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Le blog d’un diplomate syrien à Washington… euh pardon, à Pékin

7 Mar

Ambassadeur, blogueur, grand amateur de l’art…parmi tous ces titres, Imad Moustapha préfère celui de blogueur. C’est ce qu’il a souvent répété aux médias américains, pendant les neuf dernières années durant lesquelles il a servi comme ambassadeur syrien à Washington. Ironique comme déclaration pour le représentant de l’un des pays les plus redoutables en matière de censure sur le Net. Depuis le début des révoltes en Tunisie et en Égypte, des dizaines de blogueurs syriens ont été jetés en prison pour avoir appelé à plus de démocratie dans leur pays. Certains, comme Tal al-Malouhi, la plus jeune blogueuse détenue à ce jour dans le monde, y sont toujours. Cette étudiante de 20 ans a été condamnée à 5 ans de prison pour « divulgation d’information à un État étranger », en l’occurrence les États-Unis.

Mais Imad Moustapha n’a rien à craindre. Son blog, il l’anime en postant des billets, personnels certes, mais loin d’être compromettants. Dans un anglais irréprochable, il y relate ses impressions sur l’art et la littérature. Il y décrit ses voyages familiaux, ses rencontres officielles ou encore les fêtes d’anniversaire de ses enfants (photos à l’appui).

Imad Moustapha et son épouse avec les Obama.

 Blogueur régulier, publiant en moyenne un billet tous les huit à dix jours, Imad Moustapha aurait bien pu se passer de la crise qui secoue son pays depuis près d’un an. Cette crise qui l’a visiblement contraint à délaisser l’écriture au profit d’autres activités (pas très diplomatiques à en croire le département d’État américain). En juillet 2011, il avait été convoqué par un haut responsable de l’administration américaine qui lui a fait part de « l’inquiétude » des États-Unis après avoir « appris que des membres de l’ambassade syrienne avaient filmé et photographié des personnes dans des manifestations pacifiques aux États-Unis ».

Imad Moustapha disparaîtra donc de la blogosphère pendant onze long mois, de mars 2011 à février 2012. Le 31 août, il laisse une simple note (rédigée en anglais et en arabe) à l’intention de ses « amis », leur précisant qu’il ne possède aucun compte sur Facebook et qu’il ne compte pas en créer un de sitôt.

Son dernier billet avant le « black-out » de onze mois date du 25 mars 2011, c’est-à-dire 10 jours après le début de la révolte en Syrie. Ce billet, Imad Moustapha le dédie aux familles des « martyrs de Deraa »… Pour alléger leur « peine », il leur conseille de lire Dostoïevski ou bien d’écouter Mahler et Chostakovitch. C’est ce que lui-même fait depuis l’âge de 20 ans, lorsqu’il se sent « humilié » ou « insulté », écrit-il. Il cite al-Kindi, le philosophe arabe du IXe siècle, qui aurait dit que « la stabilité n’existe que dans le monde intellectuel ». « Il n’y a que les faibles d’esprit qui ne parviennent pas à surmonter leur peine », insiste Imad Moustapha.

 

Capture d'écran du blog du diplomate syrien.

Son come-back virtuel, il le fait le 8 février, pour annoncer qu’il a déménagé en Chine. Deux jours plus tôt, les États-Unis avaient annoncé avoir fermé leur ambassade à Damas et évacué leurs derniers fonctionnaires présents en Syrie.
À Pékin, Imad Moustapha redevient le blogueur régulier qu’il était au bon vieux temps prérévolutionnaire. Le 16 février, alors qu’à Damas, les forces gouvernementales arrêtaient le journaliste Mazen Darwich et la blogueuse Razan Ghazzawi, le diplomatie décrit sur son blog une semaine « surréelle » : « Mes rencontres avec les responsables chinois sont amicaux et encourageants ! ! Quel soulagement après avoir passé neuf ans à échanger des “coups” avec les responsables américains, écrit-il. Contrairement aux villes américaines, Pékin n’est pas une ville sans âme. »

Huit jours plus tard, le 24 février, il raconte qu’il s’est lancé dans l’apprentissage de la langue et la calligraphie chinoises. « La Chine, superpuissance émergente et fidèle alliée de la Syrie, était un mystère pour moi. Je suis convaincu que l’on ne peut réellement apprécier ce pays si on ne connaît pas sa langue, écrit Imad Moustapha. C’est pour cela que j’ai décidé d’apprendre le mandarin, en dépit des défis qui s’imposent. »
Pendant ce temps, à Homs, les habitants de Baba Amr affrontaient un défi de tout autre nature. Le quartier était soumis à un pilonnage systématique de l’artillerie pour le 21e jour consécutif. Plus de 70 personnes sont mortes en Syrie ce jour-là.

