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Rétrospective 2012

9 Jan

L’équipe WordPress.com a préparé quelques données sur l’activité de ce blog en 2012.

Voici un extrait :

4.329 films ont été soumis au festival de Cannes cette année. Ce blog a été vu 15 000 fois en 2012. Si chaque vue était un film, ce blog pourrait supporter 3 festivals.

Cliquez ici pour consulter le rapport dans son intégralité

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« Ils ont plus d’argent que vous et voilà ce qu’ils font… »

30 Août

Peter Brant II devant sa Ferrari garée dans sa villa des Hamptons.

Âmes sensibles, déprimées par la crise économique ou torturées par la routine, ce blog vous est particulièrement déconseillé…

« Rich Kids of Instagram » (Les jeunes riches d’Instagram), un Tumblr qui regroupe des photos de jeunes, ultrariches, ayant beaucoup de temps libre, exhibant un style de vie plus que bling-bling et totalement décomplexé. « Ils ont plus d’argent que vous et voilà ce qu’ils font… », lit-on sur la page d’accueil du site.

En déroulant les photos dénichées sur Instagram (une application qui permet aux photographes amateurs de prendre des photos depuis un téléphone portable, de les retoucher avec une série de filtres, puis de les mettre en ligne), on voit, entre autres : Peter Brant II, un adolescent « ouvertement homosexuel » issu de l’élite new-yorkaise, posant devant sa Ferrari blanche rayée de noir, dont les couleurs sont assorties avec celles de ses vêtements. La Ferrari est garée à l’intérieur de sa villa des Hamptons, une région de l’État de New York très prisée des « Rich and Famous » (voir photo ci-dessus).

Sur un autre cliché, on découvre une femme en bikini rouge sauter du haut de son yacht luxueux dans des eaux bleu azur…

(par _hollyowens)

Un blond allongé dans une baignoire, trois bouteilles de champagne dans les bras et une carte de crédit en or dans la bouche…

(par thuniss)

Un autre jeune confortablement assis sur le siège en cuir blanc de son jet privé…

(par mattinov)

Des jeunes filles débarquant à Saint-Tropez à bord d’un hélicoptère…

(par annabelschwartz)

Une kalachnikov (AK47) plaqué or…

(par tomierna)

Un crâne incrusté de cristaux Swarovski…

(par travismc2)

Etc., etc…

Combinant voyeurisme, extravagance, jeunesse et richesse, le blog est devenu un hit instantané dès son lancement, le 13 juillet dernier. Aussi bête que cela puisse paraître, l’idée du blog est venue à ses créateurs après « quelques verres de vin et… une recherche mal épelée sur Instagram ».

Sur Twitter, de nombreux internautes n’hésitent pas à exprimer leur « dégoût » de ces « jeunes arrogants » : « Voici la définition de l’obscénité », écrit @Jameswalpole dans un tweet accompagné d’une photo d’une addition d’un restaurant de Saint-Tropez d’un montant de 107 524 euros, incluant trois bouteilles de Dom Pérignon, une langouste, du caviar et du poisson. « Je viens de découvrir ce blog et j’ai envie de vomir », lâche de son côté @heathafaceee.
D’autres se montrent plutôt envieux : « Je n’aurais jamais dû rechercher Rich Kids of Instagram sur Google. Je déteste ma vie à présent », twitte @hmmonnin. D’autres encore ne cachent pas leur admiration : « J’adore les jeunes riches d’Instagram parce que je me dis que peut-être, un jour… », écrit @lauz04.

Par ailleurs, de plus en plus d’utilisateurs d’Instagram accompagnent désormais leurs photos de vacances du hashtag #RKOI (Rich Kids of Instagram) pour figurer sur le blog qui irrite. Les créateurs du site, qui tiennent à préserver leur anonymat, affirment toutefois à CNN que de nombreuses personnes dont les images ont été partagées sur le blog ont demandé à ce que leurs clichés soient retirés du Web.

