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Souriez, c’est conforme à l’islam !

27 Nov

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La semaine dernière, deux jeunes Saoudiens ont été accusés de tous les maux pour avoir lancé une campagne de « câlins gratuits » dans une rue de Riyad, un acte jugé contraire à la culture du royaume ultraconservateur. Ils ont été arrêtés par la police religieuse alors qu’ils proposaient des câlins aux passants en brandissant des pancartes sur lesquelles était inscrit en anglais « Free Hugs » (étreintes gratuites).
« Free Hugs » est un mouvement qui consiste à proposer spontanément des accolades à des étrangers dans un lieu public. Il a été lancé en 2004 par un Australien, décidé de rompre avec la morosité des grandes agglomérations.

Sur Internet, l’initiative des deux jeunes Saoudiens a suscité la critique d’un grand nombre de leurs compatriotes, qui les ont accusés de vouloir importer une culture étrangère à leur pays et contraire aux lois islamiques.
D’autres, souhaitant montrer qu’il est tout de même possible de faire un acte de bonté désintéressé tout en respectant les bonnes mœurs du royaume, ont lancé une contre-campagne. Baptisée : « Souriez, c’est conforme à la sunna » (les enseignements du prophète Mohammad, NDLR), l’idée est d’encourager les Saoudiens à diffuser la photo de leur sourire sur les réseaux sociaux. Sur Twitter, ils étaient des dizaines à répondre à l’appel, publiant leur photo brandissant le « smiley », le fameux visage jaune exprimant le sourire.

Photo via @KBashwaer

Photo via @KBashwaer

« Ce que j’aime le plus chez les jeunes de ma communauté c’est leur action positive et rapide envers ce qui est juste », écrit @RazanSimbawa, qui se présente comme une architecte de Djeddah.

« Le sourire est contagieux. Il commence par une personne avant de se propager au reste du monde », souligne de son côté @ahmedfwaze99, un pharmacien de Riyad.

« Oui, souriez où que vous soyez, recommande @solafe100. Souriez à tout le monde, dans la rue ou dans les souks. »

« Souriez à votre mère, à votre père, à vos frères et sœurs, à votre femme, vos enfants, vos collègues, vos voisins, vos employés. Souriez à la vie », lance pour sa part @iharthi.

Photo via Facebook

Photo via Facebook

À l’origine de la campagne, Saleh Helal, un jeune Saoudien qui affirme sur sa page Facebook avoir lancé cette initiative pour diffuser les enseignements du Prophète face aux idées reçues de l’étranger.
Il dit s’être basé sur les paroles du Prophète qui encourage le sourire : « Vous ne pouvez pas donner de l’argent à tout le monde. Mais montrez-leur un visage radieux et faites preuve de bonne moralité. » Ou encore : « Sourire à son frère est une aumône. »
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Le marine, la femme voilée… et le ronflement

6 Nov

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Rien de tel qu’une image-choc pour réussir son coup de pub. L’image en question est celle d’un jeune marine américain enlaçant une femme voilée jusqu’aux yeux avec pour slogan : Be Together (Être ensemble, en français). La pub, placardée sur des panneaux géants à Los Angeles (l’une des villes les plus libérales des États-Unis), n’est pas l’œuvre du gouvernement américain ou de l’US Navy, mais d’une compagnie américaine spécialisée dans la production de remèdes… antironflement.

Et comme toute bonne campagne médiatique de nos temps modernes, celle de SnoreStop a également été lancée en grande pompe sur les réseaux sociaux, avec un hashtag sur Twitter (#BeTogether) et une page sur Facebook. Devenue virale en l’espace de quelques jours, la campagne a déclenché une vague de réactions mitigées de la part des internautes, notamment américains.

