Aliaa el-Mahdy, la blogueuse qui fait sa révolution nue

16 Nov

Si Aliaa Magda el-Mahdy n’était pas égyptienne – ou arabe –, son blog serait très probablement passé inaperçu. Créé fin octobre, le blog en question ne contient que quelques photos de nus, un petit texte… et c’est tout. Rien de révolutionnaire, quoi !

Et pourtant, le blog de Aliaa – « Le journal d’une rebelle » – enflamme la Toile. La femme nue sur la première photo du blog, c’est bien elle. La deuxième est celle d’un de ses amis qu’elle n’identifie pas. Entre les deux, elle écrit ces mots : « Condamnez les modèles qui posaient nus à la faculté des beaux-arts du Caire au début des années 1970, censurez les livres artistiques, détruisez les statues archéologiques… Déshabillez-vous ensuite et regardez-vous dans un miroir; brûlez ces corps que vous détestez tant et débarrassez-vous de vos complexes sexuels avant de m’insulter et m’empêcher de m’exprimer librement. »
Des mots qui, dans un pays comme l’Égypte, ne peuvent que faire l’effet d’une bombe.

À l’approche des premières élections législatives post-Moubarak, la tension entre libéraux et islamistes égyptiens ne fait que monter. Ainsi, des partis radicaux, comme celui d’al-Nour (salafiste), multiplient les coups d’éclat pour affirmer leur présence et imposer leur loi. Ils ont déjà recouvert d’une burqa les sirènes qui ornent la fontaine de Jupiter au centre d’Alexandrie, et remplacent, à présent, les photos de leurs candidates sur les affiches électorales par des images de fleurs, ou bien par le portrait de leur… époux. À leurs yeux, l’expression de la nudité dans toutes ses formes, y compris artistique, est intolérable.

Le portrait d'une candidate d'al-Nour, remplacé par celui de son mari.

C’est précisément cette mentalité « régressive » que Aliaa, étudiante en sciences politiques à l’Université américaine du Caire, veut dénoncer à travers son blog-choc. Sur Facebook, elle se considère comme « l’écho des cris contre une société de violence, de racisme, de sexisme, de harcèlement sexuel et d’hypocrisie ». Sur Twitter, elle se présente comme une femme « athée, libérale, végétarienne et individualiste ». Des révolutions à tous les niveaux !
« J’ai le droit de vivre en toute liberté où je veux, écrit-elle. Je me sens heureuse et accomplie quand je sens que je suis totalement libre. »

Une des photos publiées sur le blog de Aliaa.

Il est aussi apparu que la jeune femme est également à l’origine de la page Facebook appelant les hommes à se voiler en guise de solidarité avec les femmes (voir le clic du 9 novembre).

Mais dix mois après avoir réussi à surmonter le tabou politique que représentait Hosni Moubarak, la société égyptienne est-elle prête à briser le reste de ses tabous ? Cette affaire divise les internautes :
« Je pense qu’elle est vraiment courageuse, écrit @abraralshammari. La nudité est naturelle et elle envoie un message : oubliez ces vieilles notions que la nudité est honteuse. »
« C’est un manque de pudeur et un manque de compréhension de ce qu’est la liberté, rétorque @Elna7as_Pasha. Si elle sortait comme ça dans la rue, je considérerais qu’elle empiète sur mes propres libertés. »
« Je ne le ferais pas et je pense qu’il y a d’autres moyens d’exprimer sa liberté, relativise @SandraYacoub. Cela dit, c’est son corps. Qui sommes-nous pour juger ? »

« C’est sûr que beaucoup de gens, à commencer par les islamistes, vont chercher à décrédibiliser tous les libéraux qui soutiennent Aliaa el-Mahdy en les présentant comme des débauchés et des prostituées », déplore de son côté Shahinaz Abdel Salam, blogueuse alexandrine, présentée par Le Figaro comme une militante très engagée pour les droits des femmes et auteur de Égypte, les débuts de la liberté. « À titre personnel, je respecte totalement sa démarche et je ne vois pas ça comme une provocation, mais il faut reconnaître que c’est très choquant pour l’immense majorité des Égyptiens. »

Aliaa et Karim, son petit ami.

Interrogé par le site CyberDissidents.org, Karim Amer, le petit ami de Aliaa, affirme que la jeune féministe de 20 ans « a déjà reçu des menaces ». « On ne sait toujours pas quelles seront les répercussions de cette affaire (…), dit-il, mais je ferai tout mon possible pour résoudre tous les problèmes de manière pacifique. » « Je resterai aux côtés de Aliaa quoi qu’il arrive. Je suis très fier d’elle, je suis très fier de son courage… Je crois que je ne pourrais jamais être aussi courageux », ajoute-t-il. Karim, qui est lui aussi blogueur, avait été condamné à quatre ans de prison, en 2007, pour avoir « porté atteinte à l’islam ».

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  1. Graffiti : Samira Ibrahim vs Aliaa el-Mahdy « Le Clic - décembre 9, 2011

    […] graffiti représentant Aliaa el-Mahdy sur un mur en face du siège du gouvernement égyptien, au Caire. Nous pouvons y lire ce qui suit […]

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