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La « libanisation », selon Twitter

31 Juil
 Photo via @El_7oss sur Twitter.

Photo via @El_7oss sur Twitter.

 

Selon le Larousse, dictionnaire de référence, la libanisation est un « processus de fragmentation d’un État, résultant de l’affrontement entre diverses communautés de confessions, par allusion aux affrontements que connut le Liban dans les années 1980 ».
Trente ans après la fin de la guerre civile, le terme semble avoir acquis une série de sens nouveaux (tout aussi péjoratifs). En voici les plus récurrents… selon Twitter :

 

Assassinat politique
En huit ans, le Liban a connu au moins dix assassinats politiques, dont quatre pour la seule année 2005. En Tunisie, il en a fallu deux en cinq mois pour parler de « libanisation ». Le 25 juillet, le député de l’opposition Mohammad Brahmi est assassiné. Sa famille impute l’assassinat à Ennahda, qui rejette ces accusations. Les autorités désignent les auteurs comme des salafistes jihadistes. Le 6 février, l’opposant anti-islamiste Chokri Belaïd est tué à Tunis. L’assassinat, attribué par les autorités à un groupuscule radical salafiste, provoque une crise politique qui conduit à la démission du gouvernement et un nouveau cabinet dirigé par Ali Larayedh.

« Un mot n’a cessé de résonner dans ma tête en cette nuit horrible : libanisation #brahmi », écrit @HatemNafti. « Le projet de libanisation tant rêvé et essayé de part et d’autre ne réussira jamais en Tunisie », réagit de son côté @AHa767.
« Dans la foulée de la libanisation », @El_7oss propose de son côté de changer le drapeau de son pays en s’inspirant de celui du Liban, remplaçant le cèdre par l’olivier, emblème de la Tunisie (voir l’image ci-dessus).

Discours politique haineux
Les exemples ne manquent pas au Liban… Il suffit de regarder le journal télévisé, lire le journal ou écouter les infos à la radio pour être bardé de propos enflammés, incitant à la haine ou offensifs.
En France, avec la montée de l’extrême droite, les discours se radicalisent aussi, notamment à l’approche des municipales de mars 2014. Un phénomène qui semble irriter nombre d’internautes, dont @Odegioanni qui exprime sa « fatigue » d’écouter les politiciens parler « avec haine et ignorance », « même les dimanches ! ». « Oui, c’est bien triste, ou comment des incompétents au pouvoir sont en train de mettre la France sur la voie de la libanisation », lui réplique @GALITE1.

 

Chard

Autre phénomène « libanais » en France : le déploiement de banderoles à caractère politique sur les autoroutes. La semaine dernière, à l’occasion du week-end de départ en vacances, le Front national a déployé une banderole sur l’autoroute A9, dans le sud de la France, comportant un message de Marine Le Pen, souhaitant de « bonnes vacances » aux automobilistes. Une opération de com’ qualifiée de « dangereuse » par les gestionnaires de l’autoroute, qui avancent le risque de distraction, mais aussi celui d’accident en cas de chute de la banderole. « Encore un élément qui prouve le processus de libanisation de la France », selon @AbouDiable, un Libanais étudiant en droit à La Sorbonne.

Profondes divisions
Depuis la destitution du président Mohammad Morsi, le 3 juillet, la rue égyptienne est en ébullition. En moins d’un mois, plus de 200 personnes ont été tuées dans des violences survenues lors de manifestations massives rivales entre partisans et adversaires du président déchu.
Une situation qui, pour de nombreux internautes égyptiens, rappelle le Liban, profondément divisé entre pro et antirégime syrien.

« Il paraît que l’Égypte est en voie de libanisation, commente @Aaborashid. Chaque groupe s’est retranché dans son coin et assure sa propre protection. » « Toutes les tentatives d’afghanisation ou de syrianisation de l’Égypte vont échouer tout comme ont échoué les tentatives précédentes de libanisation ou de somalisation du pays. L’Égypte invente son propre modèle… » écrit de son côté @AhmedZaky.
« L’impunité encouragera le terrorisme en Égypte. Non à la libanisation de l’Égypte ! » lance pour sa part @DiAyDi.

Une réflexion à laquelle répond avec humour @jadelrab : « Que Dieu “libanise” nos femmes, mais pas nos politiciens ! »

Égypte : comment « tuer » le tourisme en 40 secondes

13 Juin

Capture d’écran du spot publicitaire qui a indigné les internautes égyptiens.

Si, par hasard, vous comptez vous rendre en Égypte dans les prochains jours, un petit conseil : évitez de prononcer le mot anglais « really » (vraiment), surtout dans sa forme interrogative. Utiliser ce mot au pays des pyramides peut soit vous faire tourner en ridicule, soit vous coûter un séjour au commissariat pour interrogatoire, selon le public devant lequel vous vous exprimez… Sans blague !

