L’encyclopédie de la révolution syrienne

17 Août

Depuis le début des révoltes arabes, une série de termes et d’expressions se sont infiltrés dans notre vocabulaire quotidien. Certains – comme « horriyé » (liberté) ou « selmiyé » (pacifique) – ont été repris par tous les mouvements de contestation. D’autres sont associés à certains pays plus que d’autres : il y a le « Dégage! » des Tunisiens, les « baltagiya » égyptiens, le « zenga, zenga » de Mouammar Kadhafi, le « mamfakinch » (« pas de concessions ») des Marocains…

En Syrie, où des mots comme « chabbiha » ou « moundass » ont été rendus célèbres, les opposants ont crée leur propre encyclopédie virtuelle. « Wikidesia », un site Internet à l’image de « Wikipedia », répertorie et documente toute la terminologie assimilée à la contestation, née il y a cinq mois.

Wikidesia est un mot-valise conçu à partir de « Wiki », un système de gestion de contenu de site web ouvert qui permet aux utilisateurs de modifier les données, et de « desia », qui provient du verbe arabe « indassa » (« infiltrer », en français). Pour enrichir le site, ses créateurs disent avoir été surtout inspirés par le langage « humoristique » des médias officiels syriens et des porte-parole du régime. Des noms de villes, des personnalités historiques, des mots généraux, des concepts théoriques… Plus de 500 termes et expressions y sont répertoriés avec leur « définition ». En voici quelques exemples :

Chabbiha : terme dérivé du mot (arabe) « chabah » (fantôme, en français). Il désigne une force armée non conventionnelle dirigée par des jeunes de la famille Assad. Ses membres ne portent que du noir. Leur loyauté pour le président est inconditionnelle. Ils le prennent pour un dieu et sont prêts à se jeter au feu s’il leur ordonne de le faire. Ils accomplissent la plupart de leurs missions la nuit, le visage dissimulé derrière un masque. Ils sont célèbres pour leur brutalité et leur insensibilité. Personne ne connaît leur vraie identité. Leur objectif est de perpétuer le régime. Avant le 15 mars, leur nombre était estimé à près de 10 000 membres. Depuis quelques mois, le terme « chabbiha » s’est infiltré dans d’autres domaines. On parle aujourd’hui de « chabbiha » médiatiques, religieux, virtuels, etc. Leur slogan préféré : « À bas la Syrie ! Vive Bachar ! ».

La quatrième division : un groupe de mercenaires oppressifs et dénués de toute personnalité. Ils suivent les ordres directs de Maher el-Assad. (…) Leurs caractéristiques : échec académique, chômage, un corps gonflé de muscles et une tête ne servant qu’à tenir droit les oreilles.

Moundass : (infiltré en français). Une créature extraterrestre qui aime passer son temps dans la rue et les places publiques. Ces créatures se multiplient considérablement après la prière du vendredi. Le « moundass » s’infiltre dans les rassemblements (de l’opposition) pour tuer le plus grand nombre de manifestants, mais ne s’approche jamais des protestations organisées par le camp des « On t’aime » (une expression désignant les pro-Bachar, NDLR). Son objectif : imiter les autres peuples en sortant dans les rues et en scandant des slogans injurieux; terroriser les forces de l’ordre et les civils; servir des agendas étrangers inconnus, mais probablement liés aux salafistes.

Le Conseil des applaudisseurs : il était connu dans les années quarante et cinquante sous le nom du Parlement syrien. (…) Après l’arrivée du Baas au pouvoir, le président a voulu assurer au sein du Conseil une plus grande représentativité des différentes communautés syriennes. Il consacre ainsi la majorité des sièges à la communauté sourde-muette, en signe de soutien aux personnes handicapées. Parmi les accomplissements les plus remarquables du Conseil des applaudisseurs : la modification en un temps record de certains articles constitutionnels de manière à ce qu’ils soient conformes à l’âge du président Bachar el-Assad ; la nomination des dirigeants du nouveau monde.

Le complot universel contre la Syrie : le complot universel a été conçu dès l’âge de pierre, lorsque l’un des héros de l’époque décida d’écrire sur le mur de la première cave dans l’histoire de l’humanité : « Vive la Syrie ! À bas Bachar el-Assad ! ». Ce complot vise principalement à freiner le processus de développement et les réformes dans la République héréditaire syrienne. Les principaux comploteurs : Goldorak, les peshmergas, Hamza al-Khatib, ainsi que les habitants de Plutonus, une planète située à plus de 800 millions d’années-lumière de la Terre, et récemment découverte par les forces de l’ordre syriennes.

L’émirat islamique : une série télévisée produite par des hommes armés présumés. Ces hommes travaillent très étroitement avec l’administration américaine dans le but d’établir un émirat salafiste en Syrie. Ils sont également soutenus par le courant du Futur (de Saad Hariri) et (le Premier ministre turc) Recep Tayyep Erdogan.

Deraa : une ville située dans le plateau du Hauran, dans le sud de la « République héréditaire syrienne », non loin de la frontière jordanienne. Le 18 mars 2011, un vaisseau spatial venant de Plutonus et transportant 15 enfants a atterri dans la ville. Dans le cadre du complot universel contre la Syrie, ces enfants ont écrit sur les murs d’une école des formules sorcières offensives pour le citoyen syrien ordinaire. Ces comploteurs ont été ensuite arrêtés par les forces de sécurité qui ont eu du mal à leur arracher les outils qu’ils ont utilisés pour répandre leur sorcellerie parce qu’ils étaient biologiquement enfouis sous leurs ongles. Au lendemain de leur arrestation, un second vaisseau spatial, plus grand, transportant les parents de ces enfants-comploteurs, a atterri dans la ville, mais les autorités ont réussi à tuer un grand nombre d’entre eux. Le reste s’est retranché dans la mosquée d’al-Omari, où ils ont réussi à instaurer un émirat salafiste extraterrestre. (…) Traqués par les forces de la quatrième division qui a lancé une offensive contre leur quartier général, plusieurs comploteurs ont pu prendre la fuite vers Banias, puis Homs, puis Idlib, Deir ez-Zor, la banlieue de Damas, et, plus récemment, à Hama. (…) Et la traque se poursuit, jusqu’à nos jours…

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