Annabel Schwartz, une jeune Américaine de 19 ans issue d’une famille aisée et dont plusieurs photos d’elle ont été partagées sur RKOI, affirme se sentir « embarrassée ». Sur l’une des photos, Annabel apparaît en bikini, jubilant devant une villa à Saint-Tropez.

« Mes amis et moi ne voulons pas être associés à ce site, dit-elle à Goodmorningamerica.com. Tout cela est très embarrassant… Nous avons tous grandi dans des conditions très aisées, mais je ne veux pas me sentir embarrassée parce que j’ai les moyens de passer de bons moments à Saint-Tropez… Je suis une créatrice de mode. Je ne veux pas être jugée pour ma fortune ou mes histoires de vacances »…

 

Pour une Europe « bala visa »

1 Août

Voyager est depuis longtemps devenu un vrai casse-tête pour grand nombre de Libanais. Qu’il décide de se rendre en Europe, aux Amériques, en Asie ou en Afrique, le détenteur d’un passeport libanais doit passer par un vrai parcours du combattant rien que pour l’obtention d’un simple visa court séjour.
Pour entrer dans l’espace Schengen, par exemple, il faut : remplir le formulaire nécessaire ; renouveler son passeport ; dénicher les vieux passeports et les photocopier ; se procurer une assurance de voyage couvrant les frais médicaux et coûts de rapatriement d’un montant de 50 000 dollars américains minimum ; réserver l’hôtel ; se rendre à la banque et demander un relevé de compte, signé et cacheté, sur les trois derniers mois ; se procurer une fiche familiale d’état-civil récente ; photocopier la fiche et la faire traduire par un traducteur assermenté ; etc., etc.

Tout cela en plus des frais nécessaires pour le traitement de la demande de visa (100 dollars américains environ)…

C’est dire qu’il faut vraiment – mais vraiment – avoir envie de voyager pour avoir l’énergie et le temps d’effectuer toutes ces procédures…

Marre de cette situation, un groupe de jeunes citoyens libanais a lancé une pétition en ligne appelant les pays de l’Union européenne à « exempter les Libanais d’un visa court séjour pour entrer dans l’espace Schengen ».
« En vertu du principe de réciprocité, nous aspirons à l’application des mêmes conditions d’octroi de visas pour les ressortissants de l’espace Schengen et pour les détenteurs d’un passeport libanais, lit-on dans la pétition. Les citoyens européens n’ayant pas besoin d’un visa pour accéder au territoire libanais, nous demandons que le principe de réciprocité soit appliqué, pour permettre aux Libanais d’accéder librement à l’espace Schengen sans visa. »

Contacté pour une entrevue, Bruno, l’un des initiateurs de la pétition, affirme que l’idée est venue après avoir consulté le site doyouneedvisa.com qui classe le passeport libanais en 217e position sur une liste de 219 pays. « Selon le site, les détenteurs d’un passeport libanais peuvent se diriger vers 37 pays sans demande de visa préalable (sans visa du tout ou visa délivré à la frontière), indique le blog Bala Visa. Ceci nous place en 217e position mondiale, à égalité avec le Soudan, et juste avant la Somalie et l’Irak. »
« Par contre, toujours selon doyouneedvisa.com, les frontières libanaises sont ouvertes à… 107 nationalités, sans formalités de visa requis avant le départ… »

« Avec cette pétition, nous voulons améliorer l’image du Liban et combattre les stéréotypes qui présentent les Libanais comme étant tous des terroristes », explique Bruno, qui préfère ne pas donner son nom de famille afin de ne pas « personnaliser » l’initiative. « Nous sommes un groupe de jeunes entre 30 et 40 ans, notre mouvement est un mouvement citoyen, indépendant et apolitique », tient à préciser le jeune homme qui travaille en tant que traducteur et interprète.

