Les 15 minutes d’Asma avec son frère, prisonnier à Bahreïn

6 Juil

Mohammad Darwich, jeune photographe de 23 ans, a été arrêté par des policiers en civil chez lui à Manama, le 22 mai, à 2h du matin. Il figure parmi les centaines de personnes (plus de 500, selon Amnesty International) qui ont été détenues suite au mouvement de contestation qui a secoué la monarchie al-Khalifa en février. S’il s’est fait remarquer, c’est grâce à sa sœur, Asma, qui, depuis le 22 mai, mène un combat acharné pour sa libération. Que ce soit dans le monde virtuel ou réel, la jeune Bahreïnie ne laisse passer un jour sans dénoncer l’injustice des autorités. Ses prises de position lui ont valu ses études à l’Université polytechnique de Bahreïn d’où elle a été expulsée pendant qu’elle menait une grève de la faim qui a duré 12 jours. Le 15 juin, elle a elle-même été brièvement détenue après avoir organisé – avec deux autres femmes dont des proches sont emprisonnés – un sit-in dans les locaux des Nations unies, à Manama.
Dimanche, Asma a enfin pu revoir son frère, les autorités lui ayant permis de lui rendre visite en prison. Sur son compte Twitter (@Eagertobefree), elle rapporte la rencontre émouvante.

« Je viens de voir mon frère ! Ses mains étaient si froides, je n’ai pas arrêté de les embrasser. (…) Il m’a serrée très fort contre lui et m’a demandé : est-ce que tu vas bien ? J’ai répondu oui, pourquoi ne devrais-je pas l’être ? “Prends soin de toi-même”, m’a-t-il dit. Il m’a ensuite raconté que les leaders de l’opposition sont toujours détenus dans la prison de Gurain (un centre de détention militaire situé dans la région désertique de Ras Elbar, dans le nord du pays, NDLR). (…) Il dit qu’il est en train de prier tous les soirs et que certains gardiens l’insultent. Il est détenu avec de nombreux médecins et infirmiers, ainsi que des cyberactivistes. “Je n’ai pas le droit de parler aux autres prisonniers. Nous sommes complètement isolés les uns des autres”, dit-il.
Mohammad a été battu. Il raconte qu’ils (les forces de sécurité) lui ont demandé à deux reprises s’il aimait le roi. Comme il ne répondait pas, ils lui ont cogné la tête contre le mur jusqu’à ce qu’il perde conscience.
Concernant son procès, il affirme que c’est une mascarade. Il ne sait toujours pas pourquoi il est détenu, mais espère être relâché bientôt. Peut-être le 7 juillet, dit-il.
Il a enlacé maman, les larmes aux yeux. Ses yeux étaient si rouges ! Il portait la chemise noir et blanc que j’aime beaucoup.
Mohammad ne semble pas être au courant de mon arrestation ni du sit-in de l’ONU.
La visite a duré près de 15 minutes ! C’était trop court! (…) Je n’ai pas voulu partir avant de le voir en train de manger la nourriture qu’on lui a cherchée. Deux bouchées seulement. Ça m’a toutefois rassurée…
À la porte, il a levé le bras, faisant le signe de la victoire, et m’a dit : “Mon message au monde : résistance, soumouuuud !”
Mon Dieu, comme il me manque. Reviens vite, mon frère. Sans toi, la vie n’est pas la même. »

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