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Le président et les femmes

14 Fév
Une caricature de Taylor Jones

Une caricature de Taylor Jones

Il aurait pu l’appeler « Bachar et les femmes », mais le scénariste Fouad Hamira, à l’origine de la première série produite par l’opposition syrienne, a choisi de garder un léger flou sur l’identité de son personnage principal, un « dictateur influencé dans sa vie par les femmes ». Le président et les femmes, toujours en cours de production, « traitera sur un ton humoristique les différents rôles que jouent les femmes dans la vie des dictateurs et sera inspiré de faits réels sans toutefois prétendre documenter la réalité », explique le scénariste dans une entrevue accordée au site d’information Zaman al-Wassel.

Bien que discrètes, les femmes du clan Assad exerceraient une grande influence sur les décisions politiques de la famille, selon plusieurs rapports de presse. Veuve de Hafez et mère de Bachar, Anissé Makhlouf aurait joué pendant très longtemps le rôle d’arbitre familial. Selon The Economist, qui cite des sources proches du pouvoir, elle aurait encouragé le durcissement de la répression contre les manifestants antirégime au début de la révolte en 2011. Quand la crise s’aggravait, elle était restée parmi les rares personnes que Bachar consultait. Depuis janvier 2013, elle vit avec sa fille Bouchra et ses petits-enfants à Dubaï. « Les décisions sont prises collégialement dans le premier cercle familial (…). Mais c’est Anissé qui a le dernier mot », explique Waël al-Hafez, un opposant syrien cité par le blog « Les Martiennes ».

Bouchra el-Assad, fille unique de la famille régnante, est considérée comme l’un des faucons du régime. Née en 1960, elle était mariée à Assef Chawkat, l’un des principaux responsables de la sécurité dans le pays, tué dans un attentat en juillet 2012. Pharmacienne de formation, elle exerçait une grande influence sur les décisions politiques de son frère et avait une réputation redoutable à Damas.
Cité par France 24, Mohammad Daoud, ex-diplomate syrien, affirme que Bouchra entretenait des relations tendues avec la femme de Bachar el-Assad, Asma. « Bouchra a longtemps empêché Asma d’utiliser le titre de Première dame, au nom du respect dû à sa mère, Anissé. »

Ancienne cadre dans des banques internationales à Londres, Asma el-Assad, mère de trois enfants, était quant à elle la chouchou des médias occidentaux avant le début de la révolte en Syrie en mars 2011. Mais cette femme élégante, apparue rarement depuis en public, est désormais critiquée pour son silence face à la répression par les détracteurs du régime et adulée par ses partisans.

Dans la série, Fouad Hamira indique qu’il a voulu montrer une image « plus intime du dictateur », « une image de monstre et d’enfant gâté dont les désirs doivent être exécutés ».

La série, dont le tournage a commencé jeudi dernier, sera composée d’épisodes de cinq minutes chacune. Une fois la production terminée, elle sera diffusée sur YouTube.
Sans surprise, le casting est formé d’acteurs « dissidents », connus sur la scène artistique syrienne. Certains parmi eux, dont May Skaff, ont été emprisonnés dans les geôles du régime pour leurs opinions politiques.
Le scénariste Fouad Hamira, un alaouite originaire de Lattaquié, a lui aussi connu la prison en Syrie en raison de son opposition au clan Assad. En septembre dernier, il avait lancé un appel à la communauté alaouite sur Facebook, l’exhortant à « se rebeller » contre le régime. « Rebellez-vous pour protéger vos enfants qui combattent en faveur d’une personne qui ne mérite que la haine et le mépris de notre part », avait-il écrit deux mois après sa libération de prison à Damas.