Le nom d'Imad Moustapha en mandarin...

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« Fleur chinoise », la « superhéroïne » des temps modernes

11 Jan

Elle a tout ce qu’il faut pour faire parler d’elle : sexy, provocatrice, mystérieuse, charitable… Elle ? Personne ne connaît sa vraie identité. Comme tout bon superhéros – ceux que l’on trouve généralement dans les bandes dessinées ou les films d’Hollywood –, « Fleur chinoise » (également connu sous les noms de « Chinese Redbud Flower » ou « HongKong Flower ») opère dans l’anonymat le plus total.
Avec sa longue cape noire, son décolleté très évocateur et ses collants bien moulants, la « superhéroïne » dissimule son visage avec un tissu noir qu’elle enfile sous un masque bleu métallique.

La première fois qu’elle est apparue en public était en mai dernier, à Hong Kong. Elle avait été aperçue distribuant de la nourriture, de l’argent et des vêtements aux mendiants et sans-abri dans la ville.
Fidèle à son époque, elle prend soin de son image, documente toutes ses sorties en photos et vidéos qu’elle publie ensuite sur son blog, ainsi que sur ses comptes Facebook et Weibo, l’équivalent chinois de Twitter.

"Fleur chinoise" en action.

Dans une entrevue avec le journal South China Morning Post (SCMP), elle dit s’être inspirée du personnage joué par l’actrice chinoise Connie Chan Po-chu dans le film Black Rose, sorti en 1965.
La jeune femme, qui affirme être dans la trentaine, révèle également qu’elle a étudié aux États-Unis et en Grande-Bretagne et qu’elle vient d’une famille très réputée à Hong Kong. Se disant célibataire, « Fleur chinoise » précise en outre qu’elle gère son propre commerce et qu’elle touche un salaire mensuel à six chiffres !

Coup de pub ou véritable ange gardien des temps modernes ? La « superhéroïne » dit qu’elle cherche à attirer l’attention des médias sur la politique économique du gouvernement hongkongais qu’elle qualifie d’« injuste ». La ville connaît les inégalités sociales les plus criantes dans la région, selon le SCMP.
« Je cache mon identité parce que je ne veux pas que les gens pensent que je cours après la célébrité, affirme-t-elle au journal The Standard. Je veux pousser les gens à aider les pauvres. »

« Fleur chinoise » peut se réjouir, sa voix semble avoir été entendue jusqu’à Pékin où une autre jeune femme, au physique tout aussi séduisant et portant un costume similaire, vient d’imiter son acte… photos à l’appui ! C’était à la veille de Noël.

La "superhéroïne" de Pékin.

« Aujourd’hui, c’est mon premier jour en tant que “Fleur chinoise”, a écrit la jeune Pékinoise sur Weibo. Je suis légèrement anxieuse. J’ai déjà préparé les manteaux militaires et la nourriture pour les vieux. Un grand merci à mon ami qui m’a offert les gants. »
Tout comme son prédécesseur, elle dit souhaiter cacher sa vraie identité, mais effectue quelques modifications à son costume pour révéler certains traits de son visage, notamment ses lèvres et ses yeux.

Sur la blogosphère, « Fleur chinoise » divise les internautes. Certains ont salué son geste charitable, tandis que d’autres, exprimant des doutes sur ses vrais intentions, ont critiqué ses photos « pausées » et son look « provocateur ». Cependant, ils sont tous parvenus à la même conclusion : cette tenue n’est pas du tout faite pour être portée en hiver… pas à Pékin en tout cas ! Brrrrrrr !

 

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