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La guerre syrienne comme dans un jeu vidéo

29 Mar

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On aurait pu croire à des scènes tirées d’un jeu vidéo de guerre très haute définition, mais non. Ces images, prises à bord d’un char de l’armée syrienne, sont l’œuvre d’une agence en ligne russe qui se fait appeler « ANNA News » ou « Abkhazian Network News Agency ».

Bien qu’elles ne contiennent pas de scènes de morts ou de corps mutilés, ces vidéos, prises à l’aide d’une caméra GoPro placée sur le toit de véhicules de l’armée syrienne, sont à glacer le sang : on y voit des chars syriens avancer dans des zones autrefois habitées, mais qui sont aujourd’hui complètement dévastées par la guerre ; des tirs rebelles viennent interrompre l’avancée des véhicules, les soldats syriens répondent en détruisant l’immeuble d’où proviennent les tirs… « Surprise ! » commente le « reporter » en russe (sur YouTube, la plupart des reportages de l’agence abkhaze sont diffusés en russe, mais sous-titrés en anglais et en allemand).

 

Sur une autre vidéo, on voit un véhicule de l’armée syrienne, à proximité du char surmonté de la caméra, exploser suite au tir d’une roquette. L’effet, digne d’un film d’action hollywoodien, est spectaculaire : le véhicule en feu est réduit en un tas de cendres en l’espace de quelques secondes.

 

Créée par Marat Musin, qui se présente comme un professeur en économie à l’Université de Moscou, l’agence compterait une cinquantaine de « bénévoles », pour la plupart russes, en Syrie. Dans une entrevue accordée au journal The Moscow Times, Marat Musin affirme que son agence a pour « mission » de « faire front face aux nouvelles technologies de l’information utilisées par el-Qaëda et visant à présenter les rebelles au Moyen-Orient comme étant des combattants de la liberté ». Selon lui, la montée de l’islamisme en Syrie constitue une « menace » pour la Russie, « un pays riche en ressources et stratégique géographiquement ». « Si la Syrie tombe, dit-il, ce phénomène va se propager jusqu’au Caucase avant de toucher le cœur de la Russie ». « Et, personnellement, je ne voudrais pas me balader dans mon propre pays avec un fusil », ajoute-t-il.

Présente sur YouTube depuis août 2011, l’agence compte plus de 84 000 abonnés et ses vidéos ont été visionnées plus de 22 millions de fois.

Selon le fondateur de la chaîne en ligne, l’agence est financée par des hommes d’affaires russes inquiets de la montée de l’extrémisme islamiste, et non par le gouvernement russe qu’il critique d’ailleurs pour la « faiblesse » de son engagement en faveur du régime de Bachar el-Assad. « Si les Russes et les Européens n’ouvrent pas leurs yeux sur ce qui se passe en Syrie, ils devront tous subir les répercussions de cette guerre », prévient-il.

Pour les Syriens, il y a une expression bien précise pour désigner les « bénévoles » de l’agence, selon les dires de Marat Musin : « Ils sont fous ces Russes ! »

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Maman en syrien

21 Mar

Le Programme alimentaire mondial de l’ONU a publié vendredi, à l’occasion de la fête des mères, une vidéo très émouvante dans laquelle des enfants réfugiés syriens expliquent ce que représente pour eux le mot « maman ». « Être une mère est en soi une tâche ardue, écrit le PAM sur son site. Mais être une mère aujourd’hui en Syrie est devenu particulièrement difficile ».

Syrie : retour à l’âge de pierre

2 Oct
Photo tirée de la page facebook.com/kafar.nobol

Photo tirée de la page facebook.com/kafar.nobol

Depuis le début de la crise syrienne, il y a près de 3 ans, les habitants de Kafrnabel, dans le nord de la Syrie, se sont fait connaître par leur ingéniosité et leur sens de l’humour. Pas un seul développement touchant leur pays ne passe sans que les habitants de ce petit village rebelle n’aient leur mot à dire. Pour faire passer leur message au reste du monde, plusieurs moyens sont privilégiés : les banderoles d’abord puis les caricatures, mais aussi les films courts qu’ils diffusent sur Facebook et YouTube.

