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Un mariage à Gaza… comme si vous y étiez

30 Nov

 

C’est l’histoire improbable d’une jeune blogueuse de Gaza et d’un journaliste sud-africain d’origine palestinienne qui vit à Doha. Une rencontre placée sous le signe du destin qui a commencé par un tweet et s’est soldée par un « oui ».

Elle, c’est Lina al-Sharif, auteure du blog « Live from Gaza ». Lui, c’est Mohammad Haddad, journaliste travaillant pour la chaîne panarabe al-Jazira, en langue anglaise. Ils se sont mariés le dimanche 27 novembre, à Gaza, et ont partagé l’heureux événement avec le monde entier, via Twitter, sous le hashtag #GazaWedding.
« Je sors de la maison ! Je me dirige chez mon oncle avant d’aller chercher ma future épouse », écrit Mohammad sur son compte (@Haddadme), une heure avant la cérémonie. « Je suis presque prête, je n’arrive pas à respirer, cette robe m’étouffe, lol. J’ai hâte de voir @Haddadme, tweetait pendant ce temps @livefromgaza. Le bouquet n’est pas comme je le voulais, mais je n’ai pas le temps de le changer (…) » « Il est là ! Oh mon Dieu ! » lance-t-elle quelques minutes plus tard.

 

 

Au cours de la cérémonie, ce sont les amies de Lina – très mordues de nouvelles technologies – qui prennent la relève, rapportant les moindres détails de la soirée… photos à l’appui : « La robe de Lina est parfaite (…). Couleur ivoire, simple et élégante », tweete @olanan. « @livefromgaza et @haddadme avaient l’air trooooop mignons en dansant sur Jackie Wilson – Reet Petite », écrit de son côté @palinoia. « Lina, tout le monde veut savoir quand avez-vous eu le temps de pratiquer la danse. Via Skype ? ? 😀 », taquine pour sa part @yelkhoudary. « Oh ! @abuelsharif, le frère de Lina, est enfin arrivé pour enflammer la piste de danse ! #Allez », lance @Gazanism.

 

Les amis du couple au cours de la cérémonie.

 

Des tweets qui n’ont pas manqué d’attirer l’attention de nombreux internautes à travers le monde entier. Les échos du mariage sont même parvenus à la chanteuse libanaise Oumaima el-Khalil qui a tenu à féliciter « personnellement » les nouveaux mariés.
« Merci d’avoir partagé le mariage avec nous. Ça a l’air très sympa. C’est comme si on y était », écrit, de son côté, @FriederikeHell de la Jordanie. « Enfin une bonne nouvelle de Gaza ! » se réjouit quant à lui @3bdallah, d’Arabie saoudite. « Mais pourquoi ne dansez-vous pas au lieu de garder votre nez collé au téléphone ? » demande pour sa part @Maureen_70, de Chicago.
Cette nouvelle tendance de tweeter en direct un mariage peut très bien paraître ridicule pour beaucoup de personnes, « mais dans le cas de Lina et Mohammad, le geste est tout à fait justifié, argumente @yelkhoudary. Leur amour est né sur Twitter ».

Cet amour, Lina le partage avec les lecteurs de son blog dans un long billet, quelques jours avant son mariage. Elle y raconte son histoire, « l’histoire d’une fille ordinaire qui vit dans des circonstances extraordinaires ». Extraits :

« Tout a commencé par un tweet discutant de la nature d’un bruit éclatant qui a été entendu à travers Gaza. Était-ce le résultat d’un raid israélien ou un simple coup de tonnerre ?
« Très vite, (Mohammad et moi) sommes devenus amis. Nous avons tweeté ensemble tout au long de la révolution égyptienne, jusqu’à la chute de (Hosni) Moubarak. Puis, après plusieurs séances de tchat, nous nous sommes vraiment rapprochés l’un de l’autre. Nous discutions de tout, de la Palestine, du monde et de nos rêves ; nous avons eu l’envie de construire une nouvelle vie ensemble.
« Notre histoire prouve que l’amour ne connaît ni frontières, ni blocus, ni occupation. (…) Dieu nous a réunis grâce aux réseaux sociaux Twitter, WordPress, Facebook, G-chat et puis Skype. Je n’aurais jamais imaginé qu’un jour je me marierai avec un Palestinien d’Afrique du Sud ! Même mes parents n’y croyaient pas ! Mais nos deux pays partagent un amour commun pour la liberté et la dignité. »

 

Lina et Mohammed.

