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« Ni Hamdeen ni Sissi… Moi, je vote pour al-Spacey »

17 Mai

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Le maréchal à la retraite Abdel Fattah al-Sissi ne devrait pas se reposer sur ses lauriers de si vite. Si ce n’est pas Hamdeen Sabbahi, le « fils de fermiers », qui lui fera compétition lors de l’élection présidentielle les 26 et 27 mai, un autre candidat, venu tout droit de Hollywood, commence à voir sa côte monter en Égypte. À en croire une campagne lancée il y a quelques jours sur les réseaux sociaux, les internautes voteraient sans hésiter pour l’acteur américain Kevin Spacey qui, après avoir interprété le politicien carriériste Francis Underwood dans la série « House of Cards », s’apprête à endosser le rôle du raïs en Égypte.

Dans cette campagne parodiant la présidentielle, les internautes ont partagé plusieurs images appelant à l’élection du comédien américain et accompagnées des slogans « Vive l’Égypte ! » et « Spacey président ». Sur Twitter, l’appui au candidat-star est retentissant : « Ni Hamdeen ni Sissi… Moi, je vote pour al-Spacey », écrit @MalakBoghdady. « Mauvais, pour le bien commun. Spacey président », twitte pour sa part @gonzothegreat89, faisant référence au slogan de la série télévisée « House of Cards », qui ment en scène le politicien machiavélique prêt à tout faire pour devenir l’homme le plus puissant du monde.

Selon la chaîne al-Arabiya, ce n’est pas la première fois que l’acteur américain se mêle de politique égyptienne. En février 2011, en pleine révolution contre l’ancien raïs Hosni Moubarak, Kevin Spacey était sur le tapis rouge, à Berlin, lorsqu’il a exprimé son soutien aux manifestants : « C’est très excitant d’être ici, mais il n’y a rien de plus excitant ce soir que ce qui se passe en Égypte. »

Au Liban, suite à l’annonce des fiançailles de l’avocate libano-britannique Amale Alameddine avec le célèbre acteur George Clooney, plusieurs internautes avaient appelé à l’élection de la star hollywoodienne à la tête de l’État libanais, question de briser l’engrenage du jeu politique actuel. Un engrenage qui nous rappelle ô combien la politique dans ce coin du monde manque cruellement de glamour…

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La « libanisation », selon Twitter

31 Juil
 Photo via @El_7oss sur Twitter.

Photo via @El_7oss sur Twitter.

 

Selon le Larousse, dictionnaire de référence, la libanisation est un « processus de fragmentation d’un État, résultant de l’affrontement entre diverses communautés de confessions, par allusion aux affrontements que connut le Liban dans les années 1980 ».
Trente ans après la fin de la guerre civile, le terme semble avoir acquis une série de sens nouveaux (tout aussi péjoratifs). En voici les plus récurrents… selon Twitter :

 

Assassinat politique
En huit ans, le Liban a connu au moins dix assassinats politiques, dont quatre pour la seule année 2005. En Tunisie, il en a fallu deux en cinq mois pour parler de « libanisation ». Le 25 juillet, le député de l’opposition Mohammad Brahmi est assassiné. Sa famille impute l’assassinat à Ennahda, qui rejette ces accusations. Les autorités désignent les auteurs comme des salafistes jihadistes. Le 6 février, l’opposant anti-islamiste Chokri Belaïd est tué à Tunis. L’assassinat, attribué par les autorités à un groupuscule radical salafiste, provoque une crise politique qui conduit à la démission du gouvernement et un nouveau cabinet dirigé par Ali Larayedh.

« Un mot n’a cessé de résonner dans ma tête en cette nuit horrible : libanisation #brahmi », écrit @HatemNafti. « Le projet de libanisation tant rêvé et essayé de part et d’autre ne réussira jamais en Tunisie », réagit de son côté @AHa767.
« Dans la foulée de la libanisation », @El_7oss propose de son côté de changer le drapeau de son pays en s’inspirant de celui du Liban, remplaçant le cèdre par l’olivier, emblème de la Tunisie (voir l’image ci-dessus).