Une fois le nombre de signatures requis recueilli, la pétition sera présentée à toutes les ambassades et consulats européens au Liban, ainsi qu’à la délégation de l’UE à Beyrouth.
« C’est une démarche qui devait, à la base, être prise par le gouvernement libanais, explique Bruno, mais nous nous voyons obligés de le faire nous-mêmes, en tant que citoyens engagés. »

Qu’en est-il des craintes européennes concernant l’immigration clandestine ou le terrorisme ? « Elles sont tout à fait légitimes, répond Bruno, mais il est inacceptable de mettre tout le monde dans le même sac. C’est du racisme de taxer toute une population de terrorisme. Comme s’ils n’y avaient pas de terroristes ou de criminels en Italie ou en Pologne ! »

Partageant la même exaspération, le blogueur Élie Farès publie un billet critiquant les restrictions de visas imposées aux détenteurs de passeports libanais, citant un rapport datant de 2010 du groupe suisse Henley & Partners qui classe le pays du Cèdre en 97e position sur une liste de 110 pays. « Je ne peux m’empêcher de me demander si ce n’est à cause de notre ministre des Affaires étrangères qui fait un mauvais boulot, écrit Elie sur son blog “A Separate State of Mind”. Vous avez sûrement entendu le ministre refuser d’exécuter la demande du président Michel Sleiman de soumettre une lettre de protestation à la Syrie pour ses violations du territoire libanais… Avec une personne pareille, en charge des relations extérieures, à quoi devrait-on s’attendre ? »

Les SMS de Hillary et le regard des Kim

11 Avr

Hillary Clinton et Kim Jong-Il.

Hillary Clinton est assise seule sur un siège à bord d’un avion militaire. Arborant de grosses lunettes de soleil noires et un visage des plus sérieux, la secrétaire d’État rédige un SMS d’une seule main, à l’aide de son BlackBerry. Que peut-elle bien écrire ? À qui s’adresse-t-elle? Pourquoi cet air de « dur à cuire » ? Deux Américains ont laissé libre cours à leur imagination, postant une série de scénarios possibles sur un compte Tumblr intitulé « Texts from Hillary ». « L’une des meilleures parodies politiques de 2012 », selon Yahoo News et Politico.

On y retrouve ainsi l’ex-Première dame des États-Unis correspondre avec des personnalités de tous les milieux, de Hollywood à la Maison-Blanche : au candidat républicain à la présidence, Mitt Romney, qui lui demande si elle a un conseil à lui offrir, elle ne trouve qu’un seul mot à lui dire : « Drink! » (« Bois de l’alcool ») ; à la superstar Lady Gaga qui lui envoie des « bisous » d’une « femme influente à une autre », Clinton se montre très peu impressionnée avec son « qui est-ce ? » ; à Mark Zuckerberg qui lui demande de l’ajouter comme « ami » sur Facebook, elle lui flanque un « reject » instantané ; et à Barack Obama, qui lui demande « tu fais quoi là, Hil’ ? », elle répond d’un sec « je dirige le monde »… Comme si ça ne se voyait pas !

« Texts from Hillary » est né un mercredi soir « bien arrosé » à Washington. Stacy Lambe et Adam Smith, deux experts en communications, ont imaginé ces scénarios après être tombés sur deux photos de Clinton à bord d’un avion militaire (l’une du photographe Kevin Lamarque de Reuters et l’autre de Diana Walker, photographe pour le Times). « Nous avons rapidement décidé qu’il fallait en faire une parodie marrante, a dit Stacy Lambe au site Yahoo News. Le blog est censé complimenter Hillary. J’espère que tout le monde le comprendra de cette manière. »

En tout cas, Hillary, elle, semble l’avoir bien compris. La Secrétaire d’Etat a reçu les deux fondateurs du blog hier et leur a affirmé qu’elle « adore » l’idée. Elle leur aurait même offert un autographe…

Hillary posant avec Stacey et Adam.