Dernière ingéniosité en date, une vidéo tragi-comique dénonçant le silence international face aux massacres commis par le régime de Bachar el-Assad contre le peuple syrien. Le clip imagine le conflit syrien dans un décor préhistorique, mettant en scène des opposants manifestant pacifiquement face aux soldats du régime et à leurs acolytes iraniens, russes et hezbollahis.
Assis sur un rocher surplombant le champ de bataille, quelques personnages – représentant la communauté internationale – assistent indifférents à la scène. Ils ne réagissent que lorsque les attaquants utilisent une bouteille de gaz toxique pour tuer les manifestants, réclamant la confiscation de la bouteille, sans toutefois interrompre les tueries.
La vidéo se termine avec un message pressant en anglais et en arabe : « La mort, c’est la mort, peu importe le moyen utilisé. Assad a tué plus de 150 000 personnes. Arrêtez-le. »

 

Sur un site dédié à Kafrnabel, Raëd Farès, un activiste originaire du village rebelle, explique que les habitants utilisent l’anglais dans la rédaction de leurs messages en raison du caractère universel de cette langue. « Il est très important de faire entendre notre voix dans le monde entier », écrit-il.

Sur Facebook, les photos de manifestants posant avec des banderoles aux divers slogans sarcastiques se multiplient à l’adresse des Occidentaux :

 

« Si votre problème avec Assad est l’usage des armes chimiques, laissez-le, parce que mourir gazés est de loin meilleur que périr sous les bombes. »

« Si votre problème avec Assad est l’usage des armes chimiques, laissez-le, parce que mourir gazés est de loin meilleur que périr sous les bombes. »

 

Ou encore :

« Kafrnabel exprime son inquiétude face à la position de la communauté internationale en faveur de l’assassin en lui permettant d’utiliser toutes les armes, sauf le chimique. »

« Kafrnabel exprime son inquiétude face à la position de la communauté internationale en faveur de l’assassin en lui permettant d’utiliser toutes les armes, sauf le chimique. »

 

Et aussi :

« Votre insouciance a engendré des extrémistes comme Assad. Maintenant, nous avons besoin d’autres extrémistes pour nous débarrasser de votre produit. »

« Votre insouciance a engendré des extrémistes comme Assad. Maintenant, nous avons besoin d’autres extrémistes pour nous débarrasser de votre produit. »

 

Le 20 septembre, au lendemain d’une entrevue accordée par Bachar el-Assad à la chaîne américaine Fox News, les habitants de Kafrnabel diffusent le message suivant :

« Chers Américains, ne laissez pas Assad vous tromper ; nous avons écouté ses mensonges dans toutes ses entrevues durant des années! »

« Chers Américains, ne laissez pas Assad vous tromper ; nous avons écouté ses mensonges dans toutes ses entrevues durant des années! »

 

Le 11 septembre, ils écrivent :

« Aujourd’hui, l’Amérique et la Syrie sont deux nations qui vivent deux tragédies : les attaques du 11-Septembre et l’anniversaire de Bachar el-Assad. »

« Aujourd’hui, l’Amérique et la Syrie sont deux nations qui vivent deux tragédies : les attaques du 11-Septembre et l’anniversaire de Bachar el-Assad. »

 

Mais s’ils critiquent les Occidentaux (pour leur silence) et le régime syrien (pour sa tyrannie), les habitants de Kafrnabel ne se montrent pas plus cléments envers l’opposition, de plus en plus déchirée et affaiblie :

« Nouveauté ! La Coalition nationale est en pleine rénovation... Bientôt, des branches pour hommes, femmes et indécis. Nous cherchons des représentants dans toutes les provinces ! »

« Nouveauté ! La Coalition nationale est en pleine rénovation… Bientôt, des branches pour hommes, femmes et indécis. Nous cherchons des représentants dans toutes les provinces ! »

 

« Les héros sont des gens qui préfèrent mourir en essayant de changer les choses, plutôt que de vivre une vie sans dignité », écrit sur son site l’activiste Raëd Farès. Selon lui, « l’humour est la arme capable de détruire Assad et son régime assassin ».