Discours politique haineux
Les exemples ne manquent pas au Liban… Il suffit de regarder le journal télévisé, lire le journal ou écouter les infos à la radio pour être bardé de propos enflammés, incitant à la haine ou offensifs.
En France, avec la montée de l’extrême droite, les discours se radicalisent aussi, notamment à l’approche des municipales de mars 2014. Un phénomène qui semble irriter nombre d’internautes, dont @Odegioanni qui exprime sa « fatigue » d’écouter les politiciens parler « avec haine et ignorance », « même les dimanches ! ». « Oui, c’est bien triste, ou comment des incompétents au pouvoir sont en train de mettre la France sur la voie de la libanisation », lui réplique @GALITE1.

 

Chard

Autre phénomène « libanais » en France : le déploiement de banderoles à caractère politique sur les autoroutes. La semaine dernière, à l’occasion du week-end de départ en vacances, le Front national a déployé une banderole sur l’autoroute A9, dans le sud de la France, comportant un message de Marine Le Pen, souhaitant de « bonnes vacances » aux automobilistes. Une opération de com’ qualifiée de « dangereuse » par les gestionnaires de l’autoroute, qui avancent le risque de distraction, mais aussi celui d’accident en cas de chute de la banderole. « Encore un élément qui prouve le processus de libanisation de la France », selon @AbouDiable, un Libanais étudiant en droit à La Sorbonne.

Profondes divisions
Depuis la destitution du président Mohammad Morsi, le 3 juillet, la rue égyptienne est en ébullition. En moins d’un mois, plus de 200 personnes ont été tuées dans des violences survenues lors de manifestations massives rivales entre partisans et adversaires du président déchu.
Une situation qui, pour de nombreux internautes égyptiens, rappelle le Liban, profondément divisé entre pro et antirégime syrien.

« Il paraît que l’Égypte est en voie de libanisation, commente @Aaborashid. Chaque groupe s’est retranché dans son coin et assure sa propre protection. » « Toutes les tentatives d’afghanisation ou de syrianisation de l’Égypte vont échouer tout comme ont échoué les tentatives précédentes de libanisation ou de somalisation du pays. L’Égypte invente son propre modèle… » écrit de son côté @AhmedZaky.
« L’impunité encouragera le terrorisme en Égypte. Non à la libanisation de l’Égypte ! » lance pour sa part @DiAyDi.

Une réflexion à laquelle répond avec humour @jadelrab : « Que Dieu “libanise” nos femmes, mais pas nos politiciens ! »

Égypte : il se travestit pour vivre « en vrai » le harcèlement sexuel

16 Mai
 Walid Hammam après maquillage. Photo YouTube

Walid Hammam après maquillage. Photo YouTube

Voilée ou pas, si vous êtes une femme et que vous sortez dans les rues d’Égypte, vous serez très probablement victime de harcèlement sexuel. À en croire un rapport des Nations unies, publié en avril dernier, 99,3 % des femmes, égyptiennes ou étrangères, ont été verbalement ou physiquement harcelées en Égypte. Le reste, 0,7 % des femmes, affirme ne pas sortir de la maison…

Pour dénoncer ce fléau, une chaîne privée égyptienne décide d’aborder le sujet sous un angle inédit : ONTV invite Walid Hammam, un jeune acteur égyptien, à se travestir et à déambuler dans les rues du Caire pour « expérimenter en vrai » le harcèlement sexuel. Déguisé en femme, le jeune homme de 24 ans tente l’expérience à deux reprises (question de briser les mythes qui entourent le sujet) : la première fois, il sort la tête découverte, la seconde fois, voilée. Le constat est édifiant : « voilé », Walid subi un harcèlement plus agressif, des remarques plus obscènes et des gestes encore plus déplacés…

L’expérience, filmée dans son intégralité, est disponible sur le site de l’émission Awal el-Kheit, ainsi que sur YouTube. Sur la vidéo, le jeune acteur affirme avoir vécu des moments « très angoissants ».

« Des hommes conduisant de très jolies voitures et portant une veste m’ont invité à faire un tour avec eux, un autre m’a suivi pendant près d’une demi-heure pour me convaincre de rejoindre un “client” qui était prêt à me payer entre 400 et 500 dollars pour trois nuitées dans un hôtel, et un troisième a attrapé mon bras pour me demander de sortir avec lui… » raconte Walid. Selon lui, être une femme et marcher dans les rues du Caire est un vrai acte de courage. « Déguisé en femme, j’ai senti que je devais calculer tous mes mouvements, tous mes regards, mes vêtements, ma manière de marcher, dit-il. D’habitude, quand je marche dans la rue, je ne prête attention à rien. Mais, en tant que femme, j’ai dû faire un effort monumental aussi bien physique que moral… C’est comme si les femmes étaient toujours entourées. Il y a des yeux partout : devant, derrière, à gauche, à droite… Il faut faire attention à beaucoup de choses. Personne n’est capable de rester aussi attentif, tout le temps, surtout si c’est pour une petite promenade dans la rue. »

Depuis la révolution de janvier 2011 qui a mené à la chute du régime de Hosni Moubarak, plusieurs femmes, égyptiennes ou étrangères, journalistes, activistes ou simples citoyennes, ont rapporté avoir été victimes de véritables agressions sexuelles, voire de viols.