Tout a commencé jeudi dernier avec la diffusion sur la télévision d’État égyptienne d’un spot publicitaire (voir ci-dessous) appelant les Égyptiens à ne pas se familiariser avec les étrangers, présentés comme des espions avides d’informations.
La vidéo de 40 secondes, disponible sur YouTube, montre un jeune homme cherchant à entrer en contact avec de jeunes Égyptiens dans un café. Accueilli chaleureusement, il écoute leur conversation avec grande attention.
« Il entrera dans vos cœurs comme si vous le connaissiez depuis longtemps », dit la voix off sur fond d’une musique dramatique.
« Je les ai entendus dans le métro en train de comploter contre l’armée », « On a une crise dans les transports, les prix flambent », disent les jeunes Égyptiens dans le spot. Autant d’ « informations importantes qu’il obtient gratuitement », dit encore la voix off. « Really ? » (Vraiment?), réagit l’étranger, avant de pianoter sur le clavier de son téléphone portable.
« Pesez vos paroles. Toute parole a son prix. Une parole peut sauver une nation. » Fin de la vidéo.

Entre colère et ironie, les réactions des internautes égyptiens ne se sont pas fait attendre. Qualifiant le spot de « xénophobe » ou de « ridicule », beaucoup y ont vu une menace pour le tourisme et l’économie du pays.

« Le Mossad (renseignements israéliens) n’aurait pas pu mieux faire pour tuer le tourisme égyptien », écrit sur Twitter @TheBigPharaoh. « Le spot de la télévision d’État ne fait que détruire l’hospitalité bien connue des Égyptiens envers les étrangers », ajoute-t-il dans un autre tweet. « (Le bilan de) la sécurité est désastreux, le tourisme est à son plus bas niveau et le prix de (la barre de chocolat) Twix a haussé, mais il ne faut pas en parler sur Twitter parce que ce sont des secrets d’État », écrit de son côté @EhabEltorky.

« Personne ne dit plus un mot à la maison par peur que la bonne ne soit une espionne », ironise @ByRedz. « Ce spot est énorme. Dorénavant, si un étranger me dit “Really ?”, je vais le tabasser et le remettre au commissariat de police le plus proche », twitte à son tour @el_hosseiny.

Un deuxième spot publicitaire égyptien qui met en garde contre les dangers d’Internet.

Face au déluge de critiques, la télévision d’État égyptienne a annoncé avoir suspendu la diffusion du spot publicitaire par crainte qu’il soit « mal compris ». Ali Abderrahmane, président des chaînes publiques spécialisées comme Nile Drama ou Nile Cinema, a justifié l’existence de cette vidéo par « l’entrée d’un grand nombre d’étrangers sous divers titres – organisations de la société civile, médias et autres – qui ont commencé à (…) rassembler beaucoup d’informations sur l’Égypte ». Le spot vise à « sensibiliser une population où le taux d’analphabétisme est de 50 % (…) pour que le simple citoyen égyptien ne donne pas d’informations sur le pays à quelqu’un qu’il ne connaît pas », a-t-il expliqué à l’AFP.

Qui est derrière ce spot ? Et pourquoi l’avoir diffusé maintenant, à quelques jours du second tour de la présidentielle? Pour la blogueuse égyptienne « Zeinobia », cette vidéo n’est que le début d’une campagne visant les activistes des droits de l’homme et les journalistes étrangers au cas où Ahmad Chafiq, dernier Premier ministre de Hosni Moubarak, serait élu face à Mohammad Morsi, candidat des Frères musulmans.

Une campagne qui, selon de nombreux internautes, rappelle la propagande américaine des années 50 contre les communistes, ou encore la célèbre phrase souvent répétée durant la Seconde Guerre mondiale : « Loose lips sink ships. » Un mot de trop, des navires en moins… Really !

L’Egypte rêvée des salafistes

25 Jan

Capture d’écran du clip promotionnel du parti al-Nour.

À tous ceux qui se demandent à quoi pourrait bien ressembler l’Égypte sous la direction des salafistes, le parti al-Nour s’adresse à vous. Dans une série de vidéos diffusée sur YouTube, le parti salafiste d’Égypte tente de rassurer les sceptiques en présentant leur vision de la nouvelle Égypte post-Moubarak. Dans l’un de ces clips (voir ci-dessous), on voit des fillettes en robes blanches, les cheveux découverts, faire la ronde et jouer au ballon, tout en chantonnant un air joyeux dans un jardin public. À peine quelques secondes passées, apparaît un homme à la longue barbe fournie, assis sur un banc, en train de lire un journal. Soudain, l’une des fillettes en blanc interrompt son jeu et s’approche de lui pour parler… politique.