Ce n’est pas la première fois qu’un blog parodique est consacré à une personnalité politique bien connue. Fin 2011, un site dédié à l’ancien dirigeant nord-coréen feu Kim Jong-il avait également fait fureur sur le Net. Le site en question diffusait régulièrement des photos du « Cher leader » livré à son « occupation » favorite (ou du moins celle qui a été la plus médiatisée par les agences de presse nord-coréennes), à savoir : « Regarder des choses »… Des choses comme des pots en céramique, des enfants, un buffet, des soldats, une machine, des patates, ou encore des souliers ou tout simplement le plafond…

Dans un pays fermé aux journalistes et aux étrangers, l’agence KCNA diffusait souvent des photos officielles de Kim Jong-il destinées à faire taire les rumeurs le donnant pour malade ou agonisant. Après l’annonce de sa mort, le 17 décembre dernier, c’est au tour de son fils – qui lui a succédé – de se faire photographier imitant les activités de son père. Kim Jong-un se met donc lui aussi à « regarder des choses », question de renforcer son image de « leader ». Des choses pas très différentes de celles qui occupaient son papa : un gros paquet de fromage, un masque à gaz, une baignoire, une carte géante, le parterre d’une salle de gym, etc.

Kim Jong-il regardant un rayon de saucisses...

Kim Jong-un admirant une guitare...

Le blog d’un diplomate syrien à Washington… euh pardon, à Pékin

7 Mar

Ambassadeur, blogueur, grand amateur de l’art…parmi tous ces titres, Imad Moustapha préfère celui de blogueur. C’est ce qu’il a souvent répété aux médias américains, pendant les neuf dernières années durant lesquelles il a servi comme ambassadeur syrien à Washington. Ironique comme déclaration pour le représentant de l’un des pays les plus redoutables en matière de censure sur le Net. Depuis le début des révoltes en Tunisie et en Égypte, des dizaines de blogueurs syriens ont été jetés en prison pour avoir appelé à plus de démocratie dans leur pays. Certains, comme Tal al-Malouhi, la plus jeune blogueuse détenue à ce jour dans le monde, y sont toujours. Cette étudiante de 20 ans a été condamnée à 5 ans de prison pour « divulgation d’information à un État étranger », en l’occurrence les États-Unis.

Mais Imad Moustapha n’a rien à craindre. Son blog, il l’anime en postant des billets, personnels certes, mais loin d’être compromettants. Dans un anglais irréprochable, il y relate ses impressions sur l’art et la littérature. Il y décrit ses voyages familiaux, ses rencontres officielles ou encore les fêtes d’anniversaire de ses enfants (photos à l’appui).

Imad Moustapha et son épouse avec les Obama.

 Blogueur régulier, publiant en moyenne un billet tous les huit à dix jours, Imad Moustapha aurait bien pu se passer de la crise qui secoue son pays depuis près d’un an. Cette crise qui l’a visiblement contraint à délaisser l’écriture au profit d’autres activités (pas très diplomatiques à en croire le département d’État américain). En juillet 2011, il avait été convoqué par un haut responsable de l’administration américaine qui lui a fait part de « l’inquiétude » des États-Unis après avoir « appris que des membres de l’ambassade syrienne avaient filmé et photographié des personnes dans des manifestations pacifiques aux États-Unis ».

Imad Moustapha disparaîtra donc de la blogosphère pendant onze long mois, de mars 2011 à février 2012. Le 31 août, il laisse une simple note (rédigée en anglais et en arabe) à l’intention de ses « amis », leur précisant qu’il ne possède aucun compte sur Facebook et qu’il ne compte pas en créer un de sitôt.

Son dernier billet avant le « black-out » de onze mois date du 25 mars 2011, c’est-à-dire 10 jours après le début de la révolte en Syrie. Ce billet, Imad Moustapha le dédie aux familles des « martyrs de Deraa »… Pour alléger leur « peine », il leur conseille de lire Dostoïevski ou bien d’écouter Mahler et Chostakovitch. C’est ce que lui-même fait depuis l’âge de 20 ans, lorsqu’il se sent « humilié » ou « insulté », écrit-il. Il cite al-Kindi, le philosophe arabe du IXe siècle, qui aurait dit que « la stabilité n’existe que dans le monde intellectuel ». « Il n’y a que les faibles d’esprit qui ne parviennent pas à surmonter leur peine », insiste Imad Moustapha.

 

Capture d'écran du blog du diplomate syrien.