En juin, un groupe d’hommes a attaqué et agressé sexuellement plusieurs manifestantes lors d’une marche visant à dénoncer le « terrorisme sexuel » en Égypte.

Ces attaques ont été particulièrement médiatisées après l’agression, place Tahrir, de la journaliste américaine Lara Logan le 11 février 2011, et de la correspondante en Égypte de France 24, Sonia Dridi, fin octobre. Cette dernière a raconté avoir été encerclée par une foule de jeunes gens, qui ont commencé à la toucher alors qu’elle intervenait en direct sur la chaîne d’information en continu. L’agression a duré plusieurs minutes, avant qu’un ami ne parvienne à la sauver.

Au lendemain de cet incident, le Premier ministre égyptien, Hicham Kandil, avait affirmé que le gouvernement, en collaboration avec le Conseil national de la femme, travaillait sur un projet de loi visant à combattre le harcèlement dans la rue en imposant de lourdes peines aux coupables.

Depuis, sept mois sont passés et toujours rien…

 

Morsi, la charia et le savon

24 Avr

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Depuis plusieurs jours, la twittosphère égyptienne est plongée dans un débat bouillonnant concernant le président Mohammad Morsi. Non, ce n’est pas de son bilan politique, économique ou diplomatique qu’il s’agit, mais d’un sujet bien plus épineux : l’hygiène du raïs.
Tout a commencé lorsque Nawara Negm, blogueuse et activiste égyptienne de 39 ans, est tombée sur un article paru dans le journal libanais ad-Diyar affirmant que des responsables allemands se sont plaints auprès d’un diplomate égyptien des mauvaises odeurs corporelles de M. Morsi. Nawara, une fervente critique des Frères musulmans, profite de cet incident diplomatique présumé pour s’en prendre aux islamistes au pouvoir depuis la chute de l’ancien président Hosni Moubarak :

« Ah non, tout sauf notre réputation en matière d’hygiène, a réagi la fille du poète engagé, Ahmad Fouad Negm, dans un tweet. Tu nous avais déjà fait passer pour des mendiants et nous t’avons laissé faire, maintenant on se fait taxer de crasseux ? C’est inadmissible… » dit-elle en s’adressant à Morsi sous le hashtag « #حموا_الرئيس » (Le président a besoin d’un bain).
Aux islamistes elle déclare sans ménagement : « Il ne vous a pas suffi de faire fuir les fidèles des mosquées avec l’odeur de vos chaussettes, il vous a fallu en plus nous choisir un président qui pue? Vous auriez pu au moins lui donner un bain »…
« (Le président) est peut-être avare, mais il aurait pu s’acheter une eau de Cologne bon marché pour nous épargner ce scandale international », écrit-elle encore avec un brin d’humour. « Mais ce qui m’attriste vraiment, c’est que nous sommes devenus la risée des Libanais, eux qui sont toujours tirés à quatre épingles », ajoute-t-elle dans un autre tweet.

Les commentaires de Nawara ont été rapidement partagés sur le Web, irritant les uns et amusant les autres. « Il ne peut pas sentir mauvais parce qu’il se lave cinq fois par jour pour la prière », écrit @amr_elnady1. « Je me sens fatigué au réveil, je n’ai pas envie de prendre une douche. Je dois avoir les mêmes syndromes que Morsi », plaisante pour sa part @mazzahi. « N’avez-vous pas remarqué que depuis que ce hashtag existe, Morsi a disparu de Twitter ? » remarque de son côté @yoyoajoor. « Vendredi prochain, nous allons manifester sous le slogan “La charia et le savon” », twitte @loliozy. « Ce type est la personne qui a été la plus ridiculisée en sept mois… le pauvre », remarque enfin @inspiration_k.

« Femen Égypte »

9 Jan
Aliaa el-Mahdy manifestant avec des militantes de Femen devant l'ambassade d'Egypte à Stockholm, le 20 décembre 2012.

