Fermez Rafah, s’il vous plaît !

3 Août

Si, pour la plupart des gens, voyager est un plaisir, pour les Gazaouis, l’idée même de quitter le territoire palestinien est un vrai cauchemar. Seul accès à la bande de Gaza qui ne soit pas contrôlé par Israël, le terminal frontalier de Rafah a, pour la première fois depuis 2007, été ouvert « de manière permanente » par les autorités égyptiennes. Mais une série de restrictions – imposée par Le Caire – rend toutefois le voyage de et vers Gaza pratiquement intolérable, que ce soit du point de vue émotionnel ou physique.
Sur la blogosphère palestinienne, des jeunes élèvent la voix pour dénoncer cette réalité amère. Dans un billet intitulé « Fermez Rafah, s’il vous plaît », un jeune activiste palestinien se faisant appeler Abu Yazan compare l’idée même du voyage à de la science-fiction. « Les gens vous prendront pour un fou si vous évoquez cette idée devant eux, écrit-il sur le blog de Gaza Youth Breaks Out. Les Palestiniens de Gaza ne quittent jamais le territoire pour se faire plaisir. Les seules raisons pour lesquelles ils quitteraient Gaza seraient d’ordre médical, professionnel ou académique. La plupart du temps, c’est pour des besoins humanitaires ou d’urgence », écrit-il.

Sami Kishawi, un autre blogueur palestinien, originaire de Gaza mais résidant aux États-Unis, décrit de son côté le long calvaire qu’il a dû subir avec sa famille lorsqu’ils ont voulu « fuir » le territoire palestinien il y a environ deux semaines. « J’utilise le mot “fuir” parce que c’est le sentiment que j’ai eu en traversant le poste-frontière de Rafah », écrit Sami sur son blog « Sixteen minutes to Palestine ». Son histoire commence le 14 juillet. Sami et sa famille avaient déjà préparé toutes les formalités en prévision de cette date, un mois à l’avance. Munis de leur autorisation de sortie, ainsi que de leur passeport américain, Sami et sa famille arrivent à Rafah dès six heures du matin pour assurer leur voyage. Un maximum de 400 personnes par jour sont autorisées à passer de Gaza en Égypte. « Il y avait parmi nous des centaines d’autres personnes autorisées à partir le 14 juillet, ainsi qu’au moins 200 personnes qui devaient quitter le territoire le 11, 200 autres personnes programmées pour le 12 et un autre groupe de 400 personnes pour le 13, écrit Sami. Il était devenu clair que le seul moyen de traverser Rafah était par les pots-de-vin ou les connaissances. Certains ont dû payer les gardes plus de 600 dollars pour un simple siège sur le bus (emmenant les voyageurs de Rafah vers le côté égyptien). »


Sami et sa famille ont attendu douze heures sous un soleil de plomb avant de se faire rejeter à la frontière. Ils n’ont réussi à quitter la bande de Gaza que deux jours plus tard. « Un sentiment de tristesse terrible vous envahit en quittant Gaza, mais après le calvaire vécu en fuyant Rafah, j’avais le cerveau complètement engourdi. Tout ce que je voulais faire était m’assoir, boire de l’eau et oublier… »


« Où sont les révolutionnaires égyptiens ? se demande Abu Yazan. Pourquoi toute cette torture ? Pourquoi faut-il obliger les vieux et les enfants à attendre sous le soleil pendant des heures, des jours et des semaines parfois ? Pourquoi les malades doivent-ils souffrir encore plus à la frontière ? Fermez ce terminal… On n’en veut plus. On serait bien mieux sans lui. Au moins, on n’aurait plus à y penser ! »

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