« Dis tonton, est-ce que c’est vrai ce que l’on dit, que le parti al-Nour va forcer les femmes à porter le niqab ? » lui demande-t-elle. « Non, bien sûr, ce n’est pas vrai, répond l’homme. Parce que notre religion est une religion de miséricorde. Celle qui veut porter le niqab, qu’elle le porte, et celle qui ne souhaite pas le porter, c’est son choix. Beaucoup d’ulémas lui donnent raison. »

« Est-ce que, comme dit maman, le parti al-Nour va les empêcher de travailler et les obliger à rester à la maison? » demande encore la fillette. « Non, ça ne va pas arriver, répond le salafiste d’un ton rassurant. Parce que les femmes constituent la moitié de la société. Mais on veut préserver leur dignité et leur offrir une atmosphère de travail convenable. Je veux que ta maman soit rassurée, parce que nous allons construire une nouvelle Égypte. »

La vidéo montre ensuite l’homme prendre la jeune fille par la main et l’emmener faire un tour de l’Égypte rêvée des salafistes : des écoles spacieuses et modernes, des hôpitaux équipés et une couverture médicale pour tous, un système de transport public confortable et propre… « On va créer des emplois pour nos jeunes et profiter des ressources de notre pays », promet le barbu. « Tonton, le parti d’al-Nour est le meilleur parti. Je dirai à maman de choisir al-Nour à partir de maintenant », conclut la fillette, l’air convaincue.

Connu pour son rigorisme social, son interprétation stricte et littérale de la tradition islamique, et l’exclusion éventuelle de toute autre approche idéologique et religieuse, le parti d’al-Nour a remporté 24 % des sièges au Parlement, élu pour rédiger la nouvelle Constitution égyptienne. La percée inattendue des salafistes lors des élections législatives égyptiennes alimente les craintes de voir le pays le plus peuplé du monde arabe devenir une théocratie fondamentaliste similaire à l’Iran ou à l’Arabie saoudite.
Des craintes que le parti islamiste ne parvient toujours pas à dissiper… Dans son clip promotionnel, destiné à redorer son image auprès de la gent féminine, le parti salafiste semble avoir raté son objectif : aucune femme n’apparaît dans la vidéo.

Sur Internet, la promo a été la cible des critiques des jeunes libéraux. « Ils prétendent respecter les droits de la femme alors qu’ils l’ignorent complètement dans cette vidéo », réagit Mona Hamzi sur Twitter. « Je fais quoi de mon diplôme de médecine moi ? » demande de son côté Asma Salam. « Ça veut dire quoi une atmosphère de travail convenable ? Il ne pouvait pas être un peu plus clair ? » lance Moez Gamal.
D’autres, plus satiriques, ont diffusé une parodie de la vidéo salafiste reprise par le site Mashallah News. « Le monsieur barbu devient un pédophile qui se fait passer pour le Père Noël, et ses sourires mielleux à la fillette prennent un tout autre sens », remarque le site.

« C’est bien joli de rire des salafistes, réagit sur sa page Facebook le commentateur radio Ahmad el-Esseily. Mais, à vrai dire, ce genre de blagues ne mène à rien. Au contraire, elles ne font que compliquer la situation (en Égypte). »
Un avis que partagent beaucoup d’internautes : « Les uns veulent que ma mère enlève son hijab, les autres veulent lui faire porter le niqab… N’y a-t-il pas un parti qui voudrait bien laisser ma mère tranquille ? » écrit de son côté Elham Mabrouk qui se présente comme un « simple citoyen égyptien qui n’aime pas les salafistes mais qui croit en Dieu ».

Graffiti : Samira Ibrahim vs Aliaa el-Mahdy

9 Déc

Un graffiti représentant Aliaa el-Mahdy sur un mur en face du siège du gouvernement égyptien, au Caire. Nous pouvons y lire ce qui suit :

« Samira Ibrahim, 25 ans, a été déshabillée de force et contrainte de subir un test de virginité devant des officiers et des militaires. Elle refuse toutefois de rester les bras croisés et décide de porter plainte (contre l’insitution militaire)…pas d’intérêt…pas de public…pas de médias…rien!

Aliaa el-Mahdy, 20 ans, s’est déshabillée et a posé nue de son plein gré. Le public et les médias se sont jetés sur elle. Plus de 4 millions de personnes ont vu sa photo et près de 216 articles, ainsi que de nombreuses émissions de télévision, ont parlé d’elle. »

« سميرة إبراهيم، 25 عاما، تمت تعريتها بالقوة و الكشف عن عذريتها أمام ضباط و عساكر بالجيش فأبت إلأ أن تثأر لكرامتها فأقامت دعوى قضائية..لا اهتمام..لا جمهور..لا إعلام..لا حياة لمن تنادي. علياء المهدي: 20 عاما، تعرّت و كشفت عن جسدها بمحض إرادتها فتهافت عليها الجمهور و الإعلام؛ حوالي 4 مليون مشاهد لصورتها و ما لا يقل عن 216 مقالة و العديد من البرامج التلفزيونية. »

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