Aliaa el-Mahdy manifestant avec des militantes de Femen devant l’ambassade d’Egypte à Stockholm, le 20 décembre 2012.

Une combinaison de mots inconcevable, voire grotesque, et pourtant… Le groupe de féministes réputé pour ses manifestations nudistes vient d’annoncer l’ouverture d’une branche dans l’un des pays les plus conservateurs du monde arabe.

« Femen Égypte ouvre ses portes pour commencer 2013 avec une nouvelle armée ! (…) On vous aura prévenus… », annonce fièrement le mouvement féministe sur sa page Facebook.
Les Femen sont connues depuis 2010 pour leurs actions « topless » en Russie, en Ukraine ou encore à Londres. En septembre dernier, elles ont installé à Paris « le premier centre d’entraînement » au « nouveau féminisme ». Ces féministes d’un nouveau genre militent également pour la démocratie et contre la corruption.

L'affiche de Femen Egypte.

L’affiche de Femen Egypte.

À la tête de cette nouvelle branche égyptienne, nulle autre que la blogueuse féministe Aliaa Magda el-Mahdy. En octobre 2011, elle avait fait les gros titres de l’actualité après avoir posé nue et publié sa photo sur son blog « Le journal d’une femme rebelle ». Par son geste « révolutionnaire », elle dit s’être inspirée des modèles nus qui posaient à la faculté des beaux-arts du Caire dans les années 1970 pour dénoncer la censure et l’intolérance dans son pays.

Un an plus tard, la jeune blogueuse, qui vit aujourd’hui en Suède, continue de frapper fort. Le 20 décembre dernier, Aliaa a manifesté en tenue d’Ève avec d’autres militantes de Femen devant l’ambassade d’Égypte à Stockholm contre le régime de Mohammad Morsi et la nouvelle Constitution défendue par les islamistes.

Sur une vidéo de cette manifestation, Aliaa apparaît d’abord portant une couronne de fleurs sur la tête, des mi-bas dentelés et ses fameuses chaussures rouges. Elle est debout, devant l’ambassade, entourée de deux autres femmes visiblement occidentales. Dans une main, elle porte le drapeau égyptien. Dans l’autre, elle tient un bout de carton portant l’inscription « Coran » qu’elle utilise pour cacher ses parties intimes.
Sur son buste et son ventre, une expression en rouge sang qui frappe aux yeux : « La charia n’est pas une Constitution ». Sur le corps des autres militantes, deux autres slogans : « Non à l’islamisme, oui à la laïcité » ; « L’Apocalypse selon Morsi ».

Quelques secondes plus tard, Aliaa soulève le drapeau de son pays bien haut au-dessus de sa tête, révélant ainsi l’intégralité de son corps nu aux photographes présents sur place. Elle paraît légèrement intimidée, mais garde un sang-froid imperturbable.

Décriée tant par les conservateurs que les libéraux, la blogueuse est aujourd’hui menacée de perdre sa nationalité égyptienne, selon la chaîne panarabe al-Arabiya. Elle est accusée d’avoir « terni l’image de l’Égypte » et d’avoir « insulté la religion ».

Aliaa, de son côté, affirme avoir reçu des menaces de mort depuis la publication de ses photos nues sur son blog. « Si je retourne en Égypte, je serai arrêtée et tuée peut-être si le régime actuel reste au pouvoir », confie-t-elle au quotidien égyptien al-Watan.

Ces menaces, bien que sérieuses, semblent loin d’ébranler la détermination de la blogueuse. Sur la page Facebook de « Femen Égypte », elle invite ses compatriotes à rejoindre son mouvement. « Égyptiennes, prenez des photos de vous-mêmes “topless” et envoyez-les-moi accompagnées du slogan de votre choix », écrit Aliaa. Aux hommes, elle leur confie une autre mission : taguer les rues d’Égypte avec des graffitis représentant le logo de « Femen Égypte ».

Près d’un mois après son lancement, la page Facebook de Aliaa compte plus de 900 « admirateurs ». Mais rien ne semble encore indiquer que son appel ait été entendu… Pas en Égypte du moins !

Visitez les pyramides avant qu’il ne soit trop tard…

14 Nov

Une photo modifiée du Sphinx qui a été massivement partagée sur Facebook en réponse aux salafistes qui appellent à la destruction des monuments historiques en Egypte.

