Cartes postales pour l’Iran

21 Sep

Deux ans avant le début du printemps arabe, c’était l’Iran – secoué par une vague de manifestations sans précédent – que le monde suivait avec grand intérêt. La « révolution verte » – telle qu’elle fut nommée – avait éclaté en juin 2009 lorsque des milliers d’opposants iraniens étaient descendus dans la rue pour manifester contre la réélection du président Mahmoud Ahmadinejad. Ce n’est qu’en février 2010 que les autorités parviendront, au prix d’une répression sévère qui avait fait des dizaines de morts, des centaines de blessés et des milliers d’arrestations, à mettre fin au mouvement de contestation. Des dizaines de responsables politiques, journalistes, militants des droits de l’homme, dirigeants estudiantins ou activistes proches de l’opposition réformatrice avaient été condamnés à des peines de prison souvent lourdes.

Dans le but d’attirer l’attention de la communauté internationale sur la situation de ces prisonniers et les violations des droits de l’homme en Iran, un groupe de jeunes activistes originaires du Moyen-Orient, MidEast Youth, a lancé le projet « Cartes postales pour l’Iran ». « L’idée est de créer une campagne basée sur l’activisme en ligne et dont les résultats sont concrétisés sur le terrain, lit-on sur la page d’accueil du site postcards-for-iran.org. On veut mobiliser les citoyens du monde entier en leur offrant la possibilité d’exprimer leurs préoccupations (concernant la situation des opposants iraniens) de manière originale. »

« Imaginez des centaines de cartes postales envoyées à l’attention des responsables iraniens dans le but de donner une voix à ceux dont la vie est menacée par les autorités, expliquent les organisateurs. Il faut demander à ces responsables pourquoi tous ceux qui ne partagent pas leurs opinions ou leur confession sont jetés en prison ? Nous voulons montrer aux prisonniers politiques que le monde n’est pas près de les oublier. »

Depuis le lancement du site, fin 2009, plus de 800 messages ont été envoyés aux autorités iraniennes. Des internautes d’Égypte, de Tunisie, d’Algérie ou encore de la Grande-Bretagne, des États-Unis, d’Irlande, d’Espagne, d’Italie, du Pérou ou même de l’Équateur ont envoyé des cartes postales virtuelles au ministre iranien de la Justice, aux ambassades d’Iran à travers le monde ainsi qu’aux prisonniers politiques détenus dans la prison d’Evine. Une fois approuvés par les modérateurs du projet, tous les messages ont été publiés sur le site. Les organisateurs précisent qu’ils ne censurent que les propos racistes ou haineux. « Nous pensons qu’il faut tenir un langage respectueux avec le gouvernement iranien, expliquent-ils sur leur site. Une carte postale au contenu déplacé peut sérieusement nuire à notre campagne et jeter un doute sur nos véritables intentions. »

Pour une meilleure idée du projet, voici une sélection de messages qui ont déjà été envoyés et publiés sur postcards-for-iran.org :

« Monsieur le Ministre de la Justice,
« Le temps est venu pour faire des changements positifs dans ce monde. Vous pouvez jouer un rôle important en déclenchant un processus de libéralisation en Iran. Croyez-moi, vous serez soutenu par des millions de personnes. Relâchez les prisonniers politiques et modifiez les lois dans votre pays de manière à ce qu’elles soient plus respectueuses des droits de l’homme. Ne ratez pas cette opportunité, Monsieur le Ministre. C’est une occasion en or qui se présente à vous. Pensez-y. »
Heather Luxion, États-Unis.

« Votre honneur,
« Je vous écris suite à l’emprisonnement de plusieurs membres de la communauté bahaïe depuis le début de l’année pour des raisons irrationnelles et incompréhensibles. Je vous prie de réviser votre décision et de libérer les sept principaux responsables de cette honorable communauté (condamnés fin 2010 à 20 ans de prison, NDLR). »
Michael Wright, Irlande.

« Aux prisonniers politiques d’Evine,
« Nous prions pour vous. Votre courage nous inspire et nous espérons que vous serez libres très prochainement. »
Un couple consterné de Tunisie.

« À l’attention de la mission diplomatique de l’Iran à l’ONU,
« Mes parents étaient des dissidents soviétiques. Ils ont passé douze ans dans les goulags (de l’ex-URSS, NDLR) et n’ont arrêté leur combat contre l’injustice qu’avec la chute du régime. Si les (responsables) iraniens poursuivent leur répression contre le peuple, l’opposition contre votre régime se renforcera et le nombre de dissidents ne cessera d’augmenter. Libérez le peuple avant qu’il ne soit trop tard pour vous.
« Avec respect. »
Elizabeth.

« À Hossein Derakhshan,
« Vous ne vous rappelez probablement pas de moi, mais on s’est rencontré une fois à Budapest, dans de meilleures conditions bien sûr. J’ai été choqué d’apprendre l’annonce de votre arrestation. Depuis, je regarde souvent la photo que nous avions prise ensemble à Budapest : Marietta et moi, deux jeunes aventureux, et vous, maintenant un prisonnier. Je suis triste et je sens que je ne peux rien faire, à part espérer que votre esprit est toujours aussi libre, en dépit de votre détention. Ne perdez pas le sourire, Hossein. »
Simon Columbus, Allemagne.

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