 

Le couple continue de s’échanger des messages pendant de longs mois. En avril, il la demande en mariage, bien qu’il ne l’ait toujours pas rencontrée en personne. Lina accepte. Cinq mois plus tard, après des mois de discussions souvent interrompues par les longues coupures d’électricité à Gaza, ils décident de se voir. Mais où ? Lui se trouve au Qatar et elle vit à Gaza…
Le couple choisit enfin de se retrouver en Afrique du Sud, où habite la famille du fiancé. Mais si, pour faire le trajet, Mohammad n’avait qu’à prendre un vol direct du Qatar, Lina, elle, a dû endurer un voyage de six heures pour traverser le Sinaï jusqu’au Caire avant d’embarquer à bord d’un vol de huit heures vers l’Afrique du Sud… « Mais ça valait totalement la peine ! assure-t-elle. J’ai enfin pu rencontrer Mohammad et j’ai pu apprécier l’Afrique du Sud pour la richesse de son histoire. Je me suis vraiment sentie chez moi. »

Quarante jours plus tard, Lina rentre à Gaza et s’occupe des préparatifs du mariage. « Je suis une fille de Gaza et la cérémonie doit nécessairement avoir lieu en Palestine », insiste-t-elle.
Bientôt, la jeune blogueuse quittera sa famille pour commencer une nouvelle vie au Qatar. Son blog ? Elle ne semble pas prête à le lâcher. « Même de loin, je continuerai de raconter des histoires sur la mer, sur la guerre et sur les contradictions de la vie dans cette partie de la Palestine. » C’est elle qui le promet…

 

Fermez Rafah, s’il vous plaît !

3 Août

Si, pour la plupart des gens, voyager est un plaisir, pour les Gazaouis, l’idée même de quitter le territoire palestinien est un vrai cauchemar. Seul accès à la bande de Gaza qui ne soit pas contrôlé par Israël, le terminal frontalier de Rafah a, pour la première fois depuis 2007, été ouvert « de manière permanente » par les autorités égyptiennes. Mais une série de restrictions – imposée par Le Caire – rend toutefois le voyage de et vers Gaza pratiquement intolérable, que ce soit du point de vue émotionnel ou physique.
Sur la blogosphère palestinienne, des jeunes élèvent la voix pour dénoncer cette réalité amère. Dans un billet intitulé « Fermez Rafah, s’il vous plaît », un jeune activiste palestinien se faisant appeler Abu Yazan compare l’idée même du voyage à de la science-fiction. « Les gens vous prendront pour un fou si vous évoquez cette idée devant eux, écrit-il sur le blog de Gaza Youth Breaks Out. Les Palestiniens de Gaza ne quittent jamais le territoire pour se faire plaisir. Les seules raisons pour lesquelles ils quitteraient Gaza seraient d’ordre médical, professionnel ou académique. La plupart du temps, c’est pour des besoins humanitaires ou d’urgence », écrit-il.

Sami Kishawi, un autre blogueur palestinien, originaire de Gaza mais résidant aux États-Unis, décrit de son côté le long calvaire qu’il a dû subir avec sa famille lorsqu’ils ont voulu « fuir » le territoire palestinien il y a environ deux semaines. « J’utilise le mot “fuir” parce que c’est le sentiment que j’ai eu en traversant le poste-frontière de Rafah », écrit Sami sur son blog « Sixteen minutes to Palestine ». Son histoire commence le 14 juillet. Sami et sa famille avaient déjà préparé toutes les formalités en prévision de cette date, un mois à l’avance. Munis de leur autorisation de sortie, ainsi que de leur passeport américain, Sami et sa famille arrivent à Rafah dès six heures du matin pour assurer leur voyage. Un maximum de 400 personnes par jour sont autorisées à passer de Gaza en Égypte. « Il y avait parmi nous des centaines d’autres personnes autorisées à partir le 14 juillet, ainsi qu’au moins 200 personnes qui devaient quitter le territoire le 11, 200 autres personnes programmées pour le 12 et un autre groupe de 400 personnes pour le 13, écrit Sami. Il était devenu clair que le seul moyen de traverser Rafah était par les pots-de-vin ou les connaissances. Certains ont dû payer les gardes plus de 600 dollars pour un simple siège sur le bus (emmenant les voyageurs de Rafah vers le côté égyptien). »


Sami et sa famille ont attendu douze heures sous un soleil de plomb avant de se faire rejeter à la frontière. Ils n’ont réussi à quitter la bande de Gaza que deux jours plus tard. « Un sentiment de tristesse terrible vous envahit en quittant Gaza, mais après le calvaire vécu en fuyant Rafah, j’avais le cerveau complètement engourdi. Tout ce que je voulais faire était m’assoir, boire de l’eau et oublier… »


« Où sont les révolutionnaires égyptiens ? se demande Abu Yazan. Pourquoi toute cette torture ? Pourquoi faut-il obliger les vieux et les enfants à attendre sous le soleil pendant des heures, des jours et des semaines parfois ? Pourquoi les malades doivent-ils souffrir encore plus à la frontière ? Fermez ce terminal… On n’en veut plus. On serait bien mieux sans lui. Au moins, on n’aurait plus à y penser ! »

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