« Les musulmans n’ont le droit de poser avec un soldat américain que lorsqu’ils commenceront à défendre notre pays », écrit Sue DeBord, sur la page Facebook de SnoreStop. « Je ne vais plus acheter votre produit, jure pour sa part Chuck Martz. Je suis personnellement irrité par cette pancarte, pas parce qu’elle montre un soldat américain avec une femme voilée, mais parce que votre compagnie utilise cette image pour un coup de pub. Vous venez de perdre un client à vie. (Votre campagne) est de très mauvais goût. »

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« Avez-vous perdu la raison?!!?!? réagit de son côté Rebecca Toomey. Savez-vous combien les soldats atteints de PTSD (syndrome de stress post-traumatique) souffrent au quotidien ?!?!? Tout le progrès accompli par mon mari et les autres vétérans sera réduit à néant à cause de l’impact qu’aura cette publicité sur leur état psychique ! »
Selon des chiffres officiels de l’armée américaine, 20 à 30 % des soldats de retour d’Irak ou d’Afghanistan souffrent de troubles post-traumatiques. Le syndrome serait à l’origine de nombreux suicides d’anciens combattants. Selon le Pentagone, 309 soldats se sont donné la mort en 2010, contre 267 en 2008.

Mais paradoxalement, côté musulman, les réactions étaient plus ou moins favorables à cette campagne. Dans un entretien avec la chaîne panarabe al-Arabiya, le porte-parole du Conseil des relations américano-islamiques (CARE) a affirmé que son organisation voit la campagne d’un œil « plutôt positif ». « Je crois que cette image vise surtout à susciter un débat sur les questions raciales, religieuses et ethniques aux États-Unis », a-t-il dit.

« Nous avons voulu montrer un couple qu’on ne voit pas normalement dans les publicités », a pour sa part expliqué la porte-parole de SnoreStop, Melody Devemark, à la chaîne de télévision CBS. « Les gens pensent que nous abusons de l’image des militaires, mais je crois qu’ils ne sont pas conscients qu’il existe bel et bien des couples comme celui qui apparaît dans notre pub », ajoute-t-elle.

La compagnie américaine a par ailleurs diffusé une vidéo montrant les coulisses de la séance photo de la pub controversée. Sur cette vidéo, l’actrice Lexy Panterra, qui pose avec un niqab, raconte qu’elle a grandi dans une famille multiculturelle, son père étant iranien et son beau-père d’origine africaine.
Le soldat-acteur Paul Evans explique quant à lui qu’en tant que militaire, sa mission est de défendre la liberté et l’égalité. « Chacun doit avoir le droit d’être avec la personne qu’il désire, dit-il. C’est ce qui compte finalement. »

Google en mode halal

17 Juil
Halalgoogling

Halalgoogling

 

Les musulmans futés du Web ont désormais la possibilité de naviguer sur la Toile en tout respect de leur religion grâce à un nouveau moteur de recherche lancé il y a à peine une semaine, à l’occasion du début du mois de ramadan.
Baptisé « Halalgoogling », le site est présenté comme étant un moteur de recherche « alternatif » conçu pour filtrer tout contenu « haram » ou interdit dans l’islam.

Selon ses créateurs, un « groupe d’experts internationaux », le nouveau site bloque tout contenu à caractère « pornographique, sexuel ou contraire aux valeurs islamiques ». Toute recherche liée à ces termes produit une liste de liens affinée menant vers des pages présentant des définitions techniques, médicales ou scientifiques.

Se basant sur les moteurs Google et Bing, « Halagoogling » est disponible en onze langues, dont l’arabe, le turc, l’allemand, le français et le chinois.

« Notre mission est de donner la possibilité à tout musulman de naviguer sur le Web en tout halal », écrivent les administrateurs du site sur leur blog. « Tout le monde a le droit de profiter du Web, que ce soit à des fins éducatives ou professionnelles, en parcourant les dernières découvertes scientifiques, littéraires ou autres, ajoutent-ils. Cependant, nous avons également le droit de protéger notre foi et nos valeurs. Nous sommes là pour rendre la navigation compatible avec les principes religieux dans l’islam. »

Conscients de la difficulté de filtrer la recherche d’informations sur Internet, les créateurs de « Halalgoogling » appellent les utilisateurs à dénoncer tout contenu abusif ou contrevenant à la charia ayant été référencé par leur site. « Nous nous excusons d’avance pour toute erreur non intentionnée déjà survenue ou qui risque de survenir à l’avenir », écrivent-ils sur leur blog.

