Le Liban schizophrène d’un gynéco-blogueur

18 Juil

Hasan Abdessamad.

Hasan Abdessamad a quitté le Liban il y a plus de cinq ans. Après avoir terminé ses études en médecine à l’Université américaine de Beyrouth (AUB), il plie bagage pour l’Ohio, aux États-Unis, pour se spécialiser en gynécologie, avant de s’installer à Vancouver, au Canada, où il travaille depuis deux ans et demi.
Cet été, et comme presque tous les étés, le Dr Abdessamad débarque à son village natal de Amatour, dans la région du Chouf, pour y passer ses vacances avec sa famille et ses amis. Un voyage qui le laisse perplexe et légèrement mélancolique : il trouve que le Liban n’est plus ce qu’il était…

« J’ai toujours été un grand amoureux du Liban et je l’ai toujours défendu, confie Hasan Abdessamad dans une interview téléphonique. Mais cette fois, il y avait quelque chose de différent. Je ne sais pas si c’est le Liban qui a changé ou si c’est moi qui ne suis plus le même. En tout cas, je trouve fascinant comment nous, Libanais, parvenons à survivre et à nous amuser, même dans un pays aussi troublé… »

Son diagnostic ? Il le livre sur Twitter et sur son blog. Dans un billet intitulé « Mon Liban schizophrène ! », le Dr Abdessamad énumère une longue liste d’observations qu’il avait préalablement twittées :
– La plupart des étrangers veulent visiter le Liban. La plupart des Libanais veulent le quitter.

– Les Libanaises jouissent de la liberté de sortir et de porter ce qu’elles veulent en public, mais pas la liberté de transmettre leur nationalité à leurs enfants.

– Ils l’appellent le « Liban vert », mais la plupart de ses montagnes sont envahies par les constructions.

– Le gouvernement ne parvient pas à fournir assez d’électricité à ses citoyens, pourtant voilà à quoi ressemble le centre-ville de Beyrouth la nuit…

– Les Libanais figurent parmi les internautes les plus libéraux dans le monde arabe, mais avec une connexion Internet des plus lentes de la région.

– Beyrouth est surnommée la « capitale gay » du monde arabe, tandis que l’article 534 du code pénal, toujours en vigueur au Liban, sanctionne l’homosexualité.

– La situation sécuritaire est dangereuse, et pourtant il y a six festivals internationaux qui ont été lancés en même temps. J’ai de la peine à trouver des billets pour la plupart des concerts prévus.

– Tout le monde se plaint de la situation économique, alors que de nouvelles tours sont en train de pousser un peu partout.

– Nous vivons chez nos parents jusqu’à notre mariage et on se demande après pourquoi ils se mêlent de notre vie privée.

– Tout le monde prétend être laïc, mais les rues se remplissent dès qu’il y a une manifestation confessionnelle.

– Notre société libanaise adore notre légendaire drag queen Bassem Féghali, mais rejette tout homme qui a une apparence ou une attitude efféminée.

Sur le blog qu’il a créé en octobre 2010, le Dr Abdessamad publie des billets personnels, mais aussi des articles en arabe, français et anglais relatifs à la santé féminine. « Je crois que les médecins, en général, ne sont pas assez impliqués dans les réseaux sociaux alors qu’ils peuvent fournir des conseils vitaux pour les internautes en quête d’informations sur leur santé », dit-il.

À part son « activisme » médical et ses observations sociologiques, le gynéco-blogueur poste aussi des photos de lui-même posant, un sourire radieux aux lèvres, avec des enfants après leur accouchement. « Je me rappelle encore du premier accouchement auquel j’ai assisté à l’hôpital de l’AUB, dit-il dans notre interview. C’est un sentiment précieux, un miracle que je ressens encore aujourd’hui avec chaque nouveau-né. »

À la question de savoir s’il espère, un jour, assister à la naissance d’un nouveau Liban, le jeune médecin éclate de rire et répond : « Non, je ne veux pas d’un nouveau Liban, mais d’un Liban dénué de ses imperfections. Pendant toute mon enfance et mon adolescence, on m’a souvent répété que le Liban est dysfonctionnel en raison de la guerre civile de 15 ans qu’il a connue. Ça fait maintenant 21 ans que la guerre est terminée et il faut dire qu’il reste encore beaucoup trop de travail à faire à tous les niveaux… »

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