Quand un Saoudien se met dans la peau d’une Saoudienne…

12 Oct

Rien n’obligeait Rayan al-Duwaisi de mener un défi aussi inhabituel : se priver de voiture pendant toute une semaine… Rien, d’ailleurs, n’oblige aucun homme en Arabie saoudite de faire de même, sauf handicap physique ou mental majeur… et encore !
Pourtant, Rayan, ce jeune Saoudien de 24 ans, affirme avoir passé la semaine du 1er au 7 octobre sans prendre le volant, non pas par solidarité avec les femmes de son pays – le seul au monde à interdire aux femmes de conduire – mais « pour mieux comprendre ce qu’elles endurent au quotidien ». « J’ai tout simplement voulu traiter la question de manière pratique », affirme Rayan sur un blog qu’il crée spécifiquement pour relater son “expérience”. Cette décision, dit-il, vient surtout après avoir entendu plus d’une femme lui dire : « Si seulement vous, les hommes, pouvez essayer de vivre ce que nous vivons tous les jours. »

Rayan, qui se présente comme un « simple employé dans une société privée », a ainsi passé toute la semaine dernière à coordonner son emploi du temps avec celui de sa mère et de ses cinq sœurs avant tout déplacement. Fils unique, il est obligé de compter sur le chauffeur de la famille pour le déposer au travail et le ramener ensuite à la maison. « Ce n’est pas très agréable de se sentir dépendant des autres, surtout que tout retard peut causer embarras et instabilité », raconte Rayan sur son blog. Le premier jour, il était arrivé une demi-heure en retard à son bureau parce qu’il a dû partager le chauffeur avec une de ses sœurs qui devait se rendre à l’université le matin. Le soir même, il a dû annuler une visite chez des amis parce que sa mère avait déjà réservé le chauffeur pour un engagement familial.

Rayan, au premier jour de son expérience.

Le lendemain, afin de vivre l’expérience de manière plus authentique, il décide de prendre le taxi. « C’est une expérience effroyable, écrit-il. Surtout pour les femmes. » Un chauffeur de taxi lui aurait avoué qu’il évite de transporter des femmes parce que, souvent, des hommes arrêtent sa voiture pour harceler les passagères. « Maintenant, je comprends mieux pourquoi les femmes me disent que c’est difficile pour elles de se déplacer en taxi, raconte-t-il. J’ai essayé de me mettre dans leur situation, mais il est vrai que mon expérience ne peut jamais être similaire, étant donné que je suis un homme… »
Rayan note également qu’il n’a pas eu le temps d’essayer de se déplacer en bus, un moyen de transport que beaucoup de femmes résidant dans les banlieues utilisent pour se rendre en ville, selon lui. Ces femmes « sont souvent obligées de traverser des centaines de kilomètres sur des routes dangereuses en compagnie de gens qu’elles ne connaissent pas », écrit-il.

Sur son blog, Rayan relate aussi la situation misérable de nombreux chauffeurs privés en Arabie saoudite. « Beaucoup d’entre eux travaillent pour des familles nombreuses mais modestes, qui n’ont pas les moyens d’employer plus d’un chauffeur, explique-t-il. Je sais qu’ils doivent beaucoup souffrir par le fait de devoir conduire pendant plusieurs heures sous la chaleur. En plus, ils sont souvent maltraités, comme s’ils n’avaient aucune dignité ou valeur humaine… »

Dans un entretien qu’il m’accorde, Rayan affirme avoir été « surpris » par l’engouement qu’a suscité son expérience personnelle. « Ma mère et mes sœurs m’ont beaucoup encouragé. Elles étaient très heureuses de mon initiative, raconte-t-il. Mes amis aussi m’ont soutenu, bien que certains d’entre eux m’aient traité de fille pour me taquiner… » « J’avoue que je suis content que je n’ai décidé de consacrer qu’une seule semaine pour ce défi, dit encore Rayan. Je crois que je n’aurais pas pu supporter de vivre encore plus longtemps (sans voiture). »

Quel message lance-t-il aux Saoudiennes qui, depuis mai, mènent une campagne active sur Facebook et Twitter (@Women2Drive) pour obtenir le droit de conduire ? « Je suis certain que votre souffrance va bientôt prendre fin. Le roi Abdallah fait de son mieux pour garantir une vie pleine de dignité aux Saoudiennes. Tenez bon ! »
Et à ceux qui s’opposent au droit des femmes de conduire un véhicule, il dit : « Je leur conseille de tenter mon expérience afin qu’ils réalisent à quel point il est difficile d’être constamment dépendant des autres. Je leur garantis qu’ils changeront d’avis dès le premier jour. »

Une Réponse to “Quand un Saoudien se met dans la peau d’une Saoudienne…”

  1. Naples Property Management août 29, 2012 à 2:22 #

    Thanks for helping out, fantastic information. « The laws of probability, so true in general, so fallacious in particular. » by Edward Gibbon.

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