 

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Poisson(s) d’avril anti-Assad

3 Avr

logo syrio

Distinguer le vrai du faux en Syrie est de plus en plus compliqué. Avec les restrictions imposées à la presse internationale par les autorités syriennes depuis le début du conflit, il y a deux ans, propagande et désinformation sont devenues des « armes » abondamment utilisées aussi bien par l’opposition que par le régime. Un phénomène désormais massif grâce, notamment, aux réseaux sociaux.
Un groupe d’opposants syriens baptisé « Syrian Revolution Intelligent Operations », ou « Syrio », s’est récemment montré particulièrement actif en la matière. Sa mission : « Débusquer les mensonges des médias officiels du régime syrien (…) afin de dénoncer l’ampleur de la propagande pro-Assad et de convaincre les Syriens “indécis” de rejoindre la rébellion. »

Pour atteindre son objectif, le groupe s’appuie sur une arme redoutable : l’imagination. Depuis août 2012, « Syrio » a diffusé près d’une dizaine de fausses informations, photos fabriquées à l’appui, pour alimenter la machine à propagande syrienne avant de la démasquer sur leur page Facebook.

Pour avoir une meilleure idée de leur mode de fonctionnement, voici deux de leurs canulars les plus élaborés :

Assad, un robot-humanoïde télécommandé

En février dernier, « Syrio » a envoyé aux principaux organes médiatiques du régime (médias traditionnels et pages Facebook) un article fictif affirmant qu’un riche homme d’affaires arabe non identifié a passé commande d’un robot-humanoïde ayant l’apparence du président syrien Bachar el-Assad. Contrôlé depuis un ordinateur, le robot recouvert de silicone est capable d’imiter tous les mouvements humains, selon l’article rédigé en arabe et accompagné de plusieurs photos.
« C’est une tentative de défigurer la réalité », dénonce un député koweïtien fictif cité dans le texte, tout en disant s’attendre à ce que des pays arabes utilisent ce robot pour le présenter comme étant le vrai président syrien. L’article précise enfin que « le Qatar a nié tout lien avec ce projet ».
C’est le 1er avril que « Syrio » a révélé le canular, en diffusant une vidéo dans laquelle les opposants dénoncent les médias prorégime qui ont repris sans la vérifier leur information inventée de toutes pièces. Selon le groupe d’opposants, des milliers de journaux, chaînes de télévision, sites Internet et pages Facebook sont tombés dans le piège.

« La chute fracassante »

En juillet, « Syrio » a diffusé un autre article fictif dans lequel les opposants affirment que « les services de renseignements chinois ont dévoilé un plan saoudo-qatari visant à reproduire plusieurs villes et places publiques syriennes dans un studio de cinéma gigantesque à Hollywood où sera filmée la chute fracassante de Bachar el-Assad ». Un plan dont le coût est estimé à « 36 milliards de dollars américains seulement », peut-on lire dans la fausse information, qui s’est très rapidement répandue sur les réseaux sociaux et a même été reprise par la télévision officielle syrienne.
Les opposants eux-mêmes ont avoué avoir été surpris par le succès de ce canular, étant donné qu’ils avaient laissé plusieurs indices qui auraient dû mettre la puce à l’oreille des lecteurs, comme le nom de la personne en charge de ce plan, prononcé « Assad is Duck Really » (Assad est réellement un canard, NDLR).

La menace des chabbiha : « Ton beau visage, nous le brûlerons avec de l’acide »

25 Fév

La jeune Hadeel avant et après son agression...

Hadeel Kouky, une jeune chrétienne syrienne originaire de Hassaké, vit en exil depuis plus de trois mois. A peine âgée de 20 ans, elle est l’une des rares opposantes chrétiennes à s’exprimer ouvertement contre le régime de Bachar el-Assad. Avant son départ de Syrie, Hadeel a été arrêtée à trois reprises (en l’espace de 9 mois) par les Services de Renseignements syriens, à Alep, pour avoir exprimé son soutien à la révolte anti-Assad sur sa page Facebook. Elle a été battue, torturée, humiliée… « Je ressens encore les stigmates jusqu’à aujourd’hui », assurait-elle dans un billet publié quelques semaines après sa libération.

Mais rien ne semble empêcher Hadeel de poursuivre sa quête pour la démocratie en Syrie. Depuis l’Egypte, où elle est installée, la jeune fille au visage angélique continue de s’exprimer sans peur contre le régime d’Assad via Internet. Mais elle qui pensait avoir trouvé refuge dans un pays post-dictatorial ne s’attendait pas à revivre l’horreur qui l’a obligé de fuir sa terre natale.

Mercredi dernier, un groupe de trois chabbiha ont fait irruption dans son appartement et l’ont tabassé, selon Ahed al-Hindi de Ciberdissidents.org qui affirme avoir été contacté par la jeune femme immédiatement après l’incident. « Elle était paniquée et en sanglots, elle ne savait pas quoi faire », écrit le jeune militant pour les droits de l’Homme.

« Il m’ont battu en me traitant de traître!, a-t-elle indiqué. Puis, l’un d’eux a pris le drapeau de la révolution syrienne accroché sur le mur de ma chambre et l’a piétiné en m’insultant ». Selon la jeune opposante, deux de ses agresseurs avaient un accent égyptien alors que le troisième était Syrien.

Vingt minutes avant l’attaque, Hadeel a affirmé à Ahed avoir reçu une lettre placée sous la porte de son appartement. C’était une lettre de menace : « Nous allons te discipliner comme on discipline les chiens, espèce de traître. Même si tu vas te cacher sur Mars, les chabbiha d’Assad te retrouveront. Nous savons tout de tes activités et nous avons même eu le feu vert de ta famille qui t’a renié. Ton beau visage, nous le brûlerons avec de l’acide ».

Hadeel portant le drapeau de la révolution syrienne au Caire. (Photo tirée de sa page Facebook)

Au lendemain de l’agression, la jeune fille publie une photo d’elle montrant les traces des coups sur son visage et sur son bras. Elle écrit : « Je sens que je perds mon âme. (…) Je sens que j’ai vieilli de quarante ans en un seul jour tellement la peine et la douleur m’ont affaibli. J’écris ces mots pour me défouler, ni plus ni moins… J’ai été tellement torturée la dernière fois que j’ai été arrêtée que j’en suis malade. On m’a privé de l’université, de mes amis, de ma famille. Tous mes proches me boycottent malheureusement parce qu’ils soutiennent ce régime assassin. J’ai fui la Syrie de manière très douloureuse, sans mes parents ni mes petits frères… Mon cœur se déchire tellement j’ai de la peine… Beaucoup de mes amis ont été tués à Idleb et dans la banlieue d’Alep. Leur visage et leur voix sont gravés dans ma mémoire… Je pense à eux toutes les nuits dans ma chambre froide. Je pleure… Je me sens si seule…

Je vis dans un quartier au Caire où beaucoup d’employés de l’ambassade syrienne résident. Une semaine avant mon agression, j’ai vu un groupe de cinq Egyptiens discuter devant l’immeuble. Je ne comprenais pas ce qu’ils disaient, mais j’ai entendu mon nom. Ils se demandaient si je suis originaire de Deraa ou bien de Homs. J’ai eu très peur ce jour-là, j’ai prévenu la police égyptienne qui m’a promis de s’en occuper. Je n’ai pas fermé l’œil cette nuit-là… Je ne sais plus quoi faire, ni quoi dire… »

« La vie de Hadeel est en grand danger, assure Ahed el-Hindi. Les voyous d’Assad ont la capacité de lui faire du mal, même en Egypte. » Selon lui, la jeune femme représente une menace pour le régime : « Etant une opposante chrétienne, elle est la preuve vivante que le conflit en Syrie n’est pas un conflit entre groupes islamistes et régime laïc comme l’affirme Bachar el-Assad. Assad fait de son possible pour faire taire toutes les voix chrétiennes qui s’opposent à lui ».

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