Onze ans après avoir « aidé » les talibans à détruire les statues de Bouddha dans la vallée de Bamiyan, en Afghanistan, un cheikh jihadiste égyptien appelle aujourd’hui les musulmans à dégommer le sphinx et les pyramides de Gizeh. « Tous les musulmans doivent appliquer les enseignements de l’islam et détruire ces idoles, comme nous l’avions fait en Afghanistan », a dit cheikh Mourgane Salem al-Gohary dans une entrevue télévisée samedi dernier sur la chaîne égyptienne Dream TV. « Dieu a donné l’ordre au prophète Mohammad de détruire les statues, a-t-il ajouté. Quand j’étais avec les talibans, nous avons détruit les bouddhas, ce que le gouvernement (afghan) n’avait pas fait », a-t-il ajouté avant de demander au présentateur : « Pourquoi avez-vous peur de détruire ces idoles? Les adoreriez-vous par hasard ? »

Et de conclure : « Toute statue qui a été adorée par le passé ou qui risque d’être adorée dans le futur doit être démolie. C’est notre devoir. »

Connu pour ses discours extrémistes, cheikh Gohary, 50 ans, avait été emprisonné à deux reprises sous le régime de l’ancien raïs égyptien Hosni Moubarak, rappelle le journal Egypt Independent. Après les attaques du 11 septembre 2001 à New York, il se rend en Afghanistan pour rejoindre les rangs des talibans. En 2007, il voyage en Syrie où il sera arrêté et extradé vers Le Caire. Un tribunal égyptien le condamne à la prison à vie, mais cheikh Gohary finit par retrouver la liberté quatre ans plus tard, après la chute de Moubarak en février 2011.

 

Pour de nombreux Égyptiens, Gohary, qui ne représente selon eux qu’une tranche minime de la société, tente avec ses propos controversés de renforcer sa popularité. Ses déclarations de samedi dernier ont toutefois eu un effet boomerang, suscitant une vague de condamnations sur la Toile.

Sous la vidéo de son entrevue sur Dream TV, visionnée plus de 100 000 fois en trois jours, Raef Ahmad dénonce l’appel du cheikh, estimant que « ceux qui souhaitent détruire les pyramides veulent en réalité détruire le peuple égyptien ». « Nous ne permettrons à personne d’effacer notre patrimoine historique, poursuit-il. L’Égypte était une civilisation pharaonique et nous poursuivrons la lutte de nos ancêtres contre l’oppression et l’ignorance qu’incarnent les salafistes. »

Ahmad, un autre internaute égyptien, critique quant à lui la logique du cheikh Gohary par ces mots : « Si le cheikh veut détruire les pyramides de peur qu’elles ne soient adorées par les gens, il faudrait à ce moment-là interdire aussi l’usage du feu pour les mêmes raisons. Il faudra également tuer toutes les vaches parce qu’elles représentent un grand danger pour la paix nationale. (…) Il ne faut pas oublier aussi qu’il y a des gens qui adorent les organes génitaux féminins et masculins, ce qui veut dire qu’il est de notre devoir de couper nos organes par précaution. »

La blogueuse égyptienne « Zeinobia » se demande quant à elle s’il ne faut pas appeler la communauté internationale à intervenir pour protéger ces sites. « Je crois qu’il faut visiter le plateau de Gizeh ainsi que d’autres régions d’Égypte qui regorgent de monuments historiques, comme Louxor et Assouan, avant qu’il ne soit trop tard », lâche-t-elle.

Les commentaires hostiles au cheikh Gohary ont également inondé Twitter, de nombreux internautes égyptiens critiquant avec sarcasme l’intervention du jihadiste sur Dream TV. « L’extrémiste est quelqu’un qui souffre de frustration sexuelle… mais comme le révéler publiquement l’embarrasse, il préfère le faire avec des actes de violence, comme par exemple la destruction des pyramides », twitte @Ibrahim_Elgarhi. « Pour protéger ces monuments, je propose qu’on fasse porter une barbe au Sphinx et qu’on recouvre les Pyramides d’une burka noire… », écrit de son côté @Enmoz. « Moi je propose de les offrir à un pays européen pour les sauver… », renchérit @fatimaalhawaj.
D’autres encore ont critiqué le silence du président Mohammad Morsi et des Frères musulmans face aux propos de cheikh Gohary. La blogueuse Zeinobia souligne toutefois que les Ikhwan ont réagi à cette affaire via leur compte anglophone sur Twitter. « Soyez sûrs que nous serons les premiers à défendre et à protéger nos monuments s’ils sont menacés, a twitté le parti islamiste. C’est une affaire de sécurité nationale. »

Mon prophète Mohammad

19 Sep

« USA, nous sommes désolés, nous sommes tristes ». Une photo publiée sur la page Facebook « The Sorry Project », lancée par des Libyens en réaction à la mort de l’ambassadeur américain à Benghazi, Christopher Stevens.

