Ces Iraniens qui défient Khamenei de leur prison

4 Jan

Selon les derniers chiffres d’Amnesty International, ils sont plus de 600 prisonniers politiques à purger des peines dans les prisons iraniennes. La plupart d’entre eux ont été arrêtés durant les manifestations antigouvernementales de 2009, dénonçant la réélection du président Mahmoud Ahmadinejad. Coupés du monde, ils sont souvent victimes de torture, de mauvais traitements, d’absence de soins médicaux et de négligence de la part des autorités carcérales. Face à cette situation, beaucoup décident d’entamer une grève de la faim pour dénoncer les conditions de leur détention. Et certains, comme Hada Sahabi, un activiste de 61 ans qui a passé 16 ans derrière les barreaux, en ont payé le prix de leur vie.
D’autres, tout aussi courageux, optent désormais pour de nouvelles méthodes pour défier le régime. Ces dernières semaines, de plus en plus d’opposants réussissent à faire passer des messages critiquant les autorités via les réseaux sociaux. Le cas le plus récent est celui du célèbre activiste Hashmatollah Tabarzadi qui est parvenu à envoyer un message vidéo de l’intérieur de la prison de Rajai Shahr, où il est détenu. Dans cette vidéo de 15 minutes, filmée à partir d’un téléphone portable, Tabarzadi dénonce les pratiques répressives du gouvernement contre le mouvement de l’opposition, affirmant qu’elles sont vouées à l’échec. « La liberté est l’essence de l’être humain », déclare l’activiste de 53 ans dans la vidéo postée le 1er janvier 2012 sur YouTube et qui a été très rapidement partagée sur Facebook, Twitter et la blogosphère iranienne.


Tabarzadi, chef du Front démocratique, un mouvement réformateur interdit en Iran, a été arrêté à plusieurs reprises ces dernières années. Il a été accusé, en 2009, d’avoir nui à la « sécurité » du pays en soutenant les manifestations postélectorales et a été condamné à huit ans de prison ferme. Dans son message, l’activiste accuse le pouvoir d’avoir peur des gens comme lui qui ont choisi de confronter le régime par des moyens pacifiques. « Nous ne sommes pas des terroristes, nous n’encourageons pas la violence, nous réclamons nos droits les plus élémentaires, nous n’avons fait qu’exprimer notre opinion, dit-il. Les autorités nous infligent de lourdes peines de prison par peur ; elles ont peur de ce que nous avons à dire. (…) Je ne pense pas que ces mesures sont suffisantes pour nous faire taire. Nous sommes déterminés (…), nous connaissons nos droits et nous allons certainement parvenir à notre fin. » « Les Iraniens méritent d’avoir un gouvernement laïc, élu de manière démocratique, qui respecte les droits de tous les citoyens », ajoute-t-il.
Tabarzadi n’est pas le seul à critiquer, depuis sa cellule, le régime des ayatollahs dirigé par le guide suprême Ali Khamenei. Fin décembre, 39 prisonniers politiques signent une lettre ouverte appelant la population iranienne à boycotter les prochaines élections législatives de mars. Parmi eux, le journaliste et réalisateur Mohammad Nourizad, qui était l’un des éditorialistes les plus connus du journal ultraconservateur Kayhan. Il a été arrêté en 2009 après avoir écrit une série d’articles sur son blog personnel critiquant le guide suprême et la répression brutale menée contre les manifestants de l’opposition. De prison, Nourizad poursuit son activisme et ne baisse pas le ton. Il publie une quinzaine de lettres qu’il adresse à Khamenei, malgré les menaces qu’il dit avoir reçues. « Vous êtes le dirigeant de quel peuple ? Qui est-ce qui vous soutient? demande-t-il dans l’une de ces lettres. Diriger un petit groupe de personnes ne peut pas être une source de fierté. »

Mohammad Nourizad

Un autre prisonnier politique, Abolfazl Ghadiani, également arrêté en 2009, a quant à lui appelé le leader iranien à abandonner le pouvoir « immédiatement ». « Nous n’avons pas risqué notre vie et notre liberté au nom de la révolution pour qu’un homme comme Ali Khamenei contrôle le pays », écrit Ghadiani, 65 ans, dans l’une de ses lettres diffusée la semaine dernière sur un site de l’opposition. « Cet homme est responsable de tous nos malheurs, futurs et présents », lance-t-il, dénonçant la politique de confrontation « absurde » adoptée par le régime contre le « reste de la planète ».

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