Ce n’est pas pour rien que ce petit village rebelle est surnommé la « conscience de la révolution syrienne »…

Ces voix qui disent « non » à la guerre en Syrie

28 Août

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Pétitions, appels à manifester, rouspétage en ligne… Alors que se dessinent les prémices d’une intervention militaire occidentale contre la Syrie, plusieurs internautes américains, britanniques et français se mobilisent pour exprimer leur refus de la guerre. « Dangereuse », « illégitime », « coûteuse », les « pacifistes » occidentaux ont multiplié les raisons pour expliquer leur rejet de cette intervention, qui, selon les médias américains, pourrait commencer « dès jeudi » et durera trois jours.

Aux États-Unis, une pétition contre la guerre s’adressant au président Barack Obama et aux membres du Congrès a recueilli près de 8 000 signatures en moins d’un mois. « Vous ne pouvez pas éteindre un feu en versant de l’essence à côté, écrivent les activistes dans leur lettre. Il n’existe pas de solutions militaires en Syrie (…), plus de civils seront tués. » « Il est plus facile d’envoyer des avions, des bombes et des missiles que de les retirer, surtout si un avion est abattu ou si un pilote est capturé », poursuivent-ils, tout en appelant à la tenue de la conférence internationale sur la Syrie à Genève.

Selon un sondage Reuters/Ipsos, quelque 60 % des Américains se disent hostiles à une intervention des États-Unis en Syrie même si les allégations d’attaque chimique par le régime de Damas étaient avérées. Neuf pour cent seulement des personnes interrogées dans cette étude, réalisée entre le 19 et le 23 août – soit après le raid présumé du faubourg damascène de la Ghouta survenu le 21 août au matin –, pensent que le président Obama se doit d’agir.

Les activistes hostiles à la guerre en Syrie appellent par ailleurs à une manifestation « massive » aujourd’hui à Washington, au moment où Barack Obama doit prononcer un discours à l’occasion du 50e anniversaire du célèbre « rêve » de Martin Luther King.

Même ton de l’autre côté de l’Atlantique, où des pacifistes britanniques appellent à une « manifestation d’urgence », aujourd’hui, devant le bureau du Premier ministre David Cameron à Londres. « La plupart des Britanniques ont tiré les leçons des guerres en Afghanistan, en Irak et en Libye », écrivent les activistes. « Nous devons intensifier les mouvements de protestation afin d’empêcher (notre gouvernement) de nous impliquer dans une nouvelle guerre catastrophique », ajoutent-ils.
Selon un sondage réalisé par le journal The Telegraph, 74 % des Anglais se disent contre toute intervention militaire en Syrie. « D’autres manifestations sont prévues au cours du week-end », assurent-ils encore.

En France, plusieurs internautes ont pris d’assaut Twitter pour critiquer le discours du président François Hollande qui s’est dit « prêt à punir ceux qui ont pris la décision infâme de gazer des innocents » en Syrie.

Des vidéos qui peuvent sauver des vies

15 Août

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Couvrir la guerre qui sévit en Syrie depuis plus de deux ans est devenu l’un des métiers les plus dangereux de la planète. Non seulement le journaliste est exposé aux dangers des combats, mais il risque également d’être la cible d’enlèvements politiques ou crapuleux de la part des milices prorégime ou des rebelles.
Depuis mars 2011, 24 journalistes – dont de nombreux Syriens – ont été tués sur le terrain, selon Reporters sans frontières (RSF), dont six depuis le début de l’année. Sept autres sont portés disparus, dont certains depuis de longs mois…

C’est dans ce contexte inquiétant que le Centre SKeyes pour la liberté de la presse et de la culture a lancé son Guide de survie, destiné aux reporters et aux journalistes citoyens en mission dans des zones de conflit. Le guide, présenté sous la forme de 14 courtes vidéos animées, est le premier du genre, selon l’ONG libanaise. Disponibles en anglais et en arabe, ces clips offrent des conseils pratiques pour assurer la sécurité physique, mais aussi informatique, des journalistes en zone de conflit.

