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« Policiers » anticonfessionnels sur Facebook

20 Mar

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« Le pays est au bord de l’abîme », « La guerre va se déplacer chez nous », « La situation va exploser d’une minute à l’autre »… Les mêmes expressions reviennent à chaque fois qu’un incident à caractère confessionnel survient au Liban. Le fait qu’un conflit de grande envergure n’ait pas encore éclaté dans les rues de Saïda, de Tripoli ou de Beyrouth relève du miracle, diront même certains. Un miracle qui n’a toutefois pas été possible sur les réseaux sociaux, où la guerre entre internautes bat son plein.
La situation, déjà grave depuis plusieurs années, a encore empiré dimanche dernier suite aux agressions qui ont visé quatre religieux sunnites dans des quartiers à majorité chiite de la capitale libanaise. De ce fait, propos haineux, sectaires et racistes se sont propagés comme une traînée de poudre sur Facebook. Et au lieu de jouer le rôle de modérateurs, les administrateurs de certaines pages, se présentant comme affiliés à tel ou tel groupe politique, ont, au contraire, jeté de l’huile sur le feu. Utilisant souvent un pseudonyme et arborant en photos de profil des portraits de personnalités politiques ou religieuses connues, les créateurs de ces pages ont encouragé leurs milliers d’« admirateurs » à propager leurs discours provocateurs. Résultat : un combat d’insultes de gros calibre sur Internet…

Face à cette réalité de plus en plus inquiétante, un groupe de jeunes militants libanais décide de passer à l’action. Le groupe lance la page « Activists Against Sectarianism » (Activistes contre le confessionnalisme) sur Facebook, invitant les internautes libanais à signaler les contenus racistes et haineux sur le réseau.
Interrogé par L’Orient-Le Jour, l’un des créateurs de cette page affirme que l’idée lui trottait dans la tête depuis longtemps, mais que la nécessité de combattre le confessionnalisme sur Facebook est devenue plus pressante après les incidents de dimanche soir à Beyrouth. « J’avais peur d’être accusé de porter atteinte à la liberté d’expression en poussant Facebook à éliminer certains contenus, même s’ils sont à caractère confessionnel », confie le militant pour la défense des droits de l’homme. « Mais la liberté d’expression ne peut justifier les appels à la violence et les discours discriminatoires, explique-t-il. Les propos racistes qui se propagent sur les réseaux sociaux alimentent les tensions confessionnelles sur le terrain et nous ne pouvons tout simplement pas rester les bras croisés. » « Nous souhaitons éliminer les discours haineux sur Facebook pour donner plus d’espace à la voix de la raison », poursuit-il.

Comment ça fonctionne exactement ? « Les grands maux exigent de grands moyens », explique le militant qui affirme que son groupe a déjà mobilisé une dizaine de « policiers » virtuels pour surveiller le contenu des pages jugées racistes ou discriminatoires. « Un badge conçu spécifiquement pour cette tâche sera visible sur le profil de ces policiers sur Facebook pour aider les internautes à les reconnaître, dit-il. Les internautes sont invités à leur envoyer les liens vers les pages qu’ils jugent offensives et dont le contenu sera ultérieurement examiné. » « Si les accusations s’avèrent exactes, nous lancerons une campagne pour inciter les Libanais à signaler ces pages en masse afin de pousser Facebook à les éliminer, puisqu’elles violent la réglementation du réseau », poursuit-il.

« Nous avons choisi le terme “policier” pour mettre en évidence le rôle des membres de notre groupe », explique encore l’activiste, connu pour ses positions critiques à l’égard des mouvements du 14 et du 8 Mars. « Nous ne représentons évidemment pas une vraie autorité policière et nous ne sommes en aucun cas affiliés à Facebook, tient-il encore à préciser. Notre but est de sensibiliser les Libanais sur la nécessité de combattre le confessionnalisme rampant sur Internet. »

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Le militant affirme par ailleurs qu’aucun avertissement ne sera envoyé aux administrateurs des pages « suspectes ». « Si les administrateurs de ces pages possédaient le moindre sens de la responsabilité, ils n’auraient pas approuvé la diffusion de messages haineux en premier lieu. De plus, il existe de bonnes raisons de croire que certains de ces administrateurs sont payés pour faire le travail qu’ils font. »

En moins de 24 heures, le groupe a réussi à éliminer deux pages qui ont diffusé des propos confessionnels dimanche soir, à savoir « Les fantômes de Dahiyeh » et « Les nouvelles de Tarik Jdidé ». Mais à peine ont-ils été « censurés » par Facebook que les administrateurs de ces pages ont immédiatement créé un nouveau compte, ressuscitant ainsi leurs pages comme si de rien n’était… « Nous continuerons à les surveiller, assure le militant. La guerre n’est pas encore finie… »

(Article publié dans l’édition du 20 mars dans L’Orient-Le Jour)

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Iran : non à Google, oui aux sites de rencontres ?