Son come-back virtuel, il le fait le 8 février, pour annoncer qu’il a déménagé en Chine. Deux jours plus tôt, les États-Unis avaient annoncé avoir fermé leur ambassade à Damas et évacué leurs derniers fonctionnaires présents en Syrie.
À Pékin, Imad Moustapha redevient le blogueur régulier qu’il était au bon vieux temps prérévolutionnaire. Le 16 février, alors qu’à Damas, les forces gouvernementales arrêtaient le journaliste Mazen Darwich et la blogueuse Razan Ghazzawi, le diplomatie décrit sur son blog une semaine « surréelle » : « Mes rencontres avec les responsables chinois sont amicaux et encourageants ! ! Quel soulagement après avoir passé neuf ans à échanger des “coups” avec les responsables américains, écrit-il. Contrairement aux villes américaines, Pékin n’est pas une ville sans âme. »

Huit jours plus tard, le 24 février, il raconte qu’il s’est lancé dans l’apprentissage de la langue et la calligraphie chinoises. « La Chine, superpuissance émergente et fidèle alliée de la Syrie, était un mystère pour moi. Je suis convaincu que l’on ne peut réellement apprécier ce pays si on ne connaît pas sa langue, écrit Imad Moustapha. C’est pour cela que j’ai décidé d’apprendre le mandarin, en dépit des défis qui s’imposent. »
Pendant ce temps, à Homs, les habitants de Baba Amr affrontaient un défi de tout autre nature. Le quartier était soumis à un pilonnage systématique de l’artillerie pour le 21e jour consécutif. Plus de 70 personnes sont mortes en Syrie ce jour-là.

Le nom d'Imad Moustapha en mandarin...

Graffiti : Samira Ibrahim vs Aliaa el-Mahdy

9 Déc

Un graffiti représentant Aliaa el-Mahdy sur un mur en face du siège du gouvernement égyptien, au Caire. Nous pouvons y lire ce qui suit :

« Samira Ibrahim, 25 ans, a été déshabillée de force et contrainte de subir un test de virginité devant des officiers et des militaires. Elle refuse toutefois de rester les bras croisés et décide de porter plainte (contre l’insitution militaire)…pas d’intérêt…pas de public…pas de médias…rien!

Aliaa el-Mahdy, 20 ans, s’est déshabillée et a posé nue de son plein gré. Le public et les médias se sont jetés sur elle. Plus de 4 millions de personnes ont vu sa photo et près de 216 articles, ainsi que de nombreuses émissions de télévision, ont parlé d’elle. »

« سميرة إبراهيم، 25 عاما، تمت تعريتها بالقوة و الكشف عن عذريتها أمام ضباط و عساكر بالجيش فأبت إلأ أن تثأر لكرامتها فأقامت دعوى قضائية..لا اهتمام..لا جمهور..لا إعلام..لا حياة لمن تنادي. علياء المهدي: 20 عاما، تعرّت و كشفت عن جسدها بمحض إرادتها فتهافت عليها الجمهور و الإعلام؛ حوالي 4 مليون مشاهد لصورتها و ما لا يقل عن 216 مقالة و العديد من البرامج التلفزيونية. »

Aliaa el-Mahdy, la blogueuse qui fait sa révolution nue

16 Nov

Si Aliaa Magda el-Mahdy n’était pas égyptienne – ou arabe –, son blog serait très probablement passé inaperçu. Créé fin octobre, le blog en question ne contient que quelques photos de nus, un petit texte… et c’est tout. Rien de révolutionnaire, quoi !

Et pourtant, le blog de Aliaa – « Le journal d’une rebelle » – enflamme la Toile. La femme nue sur la première photo du blog, c’est bien elle. La deuxième est celle d’un de ses amis qu’elle n’identifie pas. Entre les deux, elle écrit ces mots : « Condamnez les modèles qui posaient nus à la faculté des beaux-arts du Caire au début des années 1970, censurez les livres artistiques, détruisez les statues archéologiques… Déshabillez-vous ensuite et regardez-vous dans un miroir; brûlez ces corps que vous détestez tant et débarrassez-vous de vos complexes sexuels avant de m’insulter et m’empêcher de m’exprimer librement. »
Des mots qui, dans un pays comme l’Égypte, ne peuvent que faire l’effet d’une bombe.