« L’idée est née à partir de nos contacts avec des journalistes citoyens et des pigistes en Syrie, dont la plupart n’ont pas – ou très peu – d’expérience sur le terrain », explique à L’Orient-Le Jour Ayman Mehanna, directeur du centre SKeyes. « Beaucoup de journalistes qui se rendent en Syrie n’ont également pas le temps de suivre de longues formations ou lire de grands manuels sur la sécurité en zone de guerre, ajoute-t-il. Les vidéos produites par SKeyes viennent donc combler ce vide. »

Que faire en cas d’échange de tirs ? Comment protéger ses sources ? Comment agir en cas de tirs de gaz lacrymogènes ? Quelles sont les principales méthodes de secours à connaître? Comment protéger son ordinateur des attaques informatiques ?
Comment sécuriser sa connexion Internet ? Le Guide de survie tente de répondre à toutes ces questions.

« Ce manuel ne remplace en aucun cas les formations de sensibilisation sur la sécurité des journalistes en zones de conflit, tient toutefois à préciser M. Mehanna. Nous avons uniquement voulu offrir un format pratique et accessible dont les journalistes et activistes sur le terrain peuvent se servir. »

Pour réaliser son Guide, SKeyes a fait appel à trois ONG reconnues internationalement : la Croix-Rouge libanaise pour la sécurité physique, le Centre mondial pour le journalisme et la démocratie (GCJD) pour l’éthique journalistique et l’Institut national démocratique (NDI) pour la cybersécurité. Le projet a été financé grâce à la collaboration de la Fondation nationale pour la démocratie (NED), une ONG à but non lucratif fondée en 1983 aux États-Unis et dont l’objectif déclaré est le renforcement des institutions démocratiques à travers le monde.

La question de la cybersécurité est désormais devenue une priorité pour les journalistes à travers le monde, l’Internet étant devenu un nouveau front de guerre. « La cybersurveillance est au centre de l’actualité », affirme Ayman Mehanna, en référence à l’affaire Snowden qui a révélé l’ampleur du programme d’espionnage mis en place par les États-Unis. « De plus en plus de gouvernements ont recours à des programmes de surveillance informatique pour espionner les communications sur Internet », ajoute-t-il. « En Syrie, par exemple, les ordinateurs de tous les journalistes – détenteurs de visa ou pas – sont inspectés par la police, poursuit M. Mehanna. Le cryptage des informations est donc très important car, sans la protection des sources et des données, c’est la crédibilité de la presse qui est en danger. »

Le Guide de survie pour journalistes s’inscrit dans la nouvelle politique de SKeyes qui vise à transmettre des messages par la voie de courtes vidéos diffusées sur le Web. En 2012, le centre avait lancé « Mamnou3 ! », une série satirique décrivant la vie quotidienne au bureau de censure de la Sûreté générale libanaise. En février 2013, SKeyes et L’Orient-Le Jour, soutenus par l’ambassade du Canada, ont lancé le projet « Le poids d’une voix » qui sondait les attentes des électeurs libanais en vue des législatives peu avant leur report.

Poisson(s) d’avril anti-Assad

3 Avr

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Distinguer le vrai du faux en Syrie est de plus en plus compliqué. Avec les restrictions imposées à la presse internationale par les autorités syriennes depuis le début du conflit, il y a deux ans, propagande et désinformation sont devenues des « armes » abondamment utilisées aussi bien par l’opposition que par le régime. Un phénomène désormais massif grâce, notamment, aux réseaux sociaux.
Un groupe d’opposants syriens baptisé « Syrian Revolution Intelligent Operations », ou « Syrio », s’est récemment montré particulièrement actif en la matière. Sa mission : « Débusquer les mensonges des médias officiels du régime syrien (…) afin de dénoncer l’ampleur de la propagande pro-Assad et de convaincre les Syriens “indécis” de rejoindre la rébellion. »

Pour atteindre son objectif, le groupe s’appuie sur une arme redoutable : l’imagination. Depuis août 2012, « Syrio » a diffusé près d’une dizaine de fausses informations, photos fabriquées à l’appui, pour alimenter la machine à propagande syrienne avant de la démasquer sur leur page Facebook.