27 Sep

Alors que l’Iran vient de bloquer les services de Google (moteur de recherche et e-mail) dans tout le pays, les autorités viennent d’annoncer la prochaine mise en ligne du premier site de rencontres « national ». Un site web « sérieux » – géré par le gouvernement, bien sûr – où jeunes célibataires iraniens (hommes et femmes) peuvent communiquer uniquement à des fins de mariage.

« Les jeunes se marient et divorcent plus rapidement de nos jours, a récemment dit le ministre de la Jeunesse et des Sports, Mohammad Abbasi, cité par le site conservateur khabaronline.ir. Pour faire face à ce problème, nous devons trouver de nouvelles idées et utiliser tous les moyens pour encourager les mariages à long terme. »

Selon les chiffres officiels, l’âge moyen des jeunes qui se marient a augmenté de cinq à huit ans depuis la révolution islamique de 1979. Il est passé de 25 à 35 ans pour les hommes et de 24 à 30 ans pour les femmes, selon le site d’information iranien IINS, qui précise que le taux de divorce a grimpé de 9 % au cours des dernières années. La capitale iranienne serait la plus touchée par ce « fléau », poursuit le site : « Un mariage sur trois ont été annulés à Téhéran en 2011. » « C’est un développement alarmant », a réagi Shahla Kazemipour, responsable du Centre pour les études démographiques iranien, cité par l’IINS.

De manière générale, l’idée de lancer un site de rencontres pour jeunes célibataires ne devrait choquer personne. Mais dans un pays comme l’Iran, où plus de 5 millions de sites sont surveillés par le gouvernement, une telle annonce ne peut passer inaperçue. D’autant plus qu’elle tombe au moment où les autorités s’apprêtent à mettre en place un Intranet national distinct de l’Internet mondial.

Le régime iranien accuse les Occidentaux d’utiliser la Toile pour mener une « guerre non déclarée » visant à le déstabiliser, et les autorités comptent sur l’« Internet iranien » – officiellement plus rapide et plus sûr – afin de se substituer aux serveurs et moteurs de recherche étrangers.

Par ailleurs, l’annonce du lancement du nouveau site de rencontres pour jeunes iraniens intervient à un moment où l’Iran est accusé de limiter le rôle des femmes dans la société. Samedi dernier, l’organisation internationale pour la défense des droits de l’homme, Human Rights Watch (HRW), a accusé Téhéran d’imposer de nouvelles restrictions aux étudiantes iraniennes, rendant désormais difficile pour elles l’obtention de certains diplômes. Citant un rapport diffusé en août par l’agence Mehr, l’ONG indique que dans plusieurs universités les femmes n’ont plus le droit d’assister à 77 cours, notamment en informatique, génie chimique, administration des affaires et sciences.

De telles restrictions sont vues par certains, en Iran comme à l’étranger, comme une tentative de réduire le nombre de celles qui souhaitent accéder à un enseignement supérieur et de renforcer ainsi la domination patriarcale. Actuellement, environ 60 % des étudiants sont des femmes, rappelle l’Agence France Presse.

Dans une entrevue accordée à la chaîne britannique BBC, la militante iranienne des droits de l’homme Shirin Ebadi, prix Nobel de la paix 2003, a jugé que cette mesure vise à « empêcher les femmes de jouer un rôle actif dans la société afin de limiter leur occupation au foyer »…

Le ramadan à l’heure d’Internet

25 Juil

Outre le caractère sacré que représente ce mois pour les musulmans, le ramadan est également synonyme de divertissement. Du temps de nos grands-parents, le moyen de divertissement le plus courant était de passer ses nuits à écouter les histoires fantastiques du « hakawati » (ou conteur) du quartier.
Ensuite vinrent la télévision et les fameux « mousalsalat » qui rythment les journées entières des millions d’amateurs de séries télévisées arabes du monde entier pendant tout le mois de jeûne.

De nos jours, le ramadan s’est mis à l’heure du virtuel avec des blogs, des vidéos et des photos diffusés en grand nombre, toutes les minutes, sur les réseaux sociaux. En ce ramadan 2012, voici une sélection de liens « ramadanesques » à découvrir en tout moment, avant et/ou après l’iftar.

