Tes vacances au paradis, mon enfer au quotidien

2 Nov

Il y a de ces pays « exotiques » qui nous font rêver. Comme la Thaïlande, avec ses plages bleu azur, le Mexique et ses magnifiques sites mayas, le Vietnam et ses paysages à couper le souffle…
Des pays accueillants, chaleureux et relativement pas chers. Des pays si lointains qu’ils donnent envie d’être visités en amoureux. Des pays si accessibles, si organisés, que vous songeriez même à y emmener vos enfants. Des vacances en famille sur une plage du Sud, vous en rêviez depuis longtemps…

Le paradis sur terre, quoi !
Le paradis oui, mais (oui oui, il y a un « mais » )… Même le paradis est subjectif : toi, touriste étranger, tu viens pour changer d’air et oublier les soucis de la vie, alors que moi, journaliste ou blogueur local, ne peut même pas exprimer mes pensées librement par crainte d’être arrêté, enlevé ou, pire, assassiné. Toi, touriste étranger, tu viens dépenser ton argent dans mon pays sans savoir que ce sont tes dollars qui entretiennent le système qui étouffe mes libertés. Ton paradis sur terre, cher touriste, c’est mon enfer, ma prison, mon cimetière…

C’est, en gros, le message que veut faire passer Reporters sans frontières (RSF) avec sa nouvelle campagne lancée la semaine dernière sur Internet : « Ne tournez pas le dos à la censure. Découvrez l’envers du décor de vos prochaines vacances. »
« L’objectif de cette campagne est de sensibiliser les vacanciers avant leur départ au soleil, explique Jean-François Julliard, secrétaire général de RSF. Nous n’appelons pas au boycott de ces destinations, mais nous voulons que les voyageurs connaissent aussi l’envers du décor. Nous avons choisi trois pays qui sont à la fois des destinations paradisiaques pour les
vacances et des enfers pour les journalistes : le Mexique, le Vietnam et la Thaïlande. » « Derrière les palmiers, les plages ou les temples se cache parfois une répression dure à l’égard des journalistes et des blogueurs, ajoute-t-il. Nous prônons un tourisme responsable. C’est votre plus grand droit de choisir votre destination de vacances. Mais c’est notre devoir de vous dire où vous mettez les pieds. »

Et pour le dire, rien de tel que des slogans-chocs : « Merde à la démocratie. Partez en vacances en Thaïlande. » « Merde aux droits de l’homme. Partez en vacances au Vietnam. » « Merde à la liberté d’expression. Partez en vacances au Mexique. »

Au Mexique, 80 journalistes ont été tués en dix ans, rappelle RSF. Enquêter sur le narcotrafic est devenu une activité à haut risque. L’impunité qui caractérise ces crimes permet aux assassins de continuer leur besogne.
Au Vietnam et en Thaïlande, les sujets tabous sont nombreux. Critiquer les dirigeants, dénoncer la corruption qui règne dans les plus hautes sphères du pouvoir peut vous valoir 15 à 20 ans de prison.

« Et le Venezuela, la Chine, Cuba… » demandent des internautes sur la page Facebook de RSF.

Et le Liban, oserait-on ajouter. Beyrouth est chaque année désignée par de grands médias étrangers, dont le NYT, Time Magazine, Frommer’s et CNN, comme l’une des meilleures destinations touristiques à visiter. Mais derrière les plages, les montagnes, les fameux mezzés et la vie nocturne trépidante se cache un, ou plutôt, « des » systèmes politico-confessionnels corrompus qui minent tout espoir pour les citoyens (toutes tendances confondues). Les plages, si elles ne sont pas privées et donc accessibles à un coût exorbitant, se sont transformées en un véritable dépotoir (à quelques exceptions près). Les montagnes – notamment celles du Metn – truffées de carrières de pierres, ont été complètement défigurées. Les fameux mezzés, dont les ingrédients ont fort probablement été contaminés par l’eau polluée aux égouts, risquent de devenir de potentiels poisons. Il ne reste plus que la vie nocturne trépidante… Parce qu’il faut bien noyer ses soucis d’une manière ou d’une autre.

Quant à la liberté d’expression, une caractéristique qui faisait du Liban une exception dans le monde arabe (prérévolutionnaire), elle risque aujourd’hui d’être menacée. Les sites d’informations et blogs gérés à partir du Liban doivent dorénavant être inscrits auprès du Conseil national de l’audiovisuel (CNA) sous peine d’être bannis. Mais, rassurez-vous, cette mesure est, semble-t-il, censée « protéger » les écrivains.

Difficile de juger pour l’instant, mais pour imaginer le risque que cette décision représente pour la liberté de la presse, il suffit de prendre l’exemple de deux pays ayant déjà appliqué une mesure similaire, à savoir l’Iran et la Chine…

Et merde !

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