 

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« Halagoogling » n’est pas le premier moteur de recherche du genre. Fin 2009, le site ImHalal.com avait été lancé dans le but d’attirer les « internautes du Moyen-Orient ». En quelques mois, le site avait attiré plus de 10 millions de visiteurs uniques et plus de 70 millions de requêtes y avaient été effectuées. En dépit de ce succès, la formule de ImHalal n’a pas fait recette. Deux ans après son lancement, le site annonce sa fermeture faute de financement…

Dans la même lignée halal, il y a également le site theislamicsearch.com, un moteur de recherche affilié à Google. Le système de filtrage se base sur la recherche en mode « sécurisé » de Google, donnant une plus grande importance aux sites islamiques spécialisés dans son référencement.

Entre Islamic Search et Halalgoogling, les différences sont très vite détectées en effectuant une simple recherche impliquant un contenu « interdit ». Pour « Boire de la bière », par exemple, le premier propose une page de Wikipédia sur la bière sans alcool, ainsi qu’un article de Oumma.com évoquant une fatwa de cheikh al-Azhar autorisant les musulmans à boire de la bière avec modération. Sur Halalgoogling, par contre, la requête est promptement rejetée avec une seule et unique explication : « Pas de résultats trouvés » ou « Vous avez effectué une recherche haram ».

Pourtant, la même recherche effectuée en anglais (avec « Drinking beer ») affiche un nombre de résultats plus élevé, correspondant à des pages comportant la définition du mot « beer », des jeux de bar impliquant de la bière, ainsi qu’un guide touristique sur la ville d’Amsterdam…

Entre les deux versions, c’est à se demander si les créateurs de Halalgoogling pensent que les musulmans francophones ont l’âme plus sensible que leurs coreligionnaires anglophones…

Masjid-ul-IKEA

20 Juin

Une impression de la mosquée sponsorisée par IKEA.

« Qui a besoin d’argent saoudien quand IKEA est prête à financer votre mosquée ? » Selon un article qui fait fureur sur les sites ultraconservateurs américains, l’entreprise suédoise spécialisée dans la conception et la vente de meubles en kit aurait lancé un nouveau plan marketing controversé : « sponsoriser » des lieux de culte. Le premier lieu sacré à bénéficier de l’aide d’IKEA serait la mosquée Masjid-ul-Islam à Los Angeles qui peine à collecter des fonds pour la phase finale de sa rénovation.

« Alhamdulillah pour IKEA, s’est exclamé le responsable de la mosquée Ismaïl Badry, cité dans l’article diffusé sur plusieurs sites connus pour leur ligne éditoriale islamophobe. Nous commencions à être à court d’idées pour financer le projet. » Il avoue avoir même dû se déguiser en SDF pour recueillir de l’argent pour la mosquée. « Maintenant qu’IKEA nous soutient, nous n’avons plus à mettre nos plus belles chaussures aux enchères sur Internet », aurait-il affirmé.
« IKEA adore aider les communautés bourgeonnantes », indique pour sa part le responsable des affaires communautaires chez IKEA, Mikos Svennson. « C’est la première fois que nous sponsorisons une institution religieuse, et je crois que la mosquée va bénéficier de notre aide. »

Selon l’accord conclu entre les Suédois et M. Badry, la mosquée devrait désormais porter le nom de « Masjid-ul-IKEA » et son architecture devrait être calquée sur celle des grands magasins de meubles en kit.
Seul hic : les « frères » devront passer par la salle de prière des femmes avant de pouvoir accéder à celle des hommes…

Le plan de la nouvelle mosquée…

M. Badry rappelle que ce n’est pas la première fois qu’une entreprise propose de financer la mosquée en question : « Avant, il y a eu Coca-Cola, et l’arrangement consistait à ce que l’imam dise, après la prière : “Buvez du Coca et cela vous ouvrira les portes du paradis…” Et puis, comme Disney nous avait aussi financés, le même imam devait porter des oreilles de Mickey durant son prêche. »