 « Les 30 jours du ramadan » en un blog
Il y a trois ramadans, le comédien américain Aman Ali et son ami photographe Bassam Tareq s’étaient engagés à visiter une mosquée tous les jours pendant tout le mois sacré et de partager leur expérience sur un blog baptisé « 30 mosques ». Cette année, les deux blogueurs ont décidé d’ouvrir les pages de leur site aux fidèles du monde entier, les invitant à partager leurs histoires. « Tout ce que vous diffuserez sur Twitter, Instagram et Facebook avec le hashtag #30Days sera exploité sur notre blog, écrivent Aman et Bassam sur leur site. Maintenant, vous pouvez découvrir comment des jeunes du Danemark, d’Indonésie ou même du village de Mulletville, au États-Unis, passent leur ramadan. »
Quatre jours après son lancement, « Les 30 jours du ramadan » affiche déjà plus de 250 tweets, photos et vidéos du monde entier…
Lien Web : 30daysramadan.com

La série « Be7ke ? »
« Be7ke ? », ou « Je peux parler ? » en arabe, est une série Web produite au Liban destinée aux jeunes musulmans et Arabes pendant le ramadan. Tous les jours, les internautes sont invités à découvrir une nouvelle vidéo de trois minutes dans laquelle des activistes de la société civile présentent une idée, une histoire ou une initiative marquante. « C’est un projet indépendant qui vise à inspirer les jeunes qui luttent contre les stéréotypes et la fausse représentation (de l’islam) », écrivent les créateurs de la série sur leur page Facebook. Parmi les personnes invitées à s’exprimer devant la caméra de « Be7ke ? », une jeune designer de voiles « prêt-à-porter », une musulmane qui partage son expérience avec le christianisme, etc.
À découvrir sur le site : be7ke.com

Ramadan, une chaîne YouTube
Vous avez raté un épisode de votre série télévisée préférée durant ce ramadan ? Vous n’arrivez pas à suivre plusieurs séries en même temps ? Pas de problème, Google vous permet de regarder vos « mousalsalat » préférés quand vous le voulez et où vous le souhaitez. Le géant du Net vient, en effet, de lancer une chaîne YouTube, baptisée « Ramadan », diffusant les épisodes de plus de 50 séries télévisées pendant tout le mois de ramadan.
Toujours à l’initiative de Google, une autre chaîne YouTube propose aux fidèles musulmans de suivre en direct les prières de La Mecque, en Arabie saoudite. « Des millions de personnes à travers le monde pourront vivre cette expérience en se connectant à cette chaîne », affirment les responsables de Google sur le blog de la compagnie.
Lien Web : youtube.com/ramadan

Ci-dessous, un episode de “Fe-male Show”, une série égyptienne qui évoque les problèmes sociaux entre hommes et femmes arabes de manière humoristique.

Le mois de jeûne en photos…
« Capturer l’esprit de ramadan en une seule photo » est le thème d’une compétition internationale lancée par Basel Almisshal, un jeune photographe et architecte palestinien vivant en Grande-Bretagne. « Nous sommes très actifs sur les réseaux sociaux afin d’attirer une audience diversifiée et créer une vraie plateforme où les photographes peuvent partager leur travail », écrit Basel sur la page Facebook de l’événement. L’année dernière, l’initiative avait attiré plus de 25 000 photographes professionnels et amateurs du monde entier, selon les organisateurs. Les photos seront jugées selon leur impact, leur message, leur originalité, leur qualité artistique ainsi que la technique utilisée.
Lien Web : capturethespiritoframadan.org

…et sur Twitter
Le flot de tweets augmente de manière considérable pendant le mois de ramadan. C’est ce que révèle un rapport publié récemment par The Online Project, une agence basée à Amman, Dubaï et Riyad, spécialisée dans les nouveaux médias. Selon ce rapport, le meilleur moment de twitter en ces jours sacrés serait à ventre plein, après l’iftar, entre 21h et minuit…

Ramadan moubarak !

Le futur de l’islam à l’ère des nouveaux médias

1 Fév

Nous connaissons tous le rôle joué par les nouveaux médias dans les révolutions arabes. C’est du passé. Mais que savons-nous de l’influence des nouvelles technologies sur l’islam ? Comment des outils comme Facebook, Twitter, WordPress et YouTube affectent-ils les différentes communautés musulmanes à travers le monde ? Peut-on parler d’une (r)évolution en marche ?

Soixante personnalités de profils différents ont tenté de répondre à cette question dans le cadre d’une conférence virtuelle, intitulée « Le futur de l’islam à l’ère des nouveaux médias ». Les 60 interventions, d’une durée de 60 secondes chacune, ont été compilées dans un fichier audio accessible au public via le site islamintheageofnewmedia.com.