L’islam n’est pas synonyme de terrorisme. Le prophète Mohammad préconisait la paix et la tolérance. Et les hommes furieux qui manifestent avec une violence exceptionnellement meurtrière contre le film islamophobe L’innocence des musulmans ne sont certainement pas représentatifs de toute la nation islamique.

Autant de messages que de jeunes cybermusulmans veulent faire passer au reste du monde à travers une série d’initiatives lancées récemment sur les réseaux sociaux.

C’est dans cet esprit qu’est né le « hashtag » #MyProphetMohammad (Mon prophète Mohammad) sur Twitter. Une campagne aussi bien dirigée contre les auteurs et réalisateurs du film dénigrant le prophète que contre les manifestants qui, selon plusieurs internautes, contribuent à la « dégradation » de l’image de l’islam.
Lancé jeudi dernier par Sohaib al-Zouriq (@MrSohaibE), un jeune internaute saoudien, le « hashtag » a ensuite été repris par plusieurs centaines de personnes. « Mon prophète Mohammad a été battu, ridiculisé et forcé de quitté sa ville natale ! Et lorsqu’il y est revenu victorieux, il leur a tous pardonné », écrit le blogueur koweïtien Khaled Abdulghafour (@3kta3) dans un tweet qui a été partagé près de 2 200 fois. « Mon prophète Mohammad ne nous aurait jamais demandé de le défendre par la violence », affirme de son côté la Saoudienne Sarraa’ (@SarraaNotSara). « Mon prophète Mohammad a dit : “Tous les hommes sont égaux, peu importe leur origine, race ou nationalité” », twitte pour sa part le Koweïtien Abdallah Mutairi (@Eng_A_ALMutairi).

 

En Libye, une initiative similaire, mais d’un autre genre, a été lancée sur Facebook. Il s’agit du « Sorry Project », une page dédiée à l’ambassadeur américain Christopher Stevens, tué par des manifestants en colère qui ont incendié le consulat US à Benghazi le 11 septembre. Sur cette page, qui a attiré plus de 4 000 personnes en moins d’une semaine, des Libyens diffusent des messages d’excuses et d’amour au diplomate assassiné ainsi qu’aux « braves Libyens qui ont été tués en défendant le consulat américain ». « Nous voulons montrer que la majorité du peuple libyen s’oppose aux actes criminels et violents », lit-on dans l’introduction de « The Sorry Project ». « Nous nous excusons un millier de fois aux Américains, poursuit le texte. Ces excuses ne suffiront pas, mais sachez que le peuple libyen vous sera à jamais reconnaissant parce que vous avez été les premiers à le soutenir dans sa lutte pour la liberté. Nous espérons que vous continuerez à nous soutenir. »

Des Libyens rendant hommage à l’ambassadeur tué. (via The Sorry Project)

En Syrie, le ton est plutôt à la critique, plusieurs internautes n’hésitant pas à réprimander les manifestants antiaméricains pour ne pas s’être indignés avec autant de ferveur face aux massacres perpétrés par le régime de Bachar el-Assad depuis plus de 18 mois.
« Le but du film anti-islam est de nuire à l’image des musulmans et de détourner l’attention de la Syrie », twitte Abu Mohammad (@lisanmubin), un activiste syrien. « Les arabes et les musulmans doivent comprendre qu’ils nuisent à la révolution syrienne en poursuivant leurs manifestations contre le film islamophobe », ajoute-t-il.
« Les Syriens appellent à la production d’un film islamophobe en Syrie pour que les peuples du monde entier prêtent attention à leur crise », ironise de son côté @JadBantha. Un compte parodiant le président Assad va dans le même sens : « Wow ! Heureusement que j’ai uniquement bombardé des mosquées et tué des femmes et des enfants et pas fait un film islamophobe. Les gens m’auraient poursuivi ! » Son tweet a été partagé 769 fois…

Une image de manifestants à Kfarnabel, en Syrie, largement partagée sur Twitter. (via @ZainSyr)

 

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