À l’approche des premières élections législatives post-Moubarak, la tension entre libéraux et islamistes égyptiens ne fait que monter. Ainsi, des partis radicaux, comme celui d’al-Nour (salafiste), multiplient les coups d’éclat pour affirmer leur présence et imposer leur loi. Ils ont déjà recouvert d’une burqa les sirènes qui ornent la fontaine de Jupiter au centre d’Alexandrie, et remplacent, à présent, les photos de leurs candidates sur les affiches électorales par des images de fleurs, ou bien par le portrait de leur… époux. À leurs yeux, l’expression de la nudité dans toutes ses formes, y compris artistique, est intolérable.

Le portrait d'une candidate d'al-Nour, remplacé par celui de son mari.

C’est précisément cette mentalité « régressive » que Aliaa, étudiante en sciences politiques à l’Université américaine du Caire, veut dénoncer à travers son blog-choc. Sur Facebook, elle se considère comme « l’écho des cris contre une société de violence, de racisme, de sexisme, de harcèlement sexuel et d’hypocrisie ». Sur Twitter, elle se présente comme une femme « athée, libérale, végétarienne et individualiste ». Des révolutions à tous les niveaux !
« J’ai le droit de vivre en toute liberté où je veux, écrit-elle. Je me sens heureuse et accomplie quand je sens que je suis totalement libre. »

Une des photos publiées sur le blog de Aliaa.

Il est aussi apparu que la jeune femme est également à l’origine de la page Facebook appelant les hommes à se voiler en guise de solidarité avec les femmes (voir le clic du 9 novembre).

Mais dix mois après avoir réussi à surmonter le tabou politique que représentait Hosni Moubarak, la société égyptienne est-elle prête à briser le reste de ses tabous ? Cette affaire divise les internautes :
« Je pense qu’elle est vraiment courageuse, écrit @abraralshammari. La nudité est naturelle et elle envoie un message : oubliez ces vieilles notions que la nudité est honteuse. »
« C’est un manque de pudeur et un manque de compréhension de ce qu’est la liberté, rétorque @Elna7as_Pasha. Si elle sortait comme ça dans la rue, je considérerais qu’elle empiète sur mes propres libertés. »
« Je ne le ferais pas et je pense qu’il y a d’autres moyens d’exprimer sa liberté, relativise @SandraYacoub. Cela dit, c’est son corps. Qui sommes-nous pour juger ? »

« C’est sûr que beaucoup de gens, à commencer par les islamistes, vont chercher à décrédibiliser tous les libéraux qui soutiennent Aliaa el-Mahdy en les présentant comme des débauchés et des prostituées », déplore de son côté Shahinaz Abdel Salam, blogueuse alexandrine, présentée par Le Figaro comme une militante très engagée pour les droits des femmes et auteur de Égypte, les débuts de la liberté. « À titre personnel, je respecte totalement sa démarche et je ne vois pas ça comme une provocation, mais il faut reconnaître que c’est très choquant pour l’immense majorité des Égyptiens. »

Aliaa et Karim, son petit ami.

Interrogé par le site CyberDissidents.org, Karim Amer, le petit ami de Aliaa, affirme que la jeune féministe de 20 ans « a déjà reçu des menaces ». « On ne sait toujours pas quelles seront les répercussions de cette affaire (…), dit-il, mais je ferai tout mon possible pour résoudre tous les problèmes de manière pacifique. » « Je resterai aux côtés de Aliaa quoi qu’il arrive. Je suis très fier d’elle, je suis très fier de son courage… Je crois que je ne pourrais jamais être aussi courageux », ajoute-t-il. Karim, qui est lui aussi blogueur, avait été condamné à quatre ans de prison, en 2007, pour avoir « porté atteinte à l’islam ».

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