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Le monde en 2011, tel qu’il a été twitté

28 Déc

Plus de 100 millions de personnes à travers le monde se connectent sur Twitter tous les jours pour partager des liens, publier des photos et discuter de choses sérieuses ou (beaucoup) moins sérieuses…
En 2011, avec le déclenchement du printemps arabe, le réseau social connaît un succès sans précédent et la langue arabe y enregistre une « croissance exceptionnelle » avec plus de deux millions de tweets postés quotidiennement en octobre 2011, par rapport à 30 000 en juillet 2010.
Cette année – et comme chaque année – Twitter établit une liste des « tweets » les plus « marquants ». Vingt-quatre « histoires » ont été retenues. En voici cinq :

Waël Ghonim, icône de la révolution égyptienne

À 30 ans, le jeune cybermilitant est devenu un symbole du mouvement anti-Moubarak pour avoir organisé des manifestations contre le régime, le 25 janvier sur la place Tahrir. Il a été enfermé les yeux bandés pendant 12 jours. Une fois libéré, @Ghonim affirme dans un entretien chargé d’émotion : « Je ne suis pas un héros (…) Ceci est la révolution des jeunes de l’Internet, qui est devenue la révolution des jeunes d’Égypte, puis la révolution de l’Égypte entière. » Le 11 février, date marquant la fin du règne de Hosni Moubarak, au pouvoir depuis 1981, il écrit trois mots pour célébrer l’événement : « Welcome back Egypt #Jan25. »

« Des gens armés dans le jardin de notre maison »

L’usage de Twitter a connu un tournant remarquable avec le déclenchement de la révolte en Tunisie, dès les premiers jours de 2011. « Il y avait des tweets donnant les emplacements des tireurs d’élite, d’autres demandant des donations de sang, et encore d’autres organisant les manifestations. Au moins une personne, @BulletSkan, pense avoir été sauvé par le réseau social », écrit le National Post. Ce Tunisien de 16 ans participait aux veilles organisées dans son quartier de Wadiyé, à Tunis, lorsque des hommes armés se sont introduits chez lui. C’était le 16 janvier, deux jours après la chute de Ben Ali. « J’ai fait le tour pour monter et appeler les soldats de l’armée, mais ils étaient injoignables, raconte Skander ben Hamda au Nouvel Observateur. J’ai alors lancé un tweet désespéré en donnant mon adresse. Cinq minutes plus tard, l’armée, la police et d’autres personnes ont débarqué chez mois pour arrêter ces gens ». « Twitter m’a sauvé la vie », assure-t-il.

Il twitte la mort de Ben Laden… sans le savoir

Sohaib Athar (@ReallyVirtual), un Pakistanais d’Abbotabad, a rapporté presque minute par minute sur Twitter l’opération militaire américaine qui a abouti à la mort d’Oussama Ben Laden, le chef d’el-Qaëda. C’était le 1er mai, vers une heure du matin. Sohaib n’arrive pas à dormir. « Des hélicoptères tournent au-dessus d’Abottabad (c’est rare) », écrit-il. Il poursuit en plaisantant : « Allez vous-en hélicoptères, avant que je ne sorte ma tapette géante. » Quelques minutes plus tard, un nouveau tweet : « Une grosse explosion fait trembler les vitres, j’espère que ce n’est pas le début de quelque chose de grave. »

Le monde solidaire du Japon

Un tremblement de terre dévastateur, suivi d’un tsunami, a frappé le Japon le 11 mars dernier, attirant une attention planétaire. Sur Twitter, la catastrophe a eu un effet incroyable, générant plus de 5 000 tweets par seconde. Pour illustrer ce phénomène, le réseau social a mis en ligne une vidéo fascinantes modélisant les flux d’informations enregistrés avant et durant l’heure qui a suivi la secousse (de 8,9 sur l’échelle Richter). Selon Twitter, les messages en provenance du Japon ont connu une hausse de 500 %, les internautes cherchant à prendre des nouvelles de leurs proches.

Les premières images du Japon après le séisme du 11 mars ont été diffusées via Twitter grâce aux personnes qui étaient sur place.

Un présentateur sauve la vie de deux personnes en Turquie

Quelques minutes après le tremblement de terre de magnitude 7,2 à Van, le 23 octobre, le présentateur de journal télévisé Okan Bayulgen (@Bozucuk) utilise Twitter pour envoyer des informations d’urgence. Un de ses abonnés lui envoie l’adresse de personnes toujours coincées sous les débris d’un immeuble. Okan passe alors le message aux secouristes qui se sont immédiatement rendus à l’adresse indiquée. Deux heures plus tard, ils parviennent à sauver deux personnes sous les décombres.

Sur un plan plus décalé, la liste établie par Twitter comprend également l’histoire de Peter Shankman qui a été accueilli à l’aéroport de Newark par le serveur de son restaurant préféré, vêtu d’un smoking, avec un plat de bifteck, des crevettes, des légumes, du pain, deux serviettes et des couverts en argent. Il y a aussi celle de Daniel Morales, qui a retrouvé sa fille après 11 ans, celle d’Aaron Durand, qui a sauvé la librairie de sa maman avec un tweet ou encore celle de pêcheurs japonais qui vendent leurs prises avant que leurs barques n’atteignent le port. Des histoires incroyables que vous pouvez lire sur ce site.

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Occuper Wall Street, « Tahrir Style »

7 Sep

La fièvre des contestations populaires qui s’est emparée du monde arabe atteindra-t-elle les États-Unis ? Inspirés par les révolutionnaires égyptiens et les « indignés » espagnols, des groupes d’Américains s’apprêtent à lancer, le 17 septembre, leur propre mouvement de contestation sociale. Leur but est de rassembler plus de 20 000 personnes sur la place de Wall Street et y camper « pendant plusieurs mois » pour manifester contre la « corruption » et la « mainmise des grandes entreprises financières » sur l’establishment américain.

« Le succès de Tahrir relève en grande partie de la persistance du peuple égyptien qui a répété incessamment une demande claire et précise : Moubarak doit partir ! Quelle est notre demande à nous ? demande le site du magazine anticapitaliste AdBusters, qui a été à l’origine de l’initiative “Occupy Wall Street”. (…) Le système américain est loin d’être démocratique. Le temps est venu d’agir contre la source de la corruption : “Wall Street, le Gomorrhe des États-Unis”. Nous appelons donc Barack Obama à créer une commission présidentielle chargée de freiner l’influence de l’argent sur nos élus à Washington. » « Cette revendication, toujours selon AdBusters, est celle qui rassemble le plus d’Américains, qu’ils soient de droite ou de gauche. Si nous parvenons à résister pendant plusieurs semaines face à la police qui tentera de nous évacuer de Wall Street, il sera impossible pour Obama de nous ignorer. Notre gouvernement sera obligé de choisir publiquement entre la volonté du peuple et l’argent des entreprises. »

Mais ceci n’est que le début, promet AdBusters : « Une nouvelle dynamique sociale est en train de se mettre en place. Le peuple peut obtenir tout ce qu’il désire, comme, par exemple, le démantèlement de la moitié des milliers de bases militaires que possèdent les États-Unis à travers le monde. (…) En faisant du 17 septembre un succès, nous participons à la fondation de la nouvelle Amérique ».

L’appel d’AdBusters, lancé en juillet, n’a commencé à faire des échos sur Internet qu’une fois le réseau international de hackers « Anonymous » rejoint le mouvement, un mois plus tard. À Madrid, Paris, Milan, Londres, San Fransisco, Los Angeles, Toronto, Sydney, Vienne, Francfort, Bruxelles et Tokyo, des initiatives similaires ont été annoncées pour la même date.

Sur les réseaux sociaux, le mouvement anti-Wall Street grandit. Une dizaine d’affiches appelant à l’occupation de l’emblématique quartier financier de Manhattan circulent désormais sur Twitter et Facebook. Un site récoltant des donations pour l’approvisionnement en nourriture et en eau a également été mis en ligne. Certains internautes comparent déjà ce mouvement à celui pour les droits civiques des années 60, d’autres font le parallèle avec la révolution égyptienne. « La disparité entre riches et pauvres est pratiquement la même en Égypte et aux États-Unis. En Égypte, sur 80 millions d’habitants, une élite de 100 personnes contrôle 90 % des richesses. Chez nous, sur les 310 millions d’habitants, ils sont 400 à contrôler 99 % de notre fortune », écrit NYC Labrets sur la page officielle du mouvement « Occupy Wall Street » sur Facebook.

Conscients du poids des médias dans le « printemps arabe », les militants américains s’organisent également pour documenter leur « révolution ». @DustinSlaughter, un réalisateur américain, conseille aux manifestants de fixer leur caméra sur les policiers afin de limiter les dérapages sécuritaires. « Les forces de sécurité seront moins enclines à réprimer le mouvement dans la violence en présence de caméras, assure-t-il sur son compte Twitter. C’est pour cela qu’il faut garder nos objectifs fixés sur les policiers. C’est un test pour le gouvernement, la situation peut dégénérer à tout moment. »

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