La nouvelle suscite rapidement l’indignation des éditorialistes ultraconservateurs américains qui se sont déchaînés contre la chaîne suédoise, invitant leurs lecteurs à boycotter IKEA. « IKEA est suédois et nous savons tous comment les Suédois se réjouissent de la hausse des cas de viol perpétrés par des musulmans contre leurs femmes », écrit le site « Bare Naked Islam » qui a pour slogan « Quand ils essayent de nous tuer, ce n’est plus de l’islamophobie… »

Sous l’article, un florilège de commentaires racistes, rédigés par des internautes : « Ces entreprises à la con doivent être boycottées ! Nous ne pouvons plus célébrer les fêtes chrétiennes aux États-Unis, alors que nous vivons dans un pays chrétien ! (…) C’est NOTRE pays! Rentrez chez vous, nous en avons assez de vous nourrir, de vous héberger et de payer pour votre éducation et votre santé… »
« Américains, Britanniques et Européens en ont marre des TRAÎTRES qui collaborent avec les musulmans en vue de détruire la civilisation occidentale et l’imposition de la loi islamique qui ne donne aucun droit aux non-musulmans et qui traitent les femmes comme des êtres inférieurs. (…) Dieu jugera les traîtres et les violeurs des droits de l’homme. »

Une polémique qui aurait pu être facilement évitée si seulement les administrateurs de « Bare Naked Islam » et des autres sites islamophobes avaient pris la peine de vérifier la source de l’info…
À l’origine de l’article : Hamzah Moin.
Profession : comédien américain.
Autre occupation : blogueur satirique sur Maniac Muslim

Un million de hijabs contre la haine

18 Avr

Des femmes de cutures différentes ont posé portant le voile pour Shaima Alawadi.

Après le choc, la solidarité. Moins d’un mois après le meurtre brutal de Shaima Alawadi, l’histoire de cette Américaine d’origine irakienne continue de susciter l’émoi aux États-Unis… et bien au-delà. La jeune femme de 32 ans, mère de cinq enfants, a fui l’Irak au milieu des années 90 pour échapper à la répression antichiite menée par le régime de Saddam Hussein. Elle s’était installée depuis en Californie, aux États-Unis. Le 21 mars dernier, sa fille de 17 ans a retrouvé son corps sans vie, gisant dans la salle de séjour de sa maison à El Cajon. Elle était noyée dans son sang. Un message sinistre a été laissé près de son corps : « Rentrez chez vous, terroristes. »

Crime d’honneur ou agression xénophobe ? L’enquête de la police, est toujours en cours, mais sur Internet, le verdict est d’ores et déjà tombé : Shaima, qui portait le voile, a été victime d’une agression raciste.

Sur Facebook, les pages de solidarité avec la famille de Shaima se multiplient, attirant des visiteurs du monde entier. L’une des plus populaires est celle intitulée : « Un million de hijabs pour Shaima Alawadi ». Une page qui invite les femmes internautes, toutes confessions confondues (chrétiennes, musulmanes, juives, bouddhistes, etc.), à poster des photos d’elles-mêmes portant le voile. « Nous ne savons pas pourquoi Shaima est morte, mais nous savons comment elle a vécu : une cible facile, victime de l’ignorance. Et elle n’est pas la seule…, lit-on sur la page en question. Il faut mettre une fin à la discrimination, c’est pourquoi nous avons commencé cette chaîne d’amour. Nous sommes toutes Shaima Alawadi ! »
La page, qui a attiré près de 17 000 membres en moins d’un mois, a également eu des échos de l’autre côté de l’Atlantique, où l’islamophobie gagne de plus en plus du terrain, notamment en France.

