Syrienne, gay et anti-Assad… à Damas

24 Mai

Elle s’appelle Amina Abdallah Arraf, elle est syrienne, homosexuelle et, depuis deux mois, l’une des opposantes au régime d’Assad les plus en vue sur la Toile. Sur son blog « A Gay Girl in Damascus », cette professeure d’anglais de 34 ans tient un langage franc, direct, émaillé d’humour et dénué de tout scrupule. Elle y relate sa vie, ses impressions, et surtout son expérience dans une Syrie autoritaire secouée par le vent de la révolte.

C’est après la publication de son billet intitulé « Mon père, ce héros » qu’Amina se fait remarquer, attirant plus de 750 « admirateurs ». Dans ce billet publié le 29 avril, elle décrit la visite nocturne des services de sécurité chez elle. Des moukhabarrate qui l’accusent de « complot », de « traîtrise » et de « perversion ». Elle y relate comment son père, âgé et malade, a pris sa défense en disant à ces agents : « Vous êtes venus arrêter ma fille alors que vous ne devriez rien avoir à craindre d’elle. Vous devriez, au contraire, prier pour elle parce qu’elle fait partie de ces gens qui disent que les alaouites, les sunnites, les Arabes, les Kurdes, les druzes et les chrétiens seront tous égaux dans la nouvelle Syrie. Mais vous, bandes d’idiots, vous combattez les gens comme elle en disant que tout manifestant, tout sunnite est un salafiste et donc un ennemi. (…) Rentrez chez vous, laissez-nous tranquilles. » « Le plus fort est qu’ils l’ont écouté, écrit Amina. Ils sont repartis… Mon père est un héros. Il a été plus fort qu’eux, sans armes et rien qu’avec des mots. » Elle affirme que son père refuse de quitter la Syrie « tant que la démocratie ne l’aura pas emporté ». « Je ferai de même », assure-t-elle.

Mais depuis que les services de sécurité sont revenus la chercher, une semaine plus tard, Amina vit dans la clandestinité. Elle se déplace d’une maison à l’autre, souvent chez des amis, sans toutefois délaisser son blog. « Je n’ai aucune envie de mourir en martyre, même pas pour ma propre cause. Je vais donc faire tout mon possible pour rester libre », écrit-elle, tout en disant espérer que « tout cela finira bientôt ». « La vie dans la révolution, c’est comme le dernier jour d’école… ça ne finit pas ».

Plus qu’une simple cyberactiviste, Amina ne rate pas une occasion pour descendre manifester après la prière du vendredi. Dans un de ses billets, elle raconte s’être rendue à la mosquée al-Rifaï dans le vieux quartier de Damas pour rejoindre les opposants : « À l’intérieur de la salle réservée aux femmes, j’ai vu beaucoup de visages familiers, des gens que j’avais rencontrés lors des manifestations précédentes mais que je n’aurais jamais imaginé voir à l’intérieur d’une mosquée. Il y avait des druzes et des chrétiennes. Je savais que j’étais au bon endroit. » « Ils nous ont lancé des gaz lacrymogènes, écrit-elle après une des manifestations. J’ai vu des gens vomir dans la rue. J’ai couvert ma bouche et mes narines, mais j’avais les yeux qui brûlaient. Je crois qu’il vaut mieux porter un niqab la prochaine fois. »

Née aux États-Unis où elle a passé une grande partie de sa vie (sa mère est américaine, son père est damascène), Amina est revenue en Syrie pour s’y installer en août dernier « avec plein de projets dans la tête ». Elle crée son blog dans lequel elle affiche courageusement ses préférences sexuelles afin, dit-elle, « de donner l’exemple aux autres » et les encourager « à se libérer de leurs peurs ». Dans un pays où l’homosexualité est perçue comme un crime, Amina dit avoir eu du mal à s’intégrer dans la société syrienne. Mais, selon elle, « les mentalités sont en train de changer. Et c’est pour cette raison que je suis retournée en Syrie : je veux faire partie de ce changement ». « Nous avons gardé le silence pendant toute notre vie, écrit encore Amina. La politique et la religion étaient des sujets tabous. Toute une génération a grandi en prétendant ne pas se soucier des affaires politique du pays. (…) Mais cela est du passé. Le régime ne peut plus survivre maintenant que le peuple n’a plus peur. »

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  1. Libérez Amina! « Le Clic - juin 8, 2011

    […] entier se mobilisent pour dénoncer l’arrestation d’Amina Abdallah Arraf. La “Gay Girl in Damascus“  vivait depuis quelques semaines dans la clandestinité la plus totale. Elle changeait […]

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