Pour avoir une meilleure idée de leur mode de fonctionnement, voici deux de leurs canulars les plus élaborés :

Assad, un robot-humanoïde télécommandé

En février dernier, « Syrio » a envoyé aux principaux organes médiatiques du régime (médias traditionnels et pages Facebook) un article fictif affirmant qu’un riche homme d’affaires arabe non identifié a passé commande d’un robot-humanoïde ayant l’apparence du président syrien Bachar el-Assad. Contrôlé depuis un ordinateur, le robot recouvert de silicone est capable d’imiter tous les mouvements humains, selon l’article rédigé en arabe et accompagné de plusieurs photos.
« C’est une tentative de défigurer la réalité », dénonce un député koweïtien fictif cité dans le texte, tout en disant s’attendre à ce que des pays arabes utilisent ce robot pour le présenter comme étant le vrai président syrien. L’article précise enfin que « le Qatar a nié tout lien avec ce projet ».
C’est le 1er avril que « Syrio » a révélé le canular, en diffusant une vidéo dans laquelle les opposants dénoncent les médias prorégime qui ont repris sans la vérifier leur information inventée de toutes pièces. Selon le groupe d’opposants, des milliers de journaux, chaînes de télévision, sites Internet et pages Facebook sont tombés dans le piège.

« La chute fracassante »

En juillet, « Syrio » a diffusé un autre article fictif dans lequel les opposants affirment que « les services de renseignements chinois ont dévoilé un plan saoudo-qatari visant à reproduire plusieurs villes et places publiques syriennes dans un studio de cinéma gigantesque à Hollywood où sera filmée la chute fracassante de Bachar el-Assad ». Un plan dont le coût est estimé à « 36 milliards de dollars américains seulement », peut-on lire dans la fausse information, qui s’est très rapidement répandue sur les réseaux sociaux et a même été reprise par la télévision officielle syrienne.
Les opposants eux-mêmes ont avoué avoir été surpris par le succès de ce canular, étant donné qu’ils avaient laissé plusieurs indices qui auraient dû mettre la puce à l’oreille des lecteurs, comme le nom de la personne en charge de ce plan, prononcé « Assad is Duck Really » (Assad est réellement un canard, NDLR).

La guerre syrienne… sur la terre comme au Web

27 Mar

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Dans les rues comme dans le cyberspace, les combats font rage entre pro et anti-Assad. L’un des acteurs principaux de ce conflit est l’Armée syrienne électronique (ASE) qui a été mise en place par le régime de Bachar el-Assad dès l’éclatement de la révolte en 2011. Qualifiée de bras cyberarmé du régime, ce bataillon de pirates informatiques avait au départ pour mission d’infiltrer et d’espionner les comptes Facebook des opposants. Aujourd’hui, deux ans après sa création, l’ASE est devenue une composante essentielle de la guerre médiatique menée par Damas.