« Pendant des siècles, les érudits musulmans étaient les seuls à détenir les clés des textes sacrés de l’islam. Il revenait à eux de traduire, d’interpréter et de diffuser le contenu du Coran et des Hadith aux fidèles », peut-on lire sur le site. « Aujourd’hui, cette réalité est en train de changer. (…) Grâce aux nouveaux médias, des millions d’internautes musulmans sont plus que jamais exposés à un large spectre d’idées et d’opinions théologiques sur l’islam. Loin de la censure, ils peuvent enfin s’exprimer en toute liberté et partager leurs idées avec le monde, sans la moindre restriction. »

À l’origine de cette initiative, Amir Ahmad Nasr, jeune blogueur soudanais. Consultant en médias numériques et en marketing, Amir est également l’auteur du livre « L’islam : une histoire d’amour – le fondamentalisme a captivé mon esprit et brisé mon cœur et le blog a libéré mon âme mystique ».

Au vu de son parcours, on comprend vite la motivation qui a poussé Amir à lancer un tel débat. Sur son blog « Sudanese Thinker », qu’il anime depuis 2006, le jeune homme explique « avoir personnellement vécu un bouleversement religieux » au cours des dernières années : « Je suis passé du fondamentalisme islamique à l’athéisme quasi total, avant de trouver la paix intérieure avec le soufisme, écrit-il. Je sais donc, de ma propre expérience, quel impact peut avoir Internet sur les fidèles. »

Qu’en pensent les personnes sollicitées par Amir ? Extraits :

– Eman al-Nafjan, blogueuse, Arabie saoudite

« Je crois qu’à l’avenir, l’islam ne sera plus contrôlé par les cheikhs misogynes, sectaires et tribaux qui nous ont isolés du reste du monde. L’islam sera entre les mains d’une nouvelle génération de musulmans éduqués qui utiliseront les nouvelles technologies pour répandre une vision modérée, pluraliste et pacifique de notre religion (…). Cette nouvelle génération va également redynamiser le rôle, jusque-là paralysé, des femmes dans les sociétés musulmanes et leur accorder le droit à l’éducation, au transport et au travail, dont jouissent déjà nos frères musulmans. »

– Wajahat Ali, éditeur du site AltMuslim.com, États-Unis

« Le Coran est accessible au bout de nos doigts sur iPod, il y a des applications pour la nourriture halal, le minbar est aussi un nom de domaine et l’imam n’est plus limité à une seule ville, il utilise Skype pour diffuser son sermon au monde… »

– Ethan Zuckerman, chercheur à l’université de Harvard, États-Unis

« Je viens d’un coin rural des États-Unis, de l’ouest de Massachusetts. Beaucoup de mes voisins n’ont jamais travaillé, vécu ou travaillé avec des musulmans. Moi-même je n’ai fait d’amis musulmans que lorsque j’ai commencé à fréquenter l’université. (…) L’islamophobie est rampante aujourd’hui aux États-Unis et tout cela à cause de quelques politiciens qui cherchent à devenir populaires en diabolisant l’islam. La meilleure façon de combattre ce phénomène absurde est en aidant les gens à se connecter avec les musulmans. D’où l’importance, selon moi, des nouveaux médias qui permettent de bâtir des liens interculturels et de contredire les stéréotypes. »

– Fabian A. Boehm, consultant en médias sociaux et converti à l’islam, Allemagne

« La plupart de ce que j’ai appris sur l’islam vient d’Internet. (…) C’est d’ailleurs sur Facebook que j’ai rencontré mon épouse. Il faut profiter de la chance qu’on a pour barrer la route aux extrémistes qui utilisent cette technologie pour imposer leur idéologie sur les autres. Faisons de la Toile un espace ouvert où tout le monde peut discuter avec nous et réfléchir sur comment l’islam doit être interprété et vécu au XXIe siècle. (…) Montrons au reste du monde ce qu’est véritablement la religion musulmane, une religion de paix, de tolérance et d’amour. »

– Khadija Patel, écrivaine, Afrique du Sud

« Durant mon enfance, on m’a répété qu’Internet ressemble à cette partie de la ville où il ne faut pas s’aventurer. Tu fais de ton mieux pour l’éviter et quand tu te sens obligé de la traverser, tu regardes droit devant, tu bloques les portières, tu fermes les vitres et tu appuies sur l’accélérateur. C’est un lieu dangereux rempli d’étrangers qui ne cherchent qu’à te corrompre. Mais la vérité est que les rencontres les plus importantes que j’ai faites en ligne n’étaient pas avec des étrangers de l’autre côté de la planète, mais avec des femmes de ma propre communauté. (…) Les mosquées ne nous offrant pas un lieu de rencontre, la Toile nous a permis de nous rassembler, de discuter de nos problèmes et de partager nos expériences. (…) Nous avons maintenant un espace qui nous est propre. »

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