu la guerre israélienne de 2006 et puis les affrontements à Beyrouth en mai 2008. Je ne veux plus que cette misère se reproduise… »

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