Syrie : gare aux images !

25 Avr

Retouche, manipulation, trucage… En matière d’images, difficile de distinguer le vrai du faux, la sensibilisation du sensationnalisme, surtout en temps de propagande et de guerre.
Dans la Russie soviétique, on « réécrivait » l’histoire en « éliminant » les personnalités fâcheuses des clichés officiels. Durant la guerre du Vietnam, les images susceptibles de fâcher l’opinion publique américaine étaient altérées. En Iran, on a recours à Photoshop pour masquer l’échec d’un essai militaire très médiatisé. Au Liban même, un photographe de Reuters avait créé la polémique en dupliquant un plumeau de fumée sur un cliché montrant le bombardement de Beyrouth par l’armée israélienne, en juillet 2006.

En 2011, les exemples se compliquent. Avec le déclenchement des révolutions arabes et l’utilisation massive des réseaux sociaux, tels que Facebook, Twitter et YouTube, pour contourner la censure des régimes dictatoriaux, le fil entre l’info et l’intox devient de plus en plus fin.
En Syrie, où le travail des journalistes fait face à de sévères restrictions, la situation est d’autant plus confuse. Dans ce pays, en proie à une bataille médiatique acharnée entre opposants et loyalistes au régime de Bachar el-Assad, difficile de vérifier l’authenticité des centaines de photos amateurs partagées quotidiennement sur le Net.
Les images d’un groupe d’hommes barbus décapitant un soldat auraient-elles été prises à Homs ou en Irak? Une photo d’immeubles éventrés aurait-elle été prise à Gaza ou à Idleb ?

Ne diffusez les photos qu'après vérification.

Face à la « propagation massive et incontrôlée des rumeurs photographiques », un groupe de Syriens a mis en place une page Facebook invitant les internautes à la « vigilance ». « Nous voulons combattre la fausse propagande d’où qu’elle vienne, lit-on dans l’introduction de la page “Images but not in Syria”. Notre révolution est en faveur de la liberté et de la justice. Nous n’avons pas besoin de fabrications pour vaincre (le régime de Bachar el-Assad). Certaines des photos truquées sont diffusées malencontreusement, mais d’autres sont clairement l’œuvre d’infiltrés qui veulent décrédibiliser les révolutionnaires. (…) Certains diront qu’il n’y a pas grand mal à cela et qu’il ne faut pas en faire une grande histoire. À ceux-là, nous répondons que nous sommes en quête de vérité et rien d’autre. »
Pour vérifier l’authenticité des photos, une vidéo diffusée sur la page en question invite les internautes à suivre un procédé bien simple : téléchargez d’abord la photo « suspecte » sur votre ordinateur ; entrez ensuite sur le site de Google Images et cliquez sur l’icône de la caméra qui se trouve à l’extrémité de la barre de recherche, au centre de l’écran ; cliquez enfin sur « importer une image » et choisissez la photo que vous désirez vérifier. « Si la photo a été largement diffusée, vous allez tomber sur un tas de liens, indique en arabe une voix off dans la vidéo. Pour une recherche plus affinée, cliquez sur « période personnalisée » en bas à gauche de l’écran et mettez la date du 15 mars 2011 dans la case « fin » pour être sûr que la photo a été prise avant le début de la révolution (syrienne). »
« Certaines des photos ont clairement été truquées et postées sur Internet dans le but de désinformer », note la page « Images but not in Syria ».

En éliminant les sapeurs-pompiers en veste fluorescente, l’image d’un camion-citerne en feu en Californie pourrait ainsi passer pour un véhicule détruit par des « bandes terroristes » à Baba Amr.

Des dizaines d’hommes priant dans un immeuble en construction après le séisme de mars 2012 en Turquie peuvent être présentés comme des militants « islamistes » en pleine prière du vendredi à Hama en coupant les enseignes des magasins de la photo.

Des images macabres de corps d’enfants criblés de balles, de membres décapités, de traces de torture, prises d’ici et de là et diffusées comme étant l’œuvre de l’armée syrienne font le tour du Web en quelques secondes.
« Quand on voit la vitesse à laquelle ces images sont partagées sur les réseaux sociaux, on ne peut se permettre de rester les bras croisés, indiquent les modérateurs de la page Facebook. Il est de notre devoir de dénoncer toute tentative de truquer l’histoire. On veut bâtir la nouvelle Syrie sur des bases solides, loin des mensonges et de la propagande. »

 

 

 

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