De nouvelles photos, accompagnées d’un message de solidarité, y sont postées tous les jours. En voici une sélection :

Eliana (États-Unis) :

« Personne ne doit se sentir discriminé en raison de sa religion. Je suis une mormone, j’ai une tante qui est musulmane. Il y a aussi des athées dans ma famille. Mon grand-père est catholique, il croit en Dieu, mais ne va pas à l’église. Et devinez quoi ? On s’entend tous superbien. Vous voulez savoir pourquoi ? Parce que la croyance ne nous divise pas, au contraire. »

 

Tallie (Canada) n’est pas musulmane, mais elle a décidé de porter le hijab pendant tout le mois d’avril en signe de soutien à Shaima. Elle raconte son expérience sur son blog : iamtallulah.com

« D’habitude, je me cache derrière ma grande chevelure et ma frange. Maintenant, avec le voile, mon visage est complètement découvert et je me sens... exposée. C’est très intéressant, étant donné que beaucoup de gens disent que les femmes voilées se cachent derrière leur hijab, alors que c’est le contraire. Sans ma frange, je n’ai plus rien pour cacher mon visage et je me sens plus exposée que jamais. »

 

Lauralyn (États-Unis) :

« Je suis une enseignante à Detroit et je porte le voile depuisune semaine comme un symbole contre la discrimination. Les messages encourageants que j’ai reçus de mes élèves et de ma communauté sont très émouvants. Je me suis sentie profondément respectée et libérée même. Le hijab m’a permis de différencier ceux qui sont intéressés par mon apparence de ceux qui ont réellement envie de connaître ma personnalité. C’est très révélateur. (...) Je suis Shaima Alawadi parce que je suis une mère, une amie, une fille et une enfant de Dieu. »

 

Liza (États-Unis) :

« Je suis une lesbienne presbytérienne mariée à une femme depuis neuf ans. J’ai un fils et une fille. Je porte ce hijab comme un symbole parce que je crois qu’en tant qu’humains, nous devons être tolérants et respectueux. Nous devons dénoncer la haine, la peur, l’ignorance et la violence. »

 

Patricia (États-Unis) :

« Je ne pratique aucune religion, mais je porte le hijab en solidarité avec Shaima. Peu importe ta religion, ta couleur, ton affiliation politique, ton orientation sexuelle, ta nationalité (...) Tu es la bienvenue chez moi. Si tu frappes à ma porte, je te sourirai et je te traiterai comme j’aimerais être traitée par les autres... avec respect, gentillesse, compréhension et amitié. »

 

Liliane (Brésil) :

« Je suis catholique et je respecte toutes les religions. Beaucoup trop de personnes sont victimes de discrimination et de peur. Moi aussi je suis Shaima Alawadi. »

 

Ismahène (France) :

« Je suis française et musulmane, et c’est très difficile d’être les deux à la fois dans un pays comme la France... Les médias ne parlent pas de ce qui est arrivé à Shaima Alawadi aux États-Unis parce qu’ils veulent que les gens croient que les musulmans ne sont jamais des victimes, mais seulement des terroristes. Un vrai musulman respecte toutes les religions et toutes les origines... Que Dieu soit avec toi Shaima. »

Le futur de l’islam à l’ère des nouveaux médias

1 Fév

Nous connaissons tous le rôle joué par les nouveaux médias dans les révolutions arabes. C’est du passé. Mais que savons-nous de l’influence des nouvelles technologies sur l’islam ? Comment des outils comme Facebook, Twitter, WordPress et YouTube affectent-ils les différentes communautés musulmanes à travers le monde ? Peut-on parler d’une (r)évolution en marche ?

Soixante personnalités de profils différents ont tenté de répondre à cette question dans le cadre d’une conférence virtuelle, intitulée « Le futur de l’islam à l’ère des nouveaux médias ». Les 60 interventions, d’une durée de 60 secondes chacune, ont été compilées dans un fichier audio accessible au public via le site islamintheageofnewmedia.com.

« Pendant des siècles, les érudits musulmans étaient les seuls à détenir les clés des textes sacrés de l’islam. Il revenait à eux de traduire, d’interpréter et de diffuser le contenu du Coran et des Hadith aux fidèles », peut-on lire sur le site. « Aujourd’hui, cette réalité est en train de changer. (…) Grâce aux nouveaux médias, des millions d’internautes musulmans sont plus que jamais exposés à un large spectre d’idées et d’opinions théologiques sur l’islam. Loin de la censure, ils peuvent enfin s’exprimer en toute liberté et partager leurs idées avec le monde, sans la moindre restriction. »

À l’origine de cette initiative, Amir Ahmad Nasr, jeune blogueur soudanais. Consultant en médias numériques et en marketing, Amir est également l’auteur du livre « L’islam : une histoire d’amour – le fondamentalisme a captivé mon esprit et brisé mon cœur et le blog a libéré mon âme mystique ».

Au vu de son parcours, on comprend vite la motivation qui a poussé Amir à lancer un tel débat. Sur son blog « Sudanese Thinker », qu’il anime depuis 2006, le jeune homme explique « avoir personnellement vécu un bouleversement religieux » au cours des dernières années : « Je suis passé du fondamentalisme islamique à l’athéisme quasi total, avant de trouver la paix intérieure avec le soufisme, écrit-il. Je sais donc, de ma propre expérience, quel impact peut avoir Internet sur les fidèles. »

Qu’en pensent les personnes sollicitées par Amir ? Extraits :

– Eman al-Nafjan, blogueuse, Arabie saoudite

« Je crois qu’à l’avenir, l’islam ne sera plus contrôlé par les cheikhs misogynes, sectaires et tribaux qui nous ont isolés du reste du monde. L’islam sera entre les mains d’une nouvelle génération de musulmans éduqués qui utiliseront les nouvelles technologies pour répandre une vision modérée, pluraliste et pacifique de notre religion (…). Cette nouvelle génération va également redynamiser le rôle, jusque-là paralysé, des femmes dans les sociétés musulmanes et leur accorder le droit à l’éducation, au transport et au travail, dont jouissent déjà nos frères musulmans. »

– Wajahat Ali, éditeur du site AltMuslim.com, États-Unis

« Le Coran est accessible au bout de nos doigts sur iPod, il y a des applications pour la nourriture halal, le minbar est aussi un nom de domaine et l’imam n’est plus limité à une seule ville, il utilise Skype pour diffuser son sermon au monde… »

– Ethan Zuckerman, chercheur à l’université de Harvard, États-Unis

« Je viens d’un coin rural des États-Unis, de l’ouest de Massachusetts. Beaucoup de mes voisins n’ont jamais travaillé, vécu ou travaillé avec des musulmans. Moi-même je n’ai fait d’amis musulmans que lorsque j’ai commencé à fréquenter l’université. (…) L’islamophobie est rampante aujourd’hui aux États-Unis et tout cela à cause de quelques politiciens qui cherchent à devenir populaires en diabolisant l’islam. La meilleure façon de combattre ce phénomène absurde est en aidant les gens à se connecter avec les musulmans. D’où l’importance, selon moi, des nouveaux médias qui permettent de bâtir des liens interculturels et de contredire les stéréotypes. »

– Fabian A. Boehm, consultant en médias sociaux et converti à l’islam, Allemagne

« La plupart de ce que j’ai appris sur l’islam vient d’Internet. (…) C’est d’ailleurs sur Facebook que j’ai rencontré mon épouse. Il faut profiter de la chance qu’on a pour barrer la route aux extrémistes qui utilisent cette technologie pour imposer leur idéologie sur les autres. Faisons de la Toile un espace ouvert où tout le monde peut discuter avec nous et réfléchir sur comment l’islam doit être interprété et vécu au XXIe siècle. (…) Montrons au reste du monde ce qu’est véritablement la religion musulmane, une religion de paix, de tolérance et d’amour. »

– Khadija Patel, écrivaine, Afrique du Sud

« Durant mon enfance, on m’a répété qu’Internet ressemble à cette partie de la ville où il ne faut pas s’aventurer. Tu fais de ton mieux pour l’éviter et quand tu te sens obligé de la traverser, tu regardes droit devant, tu bloques les portières, tu fermes les vitres et tu appuies sur l’accélérateur. C’est un lieu dangereux rempli d’étrangers qui ne cherchent qu’à te corrompre. Mais la vérité est que les rencontres les plus importantes que j’ai faites en ligne n’étaient pas avec des étrangers de l’autre côté de la planète, mais avec des femmes de ma propre communauté. (…) Les mosquées ne nous offrant pas un lieu de rencontre, la Toile nous a permis de nous rassembler, de discuter de nos problèmes et de partager nos expériences. (…) Nous avons maintenant un espace qui nous est propre. »

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