Ces dernières semaines, cette armée électronique a concentré ses attaques sur plusieurs organisations et médias internationaux, piratant leurs comptes sur les réseaux sociaux. Dernière victime en date : trois comptes Twitter de la chaîne de télévision britannique BBC (@BBCWeather, @BBCArabicOnline et @BBCRadioUlster).
À part des déclarations de soutien au président Bachar el-Assad, les pirates ont diffusé des messages saugrenus sur le compte de @BBCWeather, s’en prenant à plusieurs pays, dont le Liban : « Alerte sismique au Qatar : (le prince) Hamad ben Khalifa est sur le point de sortir de son véhicule » ; « La station météorologique saoudienne est en panne après une collision frontale avec un chameau » ; « Prévisions météorologiques chaotiques au Liban, alors que le gouvernement a annoncé sa décision de se distancier de la Voie lactée » ; « Alerte au tsunami à Haïfa : on conseille aux résidents de retourner en Pologne »…

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Une semaine plus tôt, l’ASE attaquait le site Web et le compte Twitter de l’organisation internationale pour la défense des droits de l’homme, Human Rights Watch (HRW). « Tous vos rapports sont FAUX ! ! Cessez vos mensonges ! ! ! » ont écrit les pirates sur le site, critiquant le dernier rapport de l’organisation qui accuse le régime syrien d’utiliser des bombes à sous-munitions dans sa guerre contre l’opposition.

Début mars, c’était la page Facebook de la Qatar Foundation qui avait été la cible des pirates pro-Assad. « À Qatar Foundation, nous soutenons le terrorisme », lisait-on dans l’un des nombreux messages pirates publiés sur la page. Des photos insultantes du prince Hamad ben Khalifa al-Thani et de son épouse ont également été diffusées. Traité de « Grand Satan » ou encore de « mulet », le prince est notamment attaqué sur les prises de position du Qatar sur la crise syrienne.

Depuis le début de l’année, l’ASE a piraté les comptes de plus de cinq médias internationaux, dont ceux de l’AFP, Reuters, France 24, al-Jazeera, Sky News et Deutsche Welle.

Une image diffusée sur le compte piraté de l'AFP sur Twitter : "Les rebelles syriens soutenus par Obama prête allégeance à el-Qaëda".

Une image diffusée sur le compte piraté de l’AFP sur Twitter : « Les rebelles syriens soutenus par Obama prête allégeance à el-Qaëda ».

Qui se cache derrière cette « armée » ? Impossible de le dire. Mais l’adresse de son site Web a été enregistrée au nom de la « Syrian Computer Society », un organisme officiel chargé des nouvelles technologies dans le pays. De 1995 à 2000, cet organisme était dirigé par Bachar el-Assad en personne.

Dans le camp opposé, l’on trouve plusieurs groupes de pirates dissidents éparpillés un peu partout dans le monde. Dans une entrevue accordée au site Web de NPR, l’un d’eux – baptisé « Harvester » – affirme faire face à une « vraie armée organisée possédant des équipements technologiques américains très sophistiqués ». Installé en Turquie, près de la frontière syrienne, Harvester passe une grande partie de son temps à pirater les comptes d’opposants arrêtés afin d’effacer tout contenu compromettant. « Nous remplaçons les photos du drapeau de la révolution syrienne par une image pornographique, par exemple, explique Harvester. Ça nous permet d’occuper les enquêteurs un moment. »

Tout comme les loyalistes, les anti-Assad organisent eux aussi des attaques informatiques contre des médias ou des organisations adverses. En deux ans, ils ont réussi par exemple à fermer la page Facebook de l’Armée syrienne électronique plus de 200 fois, selon l’aveu même des administrateurs de cette page.
En janvier dernier, des opposants ont affirmé avoir piraté la chaîne de télévision syrienne pro-Assad ad-Dounia en remplaçant la programmation régulière par des images ridiculisant l’armée syrienne.

Dimanche dernier, des pirates dissidents ont fait le buzz sur Internet en diffusant un message annonçant la mort de Bachar el-Assad sur la page Facebook de la chaîne syrienne. « Monsieur le président a été transféré à l’hôpital al-Chami après avoir été abattu par un de ses gardes du corps », disait le message qui a surpris les centaines de milliers d’internautes abonnés au compte d’ad-Dounia.

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Reprise par plusieurs médias occidentaux et arabes, l’information a été rapidement démentie par Damas qui a accusé « l’ennemi israélien » d’être à l’origine de la rumeur.

La guerre 2.0 est loin d’